dimanche 10 novembre 2013

Yasser Arafat empoisonné par Israël ? Probable, oui ; certain, non…


Le 11 novembre 2004, Yasser Arafat rendait son dernier souffle à l’hôpital militaire Percy de Clamart, en région parisienne. Le vieux raïs était malade. Mais cette maladie n’aurait-elle pas été un peu « aidée » ? C’est ce que sous-entendait lourdement Gérard de Villiers dans un de ses SAS. C’était aussi la conviction de sa veuve, Souha, et de la majorité des cercles dirigeants de l’Autorité palestinienne. Un dossier qui aurait sûrement été clos plus vite si ces derniers avaient de suite exigé une autopsie, ce qu’ils n’ont pas fait.
Ce jeudi 7 novembre, des experts, suisses et russes, ont rendu leurs premières conclusions. On sait déjà que des traces de polonium d’un niveau 18 à 36 fois supérieur à la normale ont été décelées dans ses os. Pour autant, le professeur François Bochud, directeur de l’Institut de radiophysique appliquée, assure, lors d’une conférence de presse tenue à Lausanne : « On ne peut pas dire que le polonium a été la source de la mort. [...] Mais on ne peut pas l’exclure. » Un Suisse qui doit avoir des ascendances normandes, semble-t-il…
Cité par Slate.fr, Danny Yatom, un ancien patron du Mossad, s’interroge : « Toute cette affaire est très bizarre. Pour lever le mystère, il suffirait d’interroger les médecins français qui l’ont soigné. » Évidemment, si les Israéliens nient, sans surprise, toute implication dans ce meurtre éventuel, les Palestiniens, sans surprise aussi, considèrent que les services secrets israéliens en sont les coupables.
Pour ajouter à la confusion, les experts russes démentent « l’hypothèse d’un empoisonnement au polonium », à en croire Europe 1. Pourtant, Yasser Arafat a bel et bien été « empoisonné », affirme le professeur Marcel-Francis Kahn, après consultation du rapport médical du défunt chef de l’OLP, cité par cette même radio. Des toxines d’un champignon ? « Je pense qu’il y a eu un empoisonnement. Mais pas du tout par un produit comme celui qui a été avancé par nos collègues de Lausanne. [...] Il y en a un qui colle très bien. Il se trouve que j’ai été à un moment très intéressé par les champignons et leurs toxines. Il y a justement un institut près de Tel Aviv qui étudie cela. Il faut noter qu’Israël est le dernier pays qui n’a pas signé sur les toxines et les produits chimiques », ajoute Marcel-Francis Kahn.
Ce qui vaut aussi pour l’hypothèse du polonium, substance nécessitant une relative maîtrise de l’industrie nucléaire ; et là, hormis Israël et Iran, qui d’autre ? Autre pièce à mettre au dossier, ces quelques lignes publiées dansLe Figaro du 9 novembre : « “Les Français savent, mais ils ne diront rien”, avait affirmé au Figaro une source haut placée des services de renseignements après la mort du “Vieux”, comme le surnommait affectueusement la “rue” palestinienne. Un dossier classé “secret défense” existe, mais il y a peu de chances pour que les autorités françaises le déclassifient rapidement, toujours selon cette source. “Le président de la République à l’époque des faits, Jacques Chirac, le ministre de la Défense, Michèle Alliot-Marie, et le patron de la DGSE, Pierre Brochand, savent de quoi est mort Yasser Arafat”, affirme un ancien cadre de la DGSE de l’époque. »
Alors, polonium ou champignon ? Si le poison a été administré à Yasser Arafat, et même si les services israéliens étaient aux commandes, le forfait n’a pu se perpétrer qu’avec des complicités internes au plus haut niveau ; linge sale que l’Autorité palestinienne préférerait sûrement voir lavé en famille. Et pas dans le cadre d’une enquête internationale. L’État hébreu avait-il intérêt à liquider son vieil ennemi ? En bonne logique, aucun. Mais les errements, tant imbéciles que suicidaires, des gouvernements Sharon et Netanyahou nous ont appris que la politique israélienne obéissait de moins en moins à la rationalité et au bon sens. Dernière piste pour finir ? Une querelle interne au plus haut niveau de Ramallah ? Rien n’est à exclure, mais c’est peu probable.
Bref, Yasser Arafat a été assassiné. Mais par qui et pourquoi ? Israël en tête de liste des suspects, c’est une évidence, oui ; une absolue certitude, non.

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