mercredi 27 décembre 2017

En Tunisie, une vieille communauté juive brave un avenir incertain....



DJERBA, Tunisie (JTA) — Anticipant l’ascension rapide du soleil dans les cieux africains, six hommes, les pieds-nus, s’alignent au tout petit matin dans le corridor plein de courants d’air qui mène à l’intérieur – encore frais – de la plus ancienne synagogue d’Afrique.
Fredonnant avec nonchalance un hymne biblique en hébreu, accompagnés par un journaliste israélien, ils s’abstiennent de faire les prières habituelles des fêtes dans l’espoir de pouvoir les effectuer en réunissant le minyan — [NdT : le quorum de dix personnes nécessaire à la récitation de certains passages de la prière et à la lecture de la Torah] – qui est également une nécessité indispensable pour faire vivre la communauté ..
Au sein de cette communauté, l’une des quelques congrégations juives encore actives dans le monde arabe, la patience de ces hommes reflète toute leur détermination à préserver les traditions anciennes alors que ne subsistent aujourd’hui qu’environ 1 000 Juifs à Djerba. Un grand nombre d’entre eux ressentent comme un devoir la nécessité de rester sur l’île, même s’ils ne peuvent envisager un avenir ici pour leurs enfants.Membres d’une minorité juive en diminution sur cette île tunisienne, ils attendent des heures sous les arches très ornées de la synagogue de la Ghriba, vieille de plusieurs siècles, d’Erriadh – une ville où vivaient dans le passé des milliers de Juifs mais qui ne compte dorénavant qu’une poignée de familles juives. De longs instants vont se succéder avant l’arrivée de renforts : Trois Juifs supplémentaires en provenance de Hara Kbira, la seule municipalité juive qui reste à Djerba, située à 6 kilomètres et demi de la synagogue.
« Tout le monde a pensé à partir, moi y compris », dit Ben Zion Deeie, trentenaire et enseignant dans une yeshiva et qui a parcouru plus de six kilomètres pour venir de chez ses parents qui habitent à Hara Kbira, où vivent presque tous les membres de la communauté juive de l’île. « L’économie est mauvaise, la devise a chuté, le tourisme souffre à cause du terrorisme et les emplois sont rares et mal rémunérés. Ce n’est pas parfait ».
Mais partir « serait très difficile », ajoute Deeie, qui vient chaque année pour s’assurer, avec d’autres membres de la communauté, que la Ghriba atteindra son minyan. « On se sent mal à l’idée de quitter cet endroit où nos ancêtres ont vécu pendant tant d’années ».
Toutefois, des facteurs variés, notamment la violence à l’encontre des Juifs tolérée par l’Etat à la suite de la victoire d’Israël contre ses voisins lors de la guerre des Six jours de 1967, ont petit à petit vidé la Tunisie des 110 000 Juifs qui y vivaient avant le début des années 1970. Quelques douzaines de familles sont parties après la révolution de 2011 qui avait brièvement installé au pouvoir un parti islamiste et anti-israélien.

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