samedi 8 mars 2014

Tel Aviv continue t-elle de danser ?



"Quand Jérusalem étudie, Haïfa travaille et Tel Aviv danse !" Voilà l'image qui accompagnait jusque dans les années 1970 les trois grandes villes d'Israël. Comme toutes les images ou les mythes, quelque chose en subsiste et pour ce qui est de Tel Aviv, on va encore plus loin et on multiplie les images mythiques et l'on dit par exemple que dans l'Israël de 2014, il y a l'État d'Israël et l'État de Tel Aviv ; Que Tel Aviv c'est le début de Sodome et Gomorrhe et comme les Tel aviviens sont fiers de le crier, c'est " la ville qui ne s'arrête jamais " ; On pourrait ajouter sans fin les images , les slogans positifs ou négatifs – tout dépend DE qui vous interrogez …

Au début du 20ème siècle, Jaffa était surpeuplée et de nombreuses initiatives donnèrent lieu à la création de quelques quartiers en dehors de la ville tels Mahane Yehouda ou Neve Tsedek ; c'est dans ce même esprit que Akiba Weiss, militant de la jeune cause sioniste et passionné d'architecture et d'urbanisme, fonda une association Ahouzat Bait, afin de créer la première ville hébreue.


En 2009, la petite fille de Weiss organisa une exposition sur l'oeuvre de son grand-père, « Un start-upiste sioniste dans les sables – Akiba Arié Weiss, initiateur et fondateur de Tel Aviv ». Weiss n'était pas seul à désirer un changement et il fut suivi par 66 familles qui achetèrent des lotissements dans les sables au nord de Jaffa ; la répartition se fit par tirage au sort - à l'aide de coquillages – durant la semaine de Pessah 1909 et aussitôt, on construisit de petites maisons, parfois avec des cours intérieures, par mesure de sécurité. Quand il fallut choisir un nom on hésita entre Neve Jaffa, la nouvelle Jaffa et autres propositions ; Finalement on opta pour Tel Aviv, qui est en fait le nom d'un endroit à Babylone (Jézéchiel 3, 15). Rien à voir avec la traduction du nom "colline du printemps". 


La première rue du nouveau quartier, de la nouvelle ville Tel Aviv, parallèle à la mer, fut nommée rue Herzl et tout au bout de la rue fut érigée la gymnasia haivrit (la première école hébreue), là où se trouve aujourd'hui Migdal Shalom ; puis furent tracées les autres artères principales, dont la rue Rothschild, que les urbanistes de l'époque voyaient comme le début d'un boulevard imposant, bordé d'arbres et de kioskes-gazoz, importés d'Europe, rappelant quelque peu les boulevards parisiens ; et d'ailleurs lors de la visite du baron en 1915, les dirigeants de la ville – dont Méir Dizengoff (photo), le premier maire de Tel Aviv - le lui présentèrent ainsi, et les enfants de la gymnasia le reçurent avec des fleurs et un grand portail fut érigé en son honneur. Rappelons aussi que c'est au n°16 de ce boulevard que Ben Gourion déclara la création de l'État d'Israël, le 14 Mai 1948, et lut avec beaucoup d'émotion la charte d'indépendance; et comme Jérusalem était encore assiégée, Tel Aviv servit, jusqu'à la fin de 1949, de capitale du jeune État juif, incluant les institutions gouvernementales.
Et c'est naturellement ici que devait, en Juillet 2011, éclater "la révolte des tentes", au milieu de ses restaurants très prisés et de ses appartements qui ont atteint des prix exorbitants, défiant toute concurrence avec Manhattan !!


Tel Aviv devint dans les années 1920-1930 une ville bourgeoise où il fait bon vivre – des salles de cinéma comme le Eden ou le Mograbi ; le Casino (sans les jeux!) qui fut construit au bord de la mer et qui fut fréquenté par les Tel Aviviens pour son restaurant et son café jardin, et qui finalement fut fermé à cause des vents et des intempéries hivernales ; le théâtre national Habima , lequel avait commencé à Moscou et à Berlin, et qui dès 1928, "fit son alyah" et fonctionna comme "collectif" puisque les acteurs étaient également ceux qui dirigeaient, décidaient du répertoire et se partageaient les bénéfices.


Le nombre d'habitants de la ville augmenta surtout après les évènements à Jaffa de 1920-1921, et principalement après la quatrième (1923-1927) et la cinquième alyah (les années 1930) d'Europe de l'Est et d'Europe centrale. Par exemple de 3600 habitants à la veille de la Première Guerre mondiale, le nombre atteignit 120000 en 1936. Ces nouveaux immigrants influencèrent fortement l'architecture de Tel Aviv : certains avaient étudié en Allemagne le style Bauhaus ou style international, et c'est ainsi que l'on vit surgir à Tel Aviv – comme un peu partout, à la même époque, dans les autres villes du Yichouv – des immeubles aux toits plats, aux balcons arrondis en coin, rappelant des loges de théâtre, et surtout une architecture peinte en blanc. Ce n'est pas un hasard si à Tel Aviv ont été répertoriées près de 400 maisons dans ce style et elle a été reconnue « la ville blanche », faisant partie du patrimoine mondial de l'UNESCO. 


Même aujourd'hui, on assiste à une sorte de retour du style international, soit dans le ravalement de certains immeubles soit dans la construction de nouveaux immeubles. Il faudrait également signaler la construction du port de Tel Aviv, dès 1936, quand les Arabes entamèrent une grève générale, et le port de Jaffa arrêta de fonctionner ; il fallait trouver une alternative pour pouvoir continuer à exporter les agrumes d'Eretz Israël ; les immigrants de Salonique, arrivés depuis peu dans le pays, furent les principaux ouvriers dans la construction de ce nouveau port, vu leurs capacités professionnelles dans le domaine. Ce port, situé au nord de Tel Aviv, n'a gardé que les atours extérieurs, il est devenu très "in”, depuis quelques années, et il fait bon et "bien" d'y flâner le long des berges ou de venir écouter de la bonne musique dans un ancien hangar transformé.

On ne peut parler de Tel Aviv sans évoquer le rôle que joue la ville dans l'Israël d'aujourd'hui. Ce n'en n'est pas la capitale, certes mais tous les organes du gouvernement y sont présents, et même le ministère de la Défense a son QJ en plein coeur de la ville, les grandes décisions se prennent ici. Cependant, ce qui est certain, c'est que Tel Aviv – et sa grande banlieue - est une métropole au coeur de l'activité économique, commerciale et financière du pays. La plupart des entreprises de high tech y sont concentrés, la bourse aux diamants et la bourse financière sont également au rendez-vous. Tel Aviv est aussi le plus grand centre de communication du pays; les journaux, les différentes chaînes de télévision, et quand on veut se faire entendre, alors c'est ici qu'on tient les conférences de presse ou qu'on organise des manifestations. 


C'est encore à Tel Aviv que se trouvent la majorité des galeries et des espaces culturels du pays. Tel Aviv n'a rien à envier aux grandes villes du monde, tout ce qui se fait à Paris, à Berlin ou à New York, s'y passe presqu'en même temps. Ajoutons encore que tout se développement arrive jusqu'à Neve Tsedek et à Jaffa au sud de la ville, avec le complexe de la Tahana ou les hangars transformés en galeries non conventionnelles du port de Jaffa (ci-dessus). 

Il y a certes un prix à cette place cruciale de Tel Aviv et à ce succès auprès de la plupart des jeunes du pays. Ils arrivent par milliers, après la période de l'armée, car c'est ici que tout se passe. Pour eux, c'est l'Eldorado, c'est là qu'ils vont réussir, mais c'est aussi qu'ici que les loyers sont les plus élevés. Ils viennent ici pour y travailler, pour lancer une idée et réussir, pour se mêler au coeur d’Israël. Tout est possible – ou plutôt tout semble possible – et bien sûr il y en a beaucoup qui tombent de haut.


D'ailleurs - sur un tout autre registre - ce n'est pas un hasard si tous les migrants travailleurs arrivant d'Afrique ou d'Asie choisissent Tel Aviv – légalement ou non – pour survivre et ont transformé le quartier de la station centrale des autobus en une autre planète.


Pour conclure, nous dirons que nombreux sont les nostalgiques qui sont tristes de la transformation du paysage urbain de la première ville hébreue d'Eretz Israël, face aux tours d'habitation qui ont poussé comme des champignons depuis déjà près de dix ans, et que seuls quelques millionnaires – israéliens ou non – peuvent se payer le luxe d'y avoir un de leurs appartements….. Heureusement qu'il y a " La Promenade " (tayelet), au bord de la mer où l'on peut se balader, à pied ou à vélo, une promenade qui va du Nord de la ville jusqu'à Jaffa et qui est appelée à se prolonger encore plus au sud, et profiter du paysage naturel où a pris pied le « rêve sioniste du début du 20ème siècle »." 


Ayala et Claude Sitbon

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

La grandeur de Binyamin Netanyahou....

Binyamin Netanyahou était en visite aux Etats-Unis pour la conférence annuelle de l’AIPAC. Cette visite devait être triomphale. Elle a ...