mercredi 15 janvier 2014

Caméra cachée contre caméra casher....


Mots floutés, visages, marques, tout se noie dans un halo pudibond que les cathos les plus farouches du XIXe siècle n’auraient pas renié.

Les mots sont-ils appelés à désigner autre chose que les objets auxquels ils se rapportent ? Dans l’univers magique de la novlangue, voilà que les journalistes télé d’investigation ont décidé d’abandonner le terme« caméra cachée » au profit de« caméra discrète ». Par « discret », il faut comprendre : caméra dissimulée dans des lunettes de vue, dans un sac à main aménagé… 
Totalement indétectable et donc… cachée. Retour à la première définition, implacable de justesse. Par quel tortillement de l’esprit en arrive-t-on à transformer un terme qui désigne pourtant la stricte réalité ? 
La honte, peut-être. La peur, sans doute. Imprégné d’une sensibilité de jeune fille en fleur, le journaliste tout frais sorti de l’école répugne à désigner la chose que la paranoïa ambiante pourrait classifier « délation », les heures les plus sombres et tout le tralala… Alors, par précaution, il masque le mot. 
Place un bémol au cas où…
Mots floutés, visages aussi, enseignes, marques, tout s’embue et se noie dans un halo pudibond que les cathos les plus farouches du XIXe siècle n’auraient pas renié. En chef provisoire de l’Inquisition, Philippe Tesson en appelle à liquider physiquement Dieudonné ! Du travail d’amateur. 
Ses spectateurs aussi doivent être trucidés. Trois millions de morts. Un vrai génocide ! La boucle enfin bouclée. Tesson est un visionnaire.
Le bûcher pour ceux qui osent s’attaquer au dieu Shoah ! À genoux, tout le monde ! La chasse aux sorcières devient un sport national. Pas cachée du tout. Encore moins discrète. 
On le clame sur les plateaux, on réclame des têtes, les boîtes d’allumettes sortent des poches, les bidons d’essence sont prêts, l’hystérie devient la norme. On éructe, on sort de soi, le mal est enfin identifié, youpi ! C’est lui ! Sa tête au bout d’un pic, sinon rien.
À deux pas du Tesson dans tous ses états, le journaliste n’en mène pas large. Pas intérêt à se faire remarquer avec des méthodes pouvant être qualifiées de… Soupçonnées de… On ne sait jamais. Tremblant de la tête au pied, il atténue, enrobe, met du rose ici et là, un peu de flou et la caméra honteusement cachée devient joliment discrète. Tout un art. 
Ne pas déplaire, ne pas offenser, ne pas risquer la répudiation, convenir à tout le monde, au serial killer Philippe Tesson, à Nicolas Bedos, à Manuel Valls, au métier…
Avec les Le Pen, la société tenait son monstre absolu. Dépassés, démodés, limite gnangnan, les voilà bientôt presque gentils en regard du petit nouveau. Plus méchant, plus terrible, assassin garanti pièces et main-d’œuvre, Dieudonné arrive à point nommé. Il était temps ! 
La marionnette Le Pen commençait à présenter quelques signes de fatigue. Elimée de toutes parts, rafistolée, usée jusqu’à la corde, elle ne faisait plus peur aux enfants… Avec ce monstre dernier modèle, le conformisme bien lourdingue trouve un sang neuf, un rebondissement inespéré dans sa dramaturgie.
Pour retrouver ses points de popularité perdus, Marine Le Pen devra rappeler qu’elle aussi est horrible. Méchante comme pas deux, inhumaine et atroce. Avouer qu’elle prépare la quenelle comme personne, donner des recettes, nier la Seconde Guerre mondiale… 
Enfin trouver quelque chose, un truc en mesure de la faire remonter dans le Top 50 des salopards. Le tout filmé en caméra casher histoire de ne pas finir assassinée par Philippe Tesson.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

La grandeur de Binyamin Netanyahou....

Binyamin Netanyahou était en visite aux Etats-Unis pour la conférence annuelle de l’AIPAC. Cette visite devait être triomphale. Elle a ...