par Gerard Fredj
La mise à l'écart du président égyptien Mohammed Morsi, et de facto, des Frères musulmans des leviers de commande du pays provoque une satisfaction aussi discrète que vive du gouvernement Israël.
Pourtant, Morsi finira peut etre par manquer aux dirigeants israéliens.
Durant une année d'exercice du pouvoir, Mohamed Morsi n'est finalement pas devenu sioniste et il n'a jamais prononcé le mot " Israël " tant cela devait lui être douloureux.
On se souvient également des films montrant celui qui est désormais l'ex président égyptiens, traitant les juifs de " descendants des singes et des porcs ".
Mais sous Morsi, les Frères musulmans, des islamistes purs et durs ont fait l'impensable, reconnaître la réalité du Traité de paix avec Israël ; probablement pas par enthousiasme, probablement par pragmatisme, toujours est-il qu'au pouvoir, ils ont franchi un pas qu'ils n'ont jamais franchi alors qu’ils étaient dans l'opposition et demandaient l’abrogation de ce Traité.
Les dirigeants de la Confrérie ont demandé l'amendement du traité, mais finalement sur des questions mineures.
Et la coopération sécuritaire avec l'armée et les services de renseignements s'est poursuivie comme sous l'ère Moubarak, sans failles.
C’est finalement la première fois qu'un gouvernement issu d'élections libres adhérait aux accord de paix.
Après l'accession des Frères musulmans au pouvoir, les meilleurs experts israéliens prédisaient l'hypothèse d'un régime soutenant à outrance le Hamas - issu des Frères musulmans - , l'encourageant à lancer des tirs sur le sud du pays, tout en empêchant toute riposte israélienne par la menace d'une confrontation militaire.
Le Hamas, lui même, s'est longtemps cru protégé.
Pourtant l’Égypte n'a pas réagi lorsque l'armée israélienne a lancé en novembre dernier l'opération Pilier de Défense pour tenter de mettre fin aux tirs incessants de roquettes sur le sud du pays, laissant Tsahal entamer profondément les capacités militaires du Hamas.
C'est finalement Morsi qui a servi d'intermédiaire à la conclusion d'un cessez le feu, strictement appliqué par le Hamas.
Le Hamas qui, en seulement un an, est arrivé à une situation de tension inouïe avec le Caire, attaqué avec virulence par les principaux médias égyptiens et totalement bridé par les dirigeants égyptiens,
De même, c'est bien sous la Présidence Morsi qu'on été lancées des actions décisives pour éradiquer les tunnels de contrebande entre Gaza et le Sinaï, dont près de la moitié ont été mis hors d'état de fonctionner ces dernières semaines – une tâche à laquelle Hosni Moubarak ne s’était que mollement attelé.
Après le chaos qui s'était installé dans la péninsule du Sinaï à la chute de Moubarak, l'armée sous Morsi a fini par lancer, avec succès, des opérations décisives contre des groupes terroristes liés à Al Qaïda – après des attaques ayant provoque la mort de policiers et de soldats égyptiens -, une politique qui, finalement, arrangeait également le Hamas, débordé par ces groupes.
Enfin, un rapprochement était possible entre l'Egypte et l'Iran, qui aurait renforcé la position de la république islamique dans la région, augmentant la menace pesant sur Israël.
C'est l'inverse qui s'est produit : le fossé entre l'Egypte sunnite et l'Iran chiite s'est creusé, et les Frères musulmans se sont rangés, dans la guerre civile syrienne, aux côtés des rebelles sunnites.
L'implication du Hezbollah aux côtés de Bashar el-Assad, a fait du gouvernement du Caire un ennemi implacable du groupe terroriste chiite.
Le désordre- nouvel ordre qui règne aujourd'hui en Égypte va, un temps, détourner l'attention des puissances occidentales du conflit syrien.

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