Consciente de m’en prendre à la bête sacrée deBoulevard Voltaire, je signale d’avance que je me bats les reins des éventuels anathèmes que je vais recevoir ; j’ai le cuir aussi dur que vos colères hostiles et je viens vous le dire la fleur au fusil.
Gabrielle Cluzel, que je tiens en estime et dont je ne cesserai de louer la verve, nous a offert un énième article sur « la France bien élevée » (Boulevard Voltaire va finir par ouvrir une boutique de produits dérivés !) : « La France bien élevée vous emmerde ! », où elle s’en prend à ceux qui se sont permis de critiquer la Manif pour tous.
Les coups de gueule faciles avec argumentaire bancal que l’on offre à un lectorat déjà acquis à sa cause devraient demeurer la propriété des scribouillards médiocres en mal de reconnaissance, pas des éditorialistes qui ne manquent ni de talent, ni de bon sens.
Je constate ces derniers temps, dans les articles et les commentaires, qu’une partie de « la France bien élevée » devient quelque peu soupe au lait.
Quittant les sentiers autrefois vénérés du savoir-vivre, elle traque le contradicteur comme la duègne veillait autrefois à la virginité des jeunes filles.
Cette France nerveuse trépigne comme l’enfant gâté face à la contrariété. Elle ne débat plus, elle excommunie comme le bigot blessé dans sa superbe et s’amuse à nous ériger les digues d’une nouvelle bien-pensance réactionnaire qui prend chaque critique pour offense, dérobant aux gauchistes honnis leur intolérance hargneuse, sans le feu révolutionnaire.
Alain de Benoist se retrouve ainsi fustigé pour avoir osé effectuer un constat qui fut pourtant admis jusque dans les propres rangs de la Manif pour tous : la contestation n’a pas abouti à l’abrogation de la loi Taubira. Comme il s’attache à expliquer avec talent les raisons de cet échec, il écope en réponse d’un article et de commentaires assassins.
De la même façon, j’ai dû esquiver quelques coups de martinet lorsque j’ai voulu dire que l’on peut, sans se ravir ou justifier une condamnation aussi démesurée qu’injuste, déboulonner Nicolas Bernard-Buss de son piédestal et le juger objectivement.
« Quand vous aurez fait la même chose, on en reparlera ! » est l’argument martelé presque unanimement. S’il faut être à la place de l’autre pour émettre une critique, j’en conclus que nous sommes tous condamnés à fermer nos grandes gueules et à rentrer chez nous, vous y compris. Après vous, M’sieurs Dames..
Gabrielle et certains commentateurs contestent d’emblée le droit à la critique… et se dispensent par là même de répondre aux arguments. Malin subterfuge. J’aurai connu plus grande honnêteté intellectuelle que celle-ci.
Toute voix dissidente est montrée comme une pulsion moralisatrice malvenue ou une collaboration à l’odieuse répression policière.
Toute réflexion se fait encombrante : les intellectuels sont des théoriciens sans mérite qui déblatèrent sans agir. Vous auriez pourtant bien eu besoin de leur secours lorsque Frigide Barjot s’est retrouvée devant Caroline Fourest chez Laurent Ruquier, encrottée d’un ridicule tenace devant toute la France, et vous avec.
L’on peut se permettre de mépriser les intellectuels lorsque l’on a, comme la cause gay, toute la bienveillance du pouvoir en place, des médias et des élites (dont vous hululez qu’elles ne servent à rien alors que vous dénoncez dans le même temps leur mainmise insupportable) et que le peuple vous suit avec la simplicité de l’évidence.
Pas lorsque l’on demeure minoritaire et qu’il reste à entreprendre une véritable conquête des idées qui, je vous l’accorde, est un rude labeur, mais il n’y a guère que des enfants gâtés pour surgir comme des fleurs, fussent-ils un million dans la rue, en s’imaginant qu’ils obtiendront l’abrogation d’une loi que tout favorise et dont le terrain se prépare depuis des années (sûr qu’on va vous la donner sur un plateau d’argent !).
Les lobbies gay l’ont très bien compris : ils ont passé 40 ans à marteler leur idéologie, et c’est bien pour cela qu’ils ont vu éclore ces derniers mois la victoire si longtemps convoitée.
Dire que la présence de petits ne favorise pas les élans de fougue nécessaires à la défense d’une cause difficile est interprété comme une invitation à ne pas faire trop d’enfants. M’enfin, Gabrielle, à qui voulez-vous faire croire qu’une personne qui écrit si bien ne sait pas lire correctement ? Personne ne veut vous ligaturer les trompes et je suis bien la première à me réjouir que des gens comme vous gratifient notre pays d’une descendance massive.
Si vous savez, chers amis, tendre l’autre joue, vous savez aussi très bien distribuer des baffes, et le faire sans raison. Gardez-vous désormais de vous lamenter sur l’intolérance des uns et des autres si vous demeurez incapables de vous élever au-dessus de ceux que vous dénoncez.
Nul grief contre vous : la critique, même rude, a chez moi valeur de considération. Mais il fallait que ce soit dit : si la France bien élevée nous emmerde, ne vous inquiétez pas pour nous, on le lui rend bien.

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