mercredi 22 novembre 2017

À Beyrouth, dans le "bunker" de Saad Hariri....


C'est un pâté de maisons qui trône au cœur de Beyrouth . Un nouveau quartier luxueux entièrement reconstruit il y a quelques années où de beaux immeubles côtoient quelques maisons patriciennes aux allures de villas californiennes. Ce mercredi 22 novembre, jour de la fête de l' Indépendance du pays, ce quartier de la capitale libanaise d' ordinaire si calme ressemble à un camp militaire .

Sur la route qui mène à « la maison du centre », le domicile privé de Saad Hariri , les barrages se succèdent. Celui de la police , celui de gardes privés armés de kalachnikov et de talkie-walkie . Les voitures sont systématiquement fouillées par les chiens renifleurs. Il faut à tout prix éviter un nouveau chapitre de la tragédie des Hariri. En 2005, Rafiq, le père de Saad, a été assassiné en plein cœur de Beyrouth par les services secrets syriens. La bombe (1 800  kilos de TNT) qui a détruit son véhicule a fait une vingtaine de victimes.

Château fort

Les supporteurs du Premier ministre « démissionnaire » Saad Hariri, qui agitent des drapeaux libanais et des pancartes du « courant du futur  », son parti , n'ont pas le droit d'avancer plus loin pour crier leurs slogans de soutien à leur héros. Ils doivent rester derrière des barrières installées là depuis quelques jours à bonne distance de sa maison personnelle. Un gigantesque palais plutôt. Ses murs épais surmontés de créneaux lui donnent un faux air de château fort.

Cet après- midi, ses proches, sa famille, des leaders religieux, des intellectuels et quelques politiciens – des sunnites comme lui, des chrétiens aussi – sont venus lui apporter leur soutien. Après Paris – où Emmanuel Macron lui a offert sa protection et son accueil pendant trois jours en l'accueillant comme un Premier ministre en exercice –, Saad Hariri s'est rendu en Égypte pour rencontrer le maréchal- président Sissi. Il est arrivé dans la nuit pour assister au défilé militaire de l' armée de son pays et rencontrer le président libanais. Cet après-midi, il peut enfin retrouver son clan.

Vêtu d'un blouson bleu marine fermé jusqu 'au col, Saad Hariri sort de son bureau. Il embrasse , il enlace, il tape sur l' épaule. Mais ne sourit pas. Il semble épuisé, éreinté. Il fait comprendre à l'un qu'il lui racontera plus tard ce qui s'est passé il y a trois semaines en Arabie saoudite lorsqu'il a présenté sa démission. À un autre, il glisse discrètement qu'il lui expliquera plus tard pourquoi après avoir démissionné, il reste finalement en poste pour une quinzaine de jours – peut-être plus – à la demande du président de la République , l'ancien général ( chrétien ) Michel Aoun. Mais chut… Il n'est pas question de livrer maintenant – même aux amis – le détail de la rocambolesque séquence politique qui se déroule depuis trois semaines, dont tout le monde connaît d'ailleurs le déroulé surréaliste.

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Prudence

Saad Hariri fait signe au journaliste du Point de le suivre dans son bureau. Les rideaux sont tirés. C'est une grotte. Dans la pénombre , on remarque la gigantesque photo de son père Rafiq, souriant, quelques mois avant son assassinat, qui trône derrière la table de travail .
 Malgré la fatigue , Saad Hariri se lance . Mais pose auparavant une condition. Il n'y aura aucune citation. On insiste. Il fait comprendre que ces jours-ci, un mot peut déclencher une guerre dans le pays. Le rôle de l'Iran, celui de l' Arabie saoudite, la place du Hezbollah dans le pays ? Ce sont comme des mots tabous pour ce Premier ministre en sursis.

Il a pourtant un espoir : si chacun y met du sien, cette crise politique peut renforcer le Liban. En parlant d' Emmanuel Macron , Saad Hariri sourit. Se détend enfin. Ce président français aime son pays. La France aime le Liban. Sincèrement, avec le cœur, dit-il. C'est utile d'avoir de vrais amis en ce moment.

Cette crise peut-elle conduire le pays au pire ? Il rappelle ses propos – officiels – du matin : « J'ai discuté de ma démission avec le président de la République qui m'a enjoint d'attendre avant de la présenter pour permettre davantage de consultations, ce que j'ai accepté. » Des mots qui ouvrent la porte à tous les scénarios, toutes les rumeurs, toutes les peurs. La crise politique ne fait que commencer. Tout est si fragile au Liban.

http://www.lepoint.fr/monde/a-beyrouth-dans-le-bunker-de-saad-hariri-23-11-2017-2174465_24.php?&m_i=ApznQKwSLDwamfAEsPIbOw6hyDGlA5bF

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