lundi 10 février 2014

Les nus de Dave St-Pierre chauffent le Théâtre de la Ville...


«La pornographie des âmes», «Un peu de tendresse bordel de merde !» et «Foudres». Le triptyque dédié au chorégraphe canadien, à l'affiche jusqu'au 15 février, fait un tabac.
L’ambiance est survoltée au Théâtre de la Ville. Pur produit du cash montréalais, le chorégraphe Dave St-Pierre et son bataillon de 29 danseurs à poils ont pris possession des lieux. Avec une évidente bonne volonté (ils performent dans les gradins, invitent les spectateurs à copuler sur scène...), ils ont transformé le saint des saints de la scène parisienne en un paysage foutraque où tout semble soudainement permis. Et quels que soient les moyens employés, reconnaissons que c'est déjà énorme.
La pornographie des âmes : perplexe poétique
Premier volet du triptyque chronologique consacré à Dave St-Pierre au Théâtre de la Ville, La pornographie des âmes a été créée en 2004. Elle avait révélé le chorégraphe en France, en 2007, lors des Rencontres chorégraphiques internationales de Seine-Saint-Denis. La distribution s'est étoffée, passant de 15 à 29 danseurs.
Le spectacle s'ouvre ainsi sur une course en accélération, lors de laquelle le groupe se défroque progressivement, dans un brassage de chairs finalement nues. Bien difficile d'ignorer la pertinence visuelle d'une telle proposition. Dave St-Pierre nous met tout de suite au parfum et on est prêts à le suivre, dans sa danse forcément physique, où la «facture» chorégraphique n’est pas le sujet premier. Et ce, même quand il nous passe de la pop mielleuse ou qu’il écule le cliché d'une femme amoureuse manipulée, parce qu’il en fait une danse risquée n’ignorant pas la culpabilité de la victime. Ou quand il nous présente un corps atteint «d'obésité morbide», qui occupe superbement la scène si l’on se débarrasse du poids de la représentation. Cette pièce est ainsi, d'une beauté cruelle.

Un peu de tendresse bordel de merde !
Ce spectacle, créé en 2006 et déjà présenté au Théâtre de la Ville en 2011, reste le plus connu du public français et (donc) le plus apprécié : il fait salle comble. Son succès se nourrit assurément de son incroyable introduction et d’un final tout simplement sublime, sur le tempo lent de Spiegel im Siegel d'Arvo Pärt, qu'on se gardera de décrire pour ne pas rompre les effets de surprise.
La pièce contient aussi l'un des tableaux masculins les plus physiques de Dave St-Pierre (l'un des danseurs, auquel on ne jettera pas la pierre, a dû jeter l’éponge lors de la première). Rien que pour cela, la pièce mérite sans hésitation d'être vue. Elle nous laisse néanmoins globalement incertain, empreinte d'un humour peut-être moins acide et finalement plus directif, sous le joug de la pourtant remarquable Enrica Boucher, en domina désillusionnée pestant contre «this bullshit tenderness». Cette «merde de tendresse».
Foudres : splendide dernière
Plus récente, Foudres date de 2012, où elle a été présentée à la Biennale de la Danse de Lyon. La pièce est sans conteste la plus actuelle et, peut-être même, la plus déjantée. Pas parce qu'on y voit des chattes et des queues, non : au bout de quelques minutes de Dave St-Pierre, qui excelle à relever le seuil de tolérance de son public, tout le monde est habitué. D'ailleurs, seul un couple d'un certain âge semble avoir quitté la salle lors de la représentation, en piaffant comme des ados sous les huées des acteurs.
Mais la première partie de la pièce étire surtout une chorégraphie torrentielle. Sur une bande son nourrie d'électro et de métal, cette dernière intègre jusqu'au breakdance et au lambazouk, entrepris sur une lignée de tables tranchant la scène à l'horizontale, dans un couloir de lumière limitant la perspective et créant une planéité nouvelle. Travaillée de manière très plastique, Foudres croque la déchéance d'un couple harcelé par une bande de cupidons incapables et psychopathes. Là encore, l'humour de Dave St-Pierre se fait tranchant, et c'est celui qu'on préfère.

Par Marine Relinger - 

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