dimanche 8 avril 2018

Gaza: Pas de fumée sans feu, le Hamas paiera ©


Analyse: La plupart des Palestiniens tués au cours du week-end ont été blessés alors qu’ils couraient en véritables Amok vers la barrière, et Tsahal n’avait pas d’autre moyen pour les arrêter. Jusqu’à présent, l’armée israélienne a évité de prendre pour cible les atouts importants du Hamas au plus profond de la bande afin de ne pas gâcher la fête de Pessah. Mais maintenant que la fête juive est derrière nous, les organisateurs des émeutes pourraient aussi être pris pour cibles légitimes.

La principale raison pour laquelle Tsahal a jusqu’ici évité de prendre pour cibles des atouts importants du Hamas au plus profond de la bande de Gaza, pour dissuader l’organisation palestinienne de continuer les provocations autour de la barrière, était de préserver la fête de Pessah.
Le chef d’état-major de Tsahal et les quatre généraux qui menaient la bataille – le chef d’état-major adjoint, le chef de la direction des opérations, le chef du commandement sud et le chef de la direction des renseignements militaires – ont décidé de ne pas gâcher les vacances des Israéliens.
Mais maintenant que les festivitésde Pessah sont derrière nous, les plans visant à briser le statu quo qui s’est développé entre le Hamas et Tsahal à la frontière de Gaza sont de retour sur la table des décideurs, augmentant les chances qu’une autre émeute sur la barrière conduise à une attaque dans les tunnels ou sur les installations de production de munitions et les dépôts d’armes camouflés au fond de la bande. Il est raisonnable de supposer que l’activité aérienne n’est pas la seule option à l’ordre du jour, et qu’une élimination ciblée des organisateurs des émeutes est également possible.
Émeutiers palestiniens près de la frontière de Gaza.  Une série de luttes violentes, semaine après semaine, mènera éventuellement à l'éclatement d'un conflit (Photo: EPA)
Émeutiers palestiniens près de la frontière de Gaza. Une série de luttes violentes, semaine après semaine, mènera, en définitive, à l’éclatement d’un conflit. Tout doit donc être entrepris pour en minimiser les risques, à commencer par la suppression des têtes de réseaux (Photo: EPA)

La «guerre des tranchées», dans laquelle chaque camp se retranche le long de la frontière pour tenter de l’emporter sur l’autre partie, ne sert pas l’intérêt israélien, car il a le potentiel de créer des dommages internationaux constants, en terme d’image. En outre, une série d’affrontements violents, semaine après semaine, conduira finalement à l’éclatement d’un véritable conflit, y compris à un moment qui serait le plus défavorable pour Israël.
La violence de vendredi dernier a atteint son apogée vers la fin de la journée, dans ce que l’armée appelle «la troisième phase des vagues de violence».
La première étape consistait à rassembler les manifestants dans la matinée et à se diriger ensuite vers la clôture, toujours de manière contrôlée, alors que les membres du Hamas s’assuraient de placer les jeunes hommes recrutés à l’avant sur le front. Les familles et les personnes âgées ont été disposées en deuxième ligne, à l’arrière.
La deuxième étape a commencé par mettre le feu à des milliers de pneus. L’intention était d’envoyer des cellules pour prendre pour cibles les soldats de Tsahal et pénétrer en territoire israélien, en utilisant la fumée pour se couvrir. Ça n’a pas marché. Tsahal a freiné cette vague.
La troisième étape consistait en explosions de colère à deux endroits : à Saja’iyya, près du passage de Karni, et à la zone frontalière de Rafah. Cette explosion a été décrite par ceux qui en ont été témoins, comme constituée par des jeunes qui se déchaînaient en courant comme des fous Amok, vers la barrière, à la suite des cérémonies commémoratives organisées dans la région pour les 23 Palestiniens tués, la semaine précédente. La plupart des neuf Palestiniens qui ont été tués au cours du week-end dernier, ont probablement été blessés à ce stade, car il n’y avait pas d’autre moyen de les arrêter.
La «guerre d'enracinement» a le potentiel de créer des dommages internationaux continus à Israël (Photo: AFP)
La «guerre des tranchées» a le potentiel de créer des dommages internationaux constants à Israël, en termes d’image (Photo: AFP)

L’armée comprend l’étendue des dégâts diplomatiques, en termes de relations publiques et opérationnels causés par un nombre aussi élevé de victimes. Les commandants de bataillon chargés de donner des ordres aux tireurs d’élite ont été informés des limites des règles d’engagement et ont donné des informations détaillées à leurs soldats. Mais il s’avère que les gaz lacrymogènes, les engins pyrotechniques et les grenades assourdissantes sont inefficaces lorsque vous traitez avec des gens qui courent vers vous comme des fous (zombies, Amok). Pour empêcher ces gens de prendre d’assaut la barrière, il n’y a pas d’autre choix que de tirer, et les gens sont tués.
Les cérémonies commémoratives sur la clôture alimenteront les émeutes de cette semaine et les émeutes des semaines à venir, et nous nous retrouverons bientôt dans un conflit qui ne fera que s’aggraver.
Vendredi dernier, les deux camps se sont retrouvés à la croisée des chemins. Israël sait que le nombre élevé de morts pourrait exacerber la violence, c’est pourquoi il doit préparer les prochaines manifestations d’une manière différente en modifiant les ordres donnés, en ajoutant des barrières et en utilisant massivement les moyens de dispersion de la foule comme les grenades à gaz lacrymogène. D’un autre côté, il doit essayer de briser les modalités d’action du Hamas tout en nuisant à ses intérêts.
Mais le Hamas est également à la croisée des chemins. Le nombre énorme de Palestiniens blessés a embouteillé le système de santé de Gaza. Environ 500 Palestiniens ont été blessés par des coups de feu tirés dans les jambes. Le Hamas est incapable d’assister et de réhabiliter un si grand nombre de blessés. Il devra recalculer son itinéraire. Le public requis par le Hamas pour assister aux manifestations demandera probablement à être protégé des tireurs d’élite de Tsahal. La réponse naturelle aux tireurs d’élite est de tirer de l’autre côté. Mais une fois que la vie des soldats sera menacée, rien n’empêchera Tsahal de lancer une opération militaire, au plus profond de Gaza pour les désincarcérer de ce piège.
Jusqu’à présent, le Hamas n’a pas réalisé grand chose. Il gagne du temps. La détresse de Gaza fait peut-être de nouveau la une, mais l’attention du monde – y compris grâce au réseau Al-Jazeera – a rapidement été détournée par les dizaines de civils tués dans les bombardements syriens et russes dans la banlieue de Damas.

Les funérailles d'un journaliste palestinien.  L'atout du Hamas
Les funérailles d’un journaliste palestinien. Un des atouts du Hamas pour ce vendredi 6 avril. 

Le Hamas a cependant réussi à maintenir son élan : entre 20 000 et 25 000 personnes ont participé aux manifestations du week-end dernier. Le Hamas mène toujours la lutte palestinienne face à l’impuissance du président palestinien Mahmoud Abbas. Il a réussi à préserver le récit d’une lutte populaire, et son atout-maître, le week-end dernier, était le corps du journaliste palestinien tué en fonçant sur la clôture, alors que semble t-il, il dirigeait un drone espionnant les lignes de Tsahal.
Les affrontements à venir ce vendredi 13 prochain se tiendront juste avant la Journée des prisonniers palestiniens, qui sera marquée le 17 avril. Nous assisterons probablement à une reprise des violents événements que nous avons vus jusqu’à présent, peut-être même pire que les événements de vendredi dernier. Chaque camp apprend des points faibles de l’autre camp et tire de nouvelles astuces à mettre au point, ce qui garantit de plus en plus de pertes humaines.
L’armée israélienne peut déployer des forces le long de la barrière pendant de nombreux mois, mais l’État d’Israël ne peut pas se permettre de jouer longtemps à ce jeu. Le problème est qu’il n’y a pas de partenaire en ce moment pour intervenir et négocier. Les Américains se fichent comme d’une guigne de l’histoire de Gaza. Les Egyptiens font des offres de médiation, mais ils ne s’en soucient pas non plus. L’Autorité palestinienne ne verse pas de larmes et attend qu’une grande détresse ne s’installe à Gaza pour en tirer le maximum de profit humanitaire à l’ONU. Abbas a peut-être décidé de faire un geste et de suspendre les sanctions contre la bande, mais son camp reste silencieux. Il se réjouit même des difficultés dans lesquelles le Hamas se retrouve face à Israël, en souhaitant que cela l’affaiblisse d’autant.
Ce qui nous laisse, nous et le Hamas, avec une recette qui nous garantit que nous continuerons à foncer vers une impasse à pleine vitesse.


Alex Fishman 

http://www.jforum.fr/gaza-pas-de-fumee-sans-feu-le-hamas-paiera.html

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