Marcel Nadjari a vécu l’envers de l’enfer à Auschwitz. Dès son arrivée au camp d’extermination, en avril 1944, ce juif grec a été enrôlé dans les sonderkommandos, les unités de prisonniers chargés de faire tourner chambres à gaz et fours crématoires.
Convaincu qu’il n’en ressortirait pas vivant, Marcel Nadjari a couché l’horreur de son quotidien sur treize pages arrachées d’un carnet. Il les a glissées dans un thermos, enterré près d’un four. C’est ce récit unique qu’a découvert Leslayw Dyrcz, un étudiant polonais, lors de fouilles menées en 1980.
« Coups de cravache »
Un trésor illisible : seuls quelques mots, en cyrillique, étaient encore visibles. Assez pour intriguer l’historien Pavel Polian. Grâce à des nouvelles techniques informatiques, il vient de reconstituer 90% du texte, relatent le quotidien belge De Morgen et plusieurs journaux allemands.
Le sonderkommando y conte ses journées : « La plupart des gens ne se rendent pas compte de ce qui les attend. Aux personnes dont le sort est scellé, je dis la vérité. Une fois nues, elles vont dans la chambre de la mort où les Allemands ont soi-disant installé des douches. À coups de cravache, on les oblige à se serrer comme des sardines dans un bocal, puis on ferme les portes hermétiquement. »
À charge pour lui, ensuite, de récupérer les cheveux des victimes, leurs dents en or, puis de brûler leurs dépouilles.
Seuls quelques mots étaient lisibles. Il a fallu des années à l'historien Pavel Polian pour parvenir à décrypter 90 % du texte.
« Comment pourrais-je craindre la mort après ce que mes yeux ont vu ?, écrit Marcel Nadjari. Je ne suis pas triste de mourir, mais je suis triste de ne pas pouvoir venger les miens. » Ses parents et sa petite sœur ont péri dans le camp. Lui a survécu à Auschwitz, puis au camp de Mathausen, en Autriche, où il a été transféré quelques semaines avant la fin de la guerre.
À la Libération, il est brièvement retourné vivre en Grèce, avant de s’intaller comme tailleur à New York, avec sa femme. Il y est décédé à 54 ans, le 31 juillet 1971. Neuf ans avant la découverte de ses écrits. Ils ont été lus récemment à la synagogue de Thessalonique, par sa fille. Marcel Nadjari ne lui en avait jamais parlé.
https://www.ouest-france.fr/europe/pologne/auschwitz-un-sonderkommando-avait-ecrit-sa-vie-en-enfer-5398729

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