Quand j’étais au lycée, je connaissais peu de juifs. Je vivais avec des goys et j’aimais ça. En Mai 68, les goys criaient : « nous sommes tous des juifs allemands « , et c’était vraiment sympa de crier ça. Comme quoi, l’antisémitisme c’était bel et bien fini. On pouvait vivre avec des goys sans se renier.
Mon copain Guytou avait une maman antisémite, mais antisémite comme on l’était jadis. Comme avant Mai 68, et avant la Shoah. Guytou m’invitait souvent à déjeuner chez lui, et, pour embêter sa mère il lui disait : « m’enfin maman qu’est-ce que c’est que ces couverts en inox ?! Chez Marco on mange dans des couverts en or ! « …
La maman de Guytou se mettait alors à piailler : « voui voui mais on n’est pas chez les… « , sans oser prononcer le mot juif, et Guytou bichait. Il adorait chercher des noises à sa mère sur ce sujet. Normal, on était maoïstes ou quelque chose comme ça. Bref, on déjeunait comme des morfales, sans même aider la mère à débarrasser, et ensuite on montait dans sa chambres écouter les Doors…
Mort à crédit
Quand on lit attentivement « Mort à Crédit « , on se rend compte que c’était pareil chez les parents de Louis-Ferdinand Céline. Dans ce roman extraordinaire, Céline se moque de l’antisémitisme de son père. Il le tourne en dérision comme un délire, un phobie obsessionnelle. Son père , raconte-t-il, était employé aux écritures dans une compagnie d’assurance, mais il s’était retrouvé au chômage avec l’arrivée des machines à écrire dans les bureaux, et il accusait les juifs de cette perfide invention…
On sait qu’ensuite Céline est devenu le plus odieux dans anti-juifs. Mon copain Guytou aussi…
Ca a commencé tout doucement chez Guytou. Un jour il me raconte que son frère va épouser une unijambiste… Je lui demande si c’est un mariage d’amour et on rit sous cape parce que le frère de Guytou, on sait que c’est de la brute épaisse. Un mec maauvais. Cupide et violent. Mais deux mois plus tard, Guytou m’annonce que les parents de la fille n’ont pas voulu de son frère comme gendre.
« C’est des juifs, tu sais « , me dit-il.
« Et, donc ? «
« Ben ils veulent garder tout leur fric quoi », me répond Guytou…
Sous acide
A l’époque, on ne savait pas pourquoi Monsieur Baïxa, notre prof d’espagnol, détestait De Gaulle. On savait seulement qu’il suffisait de lui parler de De Gaulle pour qu’il abandonne le cours, et se lance dans une diatribe antigaulliste. Nous ça nous arrangeait. Monsieur Baïxa pérorait et nous on glandait. Le problème c’est qu’on n’a jamais appris correctement l’espagnol. Mais c’est une autre histoire…
A la même époque, je me souviens que dans un concert pop, patronné par de la Ligue Communiste, un type état monté sur scène pour crier dans le micro qu’il n’était pas antisémite « mais antisioniste « . J’eus l’impression qu’il était sous acide ou un truc comme ça, parce que c’était la première fois que j’entendais ce subtil distinguo. Depuis, il y en a eu d’autres, des types comme ça. Plein d’autres. Moi, de toutes façons , les concerts pop je m’en foutais. J’y allais juste pour être avec mes copains goys.
Vomir les juifs
Dans le lot, il y avait Luigi, qui était extraordinairement doué comme guitariste. Normalement ce type devait devenir aussi célèbre que Eric Clapton. Mais Luigi a merdé et il n’est jamais devenu musicien. Il est resté quand même très doux, et s’est finalement marié avec la fille de Monsieur Baïxa. Grâce à quoi, on a enfin appris pourquoi notre ex-prof d’espagnol avait de la haine pour De Gaulle : pendant la guerre, il avait été milicien. Antisémite, quoi. Salopard en béret noir et chemise brune. Luigi nous avait raconté ça, horrifié…
Mais Luigi aussi est devenu antisémite. Chaque fois que j’écris un truc sur Facebook, il ressurgit du néant pour vomir les juifs.
Enfin, Canal… Mon grand poto Canal. Ce qu’on a pu se marrer… Chaque année, on était invités à Sète par l’organisateur du Prix Brassens, qu’on avait obtenu chacun son tour. On foutait un souk pas possible, c’était génial. Canal n’avait jamais travaillé de sa vie, mais sa femme lui dit un jour : « c’est moi qui bosse depuis vingt ans. Je vais m’arrêter un peu et tu vas te trouver un boulot »…
Le symptôme
Il s’est mis à bosser et du coup, on se voyait moins. De temps en temps, on allait quand même manger une pizza ensemble et il me racontait qu’il voulait apprendre l’hébreu pour lire les grands textes de la mystique juive. Bon camarade, je lui ai proposé de lui enseigner au moins l’alphabet hébraïque, mais pas le sens des mots. J’y connais rien à l’’hébreu. Même aujourd’hui, j’ai du mal… .
Un an plus tard, par un beau dimanche de Mai, il m’invite à déjeuner chez lui, et me tient des propos ouvertement anti-juifs. Mon poto avait basculé aussi de l’autre côté.
Ce gros dégueulasse de Dieudonné n’est pas seul dans son genre. Lui aussi il a démarré copain comme cochon avec un juif. Et puis il a basculé de l’autre côté…
Tout ça pour dire que Dieudonné est peut-être le symptôme seulement. Pas le mal lui-même…

Je suis content de savoir que jj'écris pour Tendances Antipodes. j'étais pas au courant. C'est quoi, tendances Antipodes?....
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