« C’est là une question qui nécessite une étude sérieuse de notre part — étude qu’il nous faut faire en nous dégageant d’une certaine confusion qui pourrait nous valoir d’être qualifiés de » superpatriotes ».
> Bien souvent, en effet, il a fallu que les ouvriers français fassent entendre de vives protestations contre l’emploi immodéré de la main-d’oeuvre, sans qu’on puisse pour cela les suspecter de nationalisme. S’ils protestaient, c’est parce que le chômage existait déjà en France et qu’il augmentait encore la venue de nouveaux ouvriers étrangers.
> Si, actuellement, nous nous élevons encore contre cet emploi immodéré de la main-d’œuvre étrangère, c’est que le gouvernement, derrière lequel se trouve le patronat, tout en ayant repoussé, pour la reconstruction des régions dévastées, la venue de quelques centaines d’ouvriers allemands, promet, par ailleurs, aux entrepreneurs du bâtiment et des travaux publics, la venue de 300 000 ouvriers d’Italie, de Pologne, de Tchécoslovaquie, etc.
Pourquoi repousser les uns et offrir les autres ? Il y a une explication claire de ce petit jeu : les ouvriers allemands qui devaient venir étaient syndiqués ; ils auraient travaillé directement pour le compte des sinistrés, sans que les Loucheur et autre Chouard puissent tirer un quelconque bénéfice de la reconstruction. (…)
Cette main-d’œuvre, c’était de la bonne affaire et de plus elle allait permettre de tenir en respect ces « éternels rouspéteurs que sont les ouvriers français.
On ne s’est pas préoccupé des conséquences : le chômage, ça n’intéresse sans doute pas le patronat. Mais, il faut que les organisations ouvrières, elles s’y intéressent. Un apport de main-d’œuvre étrangère aussi formidable que celui qui est prévu pour les régions dévastées ne peut qu’augmenter la crise actuelle dans de grandes proportions.
Il est du devoir immédiat des syndicats français de s’élever énergiquement contre cette mesure. On ne peut pas en l’occasion nous taxer de chauvinisme.
Nous estimons que » la terre est à tous ». Mais nous ne voulons pas qu’il soit permis de se servir ouvriers étrangers pour nous affamer, là où le hasard nous a fait naître. (…)
Ce qu’il nous faut faire pour conclure, c’est empêcher qu’on fasse venir, dans les régions où le chômage sévit, de la main-d’œuvre, parce que le premier résultat de sa venue serait d’affamer la main-d’œuvre française. (…)
« La Vie ouvrière » journal de la CGT, 3 février 1922.

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