vendredi 6 juillet 2018

Simone Veil de Birkenau au Panthéon par Gérard AKOUN...


L’entrée de Simone Veil au Panthéon, ce temple de la République, dédié aux Grands Hommes par la patrie reconnaissante, est un grand moment de l’Histoire des femmes françaises.  Simone Veil, qui ne voulait pas être qualifiée de féministe, a eu un rôle prépondérant dans l’écriture de cette Histoire en portant au niveau de l’Etat, la revendication de l’égalité entre les hommes et les femmes, la parité politique qui paraissait incongrue au moment où elle-même entrait en politique.



Rescapée de la Shoah, revenue à Paris, elle embrasse la carrière de magistrate, un métier d’homme à l’époque. Tout au long de sa carrière, elle fut très souvent la première à occuper un poste habituellement réservé aux hommes dans lequel elle a toujours défendu les droits des femmes et des plus démunis. En 1974, elle est nommée ministre de la santé de Jacques Chirac, elle est la première femme ministre depuis 1947, elle devra affronter une Assemblée Nationale composée à 98% d’hommes, pour défendre le projet de loi relatif à l’interruption volontaire de grossesse. Bien que très encadrée, cette dépénalisation de l’avortement en France n’était pas soutenue par la droite et la loi ne pourra être adoptée qu’avec le soutien de toute la gauche.
Je crois que nos auditeurs ont eu connaissance des propos injurieux, ignobles à l’égard de Simone Veil, de son passé de déportée, des pertes subies par sa famille qui ont été prononcés par un certain nombre de députés.  Elle a résisté, elle n’a pas craqué, elle a défendu son texte de loi dans un très beau discours qu’elle a débuté en déclarant : «Je voudrais tout d’abord vous faire partager une conviction de femme -je m’excuse de le faire devant cette assemblée presque exclusivement composée d’hommes- aucune femme ne recourt de gaieté de cœur à l’avortement».  Jamais Simone Veil n’a hésité à parler en tant que femme.

En 1979, elle est la première femme présidente du parlement européen nouvellement élu au suffrage universel : «Si je m'engage aussi pleinement sur la question de l'Europe, c'est pour tirer la leçon de mon passé et en pensant à l'avenir de la France», assure-t-elle dans un discours du 5 juin 1979. «Le fait d'avoir fait l'Europe m'a réconciliée avec le XXe siècle», assurait-elle encore. Des journalistes avaient demandé à Simone Veil si elle avait pardonné aux Allemands avec lesquels nous construisions maintenant l’Europe.  Elle avait répondu :«Non, jamais. Pour moi, la question ne se pose pas en termes de pardon. Moi, je suis vivante, je suis là. Ce n’est pas à moi de pardonner lorsqu’il s’agit de 6 millions de Juifs exterminés».
La construction de l’Europe permet une réconciliation. L’Europe doit défendre des valeurs fortes : la paix, les droits de l’homme et la solidarité entre les riches et les pauvres.  En 1992 Simone Veil est toujours députée européenne. Alors que la guerre fait rage en ex- Yougoslavie, elle se trouve confrontée à l’existence de camps de concentration. Une réunion extraordinaire du parlement se tient à Bruxelles, la question d’une intervention militaire contre la Serbie est posée.  Simone Veil apostrophe violemment les responsables du CICR (la croix rouge) «je ne veux pas réentendre ce que j'ai entendu il y a 50 ans : la seule priorité est d'arrêter la guerre. Et pendant ce temps-là, des gens pouvaient être dans des camps de concentration et être exterminés».
 La Shoah est son troisième combat : pour la mémoire, contre le négationnisme mais aussi pour abolir l’antinomie entre les déportés résistants, considérés comme des héros, et les déportés juifs, considérés comme des victimes. Son action a été déterminante pour faire disparaître cette différence. Elle voulait aussi que la France, son pays, ne soit pas seulement considérée comme un pays de collabos. Sur proposition de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah dont elle était la présidente, Jacques Chirac, a rendu, le 18 Janvier 2007, un hommage solennel, au nom de la Nation, aux 2.700 Justes de France et aux Français anonymes qui ont sauvé des Juifs.

Quelques voix discordantes se sont élevées contre l’entrée de Simone Veil et de son mari au Panthéon ; elles venaient de l’extrême-droite et même de la droite modérée ; rien d’étonnant à cela, il leur est encore difficile de voir dans les Juifs de Grands Hommes ou de Grandes Femmes. Plus scandaleuse est l’attitude de certains Juifs de la communauté qui ont critiqué le fait qu’on ait sorti de leur caveau les cercueils de Simone et d’Antoine Veil pour les déposer au Panthéon. «Les lois juives ne le permettent pas» disent-ils mais j’ajoute, elles ne permettent pas non plus de mettre les morts en bière. Ils doivent être enterrés à même la terre.
Les lois de la République ont prévalu. Si depuis sa dispersion dans le monde, le peuple juif a réussi à se maintenir alors que bien des peuples qui lui étaient contemporains ont disparu, c’est parce qu’il avait une culture, une langue et qu’il a su s’adapter sans se renier. L’adaptation des Juifs de France après leur émancipation n’a pas été facile, elle a entraîné maints débats mais elle a été réussie. Pour vous en convaincre vous pouvez lire les livres que Pierre Birnbaum a consacré aux relations entre les Juifs et la République.
Il faut accepter la diversité des Juifs, ils sont ultra-orthodoxes, orthodoxes, réformistes, libéraux, agnostiques, laïcs.  La judéité du père de Simone Veil «était liée au savoir et à la culture que les Juifs ont acquis au cours des siècles», celle de sa mère «à un attachement à des valeurs pour lesquelles les Juifs n’ont cessé de lutter :  la tolérance, le respect des droits de chacun, la solidarité». Tous deux sont morts en déportation, et lui ont laissé ces valeurs en héritage dont elle ne peut dissocier le souvenir des six millions de Juifs exterminés. «Cela suffit pour que jusqu’à ma mort, ma judéité soit imprescriptible» a-t-elle déclaré.
Les Veil, pour la France et pour le judaïsme, sont à leur place au Panthéon et ce geste est tout à l’honneur de la France.

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