Visitez la capitale autrement, à travers plus de 40 histoires sordides du Moyen-âge à nos jours, recensées dans un ouvrage historique passionnant. De Pigalle et Belleville à la place de Grève, nous en avons choisi 5 romanesques récits.
Lacenaire, l’assassin poète
De l’art de marier littérature et forfaiture. Lacenaire, endetté, escroc et poète à ses heures, décide de prendre sa revanche en devenant «le fléau de la société» parisienne. Inspiré par Vidocq, il fait un tour par la case prison pour intégrer le milieu de la pègre et ses pratiques. À sa sortie, il connaît l’argot sur le bout des doigts et a trouvé ses futures complices, Pierre-Victor Avril et Jean-François Chardon. Alternant le métier d’écrivain public et de cambrioleur, il élabore un plan machiavélique avec Avril. Ils iront assassiner Chardon et sa vieille mère dans leur appartement passage du Cheval-Rouge, pour voler à l’ancien codétenu la fortune qu’il a amassée, déguisé en prêtre mendiant. Les deux victimes sont achevées à la hache, mais le magot reste introuvable. Arrêté en février 1835, Lacenaire est jugé lors d’un procès mémorable, où ce fils de bourgeois se donne en spectacle et hurle «je tue un homme comme je bois un verre de vin!». Enfermé à la Conciergerie, il fait salon, rédige ses Mémoires et devient le sujet de conversation des dîners mondains. Avant la guillotine, voilà enfin la célébrité qu’il convoitait tant.
L’Affaire Leca-Manda-Casque d’or
Personne n’a oublié Simone Signoret et Serge Reggiani dans le film de Jacques Becker, inspiré de l’affaire Leca-Manda de 1902. L’histoire raconte comment la prostituée Amélie Élie, surnommée Casque d’or, conduisit deux chefs de bande à s’entretuer pour ses beaux yeux. La Reine des Apaches (du nom des voyous parisiens de la Belle-Époque) quitte Manda, chef de la bande de la Courtille et coureur de jupons. Dans un petit café du boulevard Voltaire, elle rencontre Dominique Leca, chef respecté de la bande de Charonne et s’installe avec lui. Manda réagit au quart du tour. Il poignarde son rival en plein rue Popincourt, tire des coups de feu devant l’hôtel du couple, rue Godefroy-Cavaignac et déclenche une bataille entre les deux clans. Leca, soigné à l’hôpital, donne le nom de son agresseur. Lui écope de huit ans de bagne, tandis que Manda prend la perpétuité. Amélie devient célèbre, se rêve actrice de théâtre et rédige également ses Mémoires. Certains en sont scandalisés et le préfet intervient. Elle retourne sur les trottoirs, épouse un ébéniste puis meurt de la tuberculose en 1933. Vint ans plus tard, Simone Signoret la fait entrer dans la légende – et elle avec.
Coups de feu au Figaro
En 1914, le plus ancien quotidien de France est situé au 26 de la rue Drouot et son directeur s’appelle Gaston Calmette. Une certaine Henriette Caillaux, le 16 mars, se rend dans son cabinet et l’achève de quatre coups de feu. Crime politique, crime d’amour? Il s’avère que la justicière est l’épouse du ministre des Finances Joseph Caillaux, responsable de la démission de Louis Barthou, président du Conseil dans le gouvernement de Poincaré. Grand ami de Calmette, Barthou se venge en lui demandant de briser la réputation de son rival par une campagne assassine. Presque chaque jour, un article du Figaro dévoile les agissements peu honnêtes du ministre, des financements occultes du Parti Radical qu’il préside jusqu’à sa correspondance privée, compromettante voire scabreuse. C’est là que sa femme intervient, munie de son revolver Browning. Au procès, maître Labori obtient son acquittement en plaidant le crime passionnel. Joseph démissionnera quelques mois plus tard, affaibli par cette affaire. Sans la liberté de blâmer…
Jeanne Weber, l’ogresse de la goutte d’or
En 1890 débarque à Paris une «Bécassine» de 14 ans, paysanne rondelette et analphabète fuyant la campagne bretonne. Jeanne Moulinet aime les enfants et en fait son métier. Mariée à Jean Weber à 19 ans, elle perd deux nourrissons puis élève un fils, Marcel, installée dans le quartier de la Goutte-d’Or avec les familles de ses deux beaux-frères. Une série de morts mystérieuses commence en 1905. D’abord deux petites nièces, à quelques jours d’intervalle, puis une autre, âgée de sept mois, rapidement suivie de Marcel, 7 ans. Tous se trouvaient seuls avec Jeanne, mais le médecin conclut à une crise de convulsions ou de pleurésie. Normal à une époque où la mortalité infantile touche un enfant de moins de 5 ans sur cinq. On plaint même la pauvre Jeanne endeuillée. Jusqu’à ce qu’un autre bébé soit retrouvé auprès d’elle, une trace noire sur le cou, étranglé. La police dresse une liste de huit décès d’enfants gardés par «l’ogresse», mais faute de preuve, celle-ci est acquittée. Employée par d’autres familles, elle poursuit son horrible trajectoire et finit par être retrouvée couverte de sang en compagnie d’un garçon qui s’est mordu la langue pendant la strangulation. Internée dans un asile en 1908, elle meurt dix ans plus tard, sans jamais avoir avoué le moindre crime. L’ogresse, au triste palmarès indéfini, serait pour certains la plus grande tueuse en série du début du XXe siècle.
Landru, le Barbe-bleue de Gambais
Autre tueur en série, cette fois spécialisé ès femmes. Henri Désiré Landru, ex-enfant de chœur, épouse sa cousine à laquelle il fait quatre enfants. Pour nourrir ce petit monde, le papa en vient au métier le plus rentable, escroc. Les séjours en prison ne se font pas attendre, suivis d’une condamnation aux travaux forcés en Guyane. En fuite, Landru s’oriente vers le meurtre de sang-froid. Sa cible: des femmes au petit capital, célibataires ou veuves (la Grande guerre a commencé). Après avoir causé deux disparitions, il déménage à Gambais, dans une maison plus tranquille, isolée et entourée d’une haie. Il y attire de nouvelles proies, qu’il étrangle et dépèce, avant d’en brûler la tête, les mains et les pieds et de jeter le reste du corps. Il vide ensuite leur appartement, vend leurs biens et touche leur épargne. Les proches de deux des victimes ayant des soupçons, un inspecteur le recherche. Il trouvera le coupable à l’une de ses adresses, sous une fausse identité. Pendant l’instruction, les policiers découvrent une liste comportant onze noms de disparues, mais aussi 47 fragments de dents et 1,5 kg d’os calcinés. Colette ou Mistinguett assistent au procès, où l’accusé nie les faits avec aplomb, «si les femmes que j’ai connues ont quelque chose à me reprocher, elles n’ont qu’à déposer plainte!»
Photo à la une : Des Apaches se battent avec des policiers français,14 août 1904, Le Petit Journal

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