jeudi 20 juillet 2017

Opération ‘Bon voisin’ : l’aide humanitaire massive d’Israël à la Syrie dévoilée........


Mercredi, l’armée israélienne a dévoilé l’ampleur de son aide humanitaire en Syrie, qui s’est largement développée au cours de l’année dernière pour inclure le traitement d’enfants malades chroniquement qui n’ont pas accès à des hôpitaux, la construction de cliniques en Syrie et l’approvisionnement de tonnes de nourriture, de médicaments et de vêtements dans des villages ravagés par la guerre de l’autre côté de la frontière.

Depuis que la Syrie a plongé dans une guerre civile brutale entraînant la mort de centaines de milliers de personnes et des millions de réfugiés, Israël a lutté pour traiter le désastre humanitaire qui a lieu de l’autre côté de la frontière, un dilemme rendu encore plus complexe par le fait qu’Israël et la Syrie sont encore officiellement en guerre.

Israël a répondu, au départ, en fournissant des traitements médicaux aux Syriens blessés par la guerre, traitant plus de 3 000 personnes dans des hôpitaux de terrain à la frontière et dans des hôpitaux publics, la plupart dans le nord d’Israël, depuis 2013.
Pourtant, mercredi, l’armée a révélé que depuis juin 2016, elle travaillait en toute discrétion sur l’Opération Bon voisin, une opération d’aide humanitaire massive et complexe visant à sauver de la famine des milliers de Syriens qui vivent le long de la frontière, et à fournir des traitements médicaux de base à ceux qui n’y ont pas accès en Syrie à cause de la guerre.
Depuis que l’opération a été lancée, plus de 600 enfants syriens, accompagnés par leurs mères, sont venus en Israël pour être soignés. Des centaines de tonnes de nourriture, d’équipements médicaux et de vêtements ont également été envoyés de l’autre côté de la frontière en Syrie, après avoir retiré les étiquettes en hébreu des entreprises israéliennes.
Des soldats israéliens près de la livraison de nourriture destinés aux Syriens touchés par la guerre civile, le 19 juillet 2017. (Crédit : Menahem Kahana/AFP)
Des soldats israéliens près de la livraison de nourriture destinée aux Syriens touchés par la guerre civile, le 19 juillet 2017. (Crédit : Menahem Kahana/AFP)
L’armée israélienne aide actuellement à la construction de deux cliniques en Syrie, qui seront dirigées par des locaux et des employés d’ONG. Cela inclut la coordination logistique, l’envoi de matériaux de construction et d’équipements médicaux, selon l’armée.
Ces cliniques doivent aider 80 000 Syriens vivant dans la zone de la ville syrienne de Quneitra, juste de l’autre côté de la frontière.
Une autre clinique est également construite en Israël. Construite comme un avant-poste de l’armée qui porte actuellement le nom, pas très original, d’Avant-Poste 116, elle sera gardée par l’armée et le personnel présent sera entièrement composé d’employés d’ONG. Elle fonctionnera uniquement en journée et aura pour objectif de traiter des Syriens souffrant de blessures moins graves.
Dans le cadre de l’opération, l’armée a également augmenté la quantité d’aide humanitaire qu’elle transfert en Syrie, et dans certains cas de manière importante.
Selon les chiffres de l’armée, la quantité de nourriture envoyée en Syrie a été multipliée par dix l’année dernière, passant de quelque dizaines de tonnes entre 2013 et 2016 à 360 tonnes de 2016 à 2017 uniquement.
La quantité de vêtements, de produits pour bébés, d’équipement médicaux, de carburant et de générateurs transférée aux Syriens a aussi fortement augmenté sur cette période.
Même si les officiers impliqués dans l’opération ont souligné qu’il n’y a pas de famine de masse à la frontière, ils ont déclaré qu’il existait des pénuries de nourriture, ce qui conduit à une augmentation des prix du pain et d’autres produits de première nécessité.
Des soldats israéliens aident un enfant syrien, dans le cadre de l'opération Bon voisin d'aide humanitaire aux Syriens touchés par la guerre civile. Photographie non datée, publiée le 19 juillet 2017. (Crédit : unité des porte-paroles de Tsahal)
Des soldats israéliens aident un enfant syrien, dans le cadre de l’opération Bon voisin d’aide humanitaire aux Syriens touchés par la guerre civile. Photographie non datée, publiée le 19 juillet 2017. (Crédit : unité des porte-paroles de Tsahal)
Israël envoie de centaines de tonnes de farine, d’huile, de sucre, de sel, de haricots en conserves et de produits de base. Il a également envoyé 12 000 unités de produits pour bébés et 1 800 paquets de couches.
Parmi les éléments qu’Israël a considéré comme approprié d’envoyer, on trouvait huit voitures et six mules, ont déclaré les militaires.
Selon les militaires, la plupart de cette aide humanitaire a été donnée par des ONG, mais une partie a aussi été directement fournie par le gouvernement israélien.
Un officier expérimenté de la Brigade du Nord, qui a souhaité rester anonyme, n’a pas voulu fournir de chiffre précis sur le coût de cette opération pour l’armée, mais a indiqué qu’il était « énorme ».
Une soldate israélienne joue avec une petite fille syrienne en Israël, dans le cadre de l'opération Bon voisin d'aide humanitaire aux Syriens touchés par la guerre civile. Photographie non datée, publiée le 19 juillet 2017. (Crédit : unité des porte-paroles de Tsahal)
Une soldate israélienne joue avec une petite fille syrienne en Israël, dans le cadre de l’opération Bon voisin d’aide humanitaire aux Syriens touchés par la guerre civile. Photographie non datée, publiée le 19 juillet 2017. (Crédit : unité des porte-paroles de Tsahal)
Des bus, un petit déjeuner et des soins hospitaliers
Quasiment toutes les semaines, des dizaines d’enfants et leurs mères arrivent à la barrière de la frontière. Ils sont emmenés en bus vers une zone d’attente où on leur offre un petit déjeuner et des rafraîchissements avant d’aller dans des hôpitaux israéliens pour être soignés.
Ils restent à l’hôpital sur une période allant de quelques jours jusqu’à six mois, comme cela a été le cas pour un enfant qui souffrait d’un problème particulièrement rare nécessitant des soins spécialisés, ont déclaré des responsables de l’armée.
Selon le colonel Barak Hiram, le chef de la Brigade Bashan de l’armée, qui est en poste à la frontière du Golan, en plus d’apporter de l’aide pour des raisons nutritionnelles évidentes, ce petit déjeuner d’accueil a aussi une fonction importante : montrer aux Syriens que les soldats israéliens ne sont pas des monstres.
Hiram, avec le lieutenant colonel qui dirige l’Opération Bon voisin, a déclaré que les Syriens viennent souvent en Israël avec l’idée qu’Israël, c’est « Satan ».
Une soldate israélienne avec un enfant syrien en Israël, dans le cadre de l'opération Bon voisin d'aide humanitaire aux Syriens touchés par la guerre civile. Photographie non datée, publiée le 19 juillet 2017. (Crédit : unité des porte-paroles de Tsahal)
Une soldate israélienne avec un enfant syrien en Israël, dans le cadre de l’opération Bon voisin d’aide humanitaire aux Syriens touchés par la guerre civile. Photographie non datée, publiée le 19 juillet 2017. (Crédit : unité des porte-paroles de Tsahal)
La lieutenant colonel, qui a demandé que son nom ne soit pas publié pour des raisons de sécurité, a déclaré que faire changer les mentalités est l’un des objectifs secondaires de cette opération, même s’il a souligné que les préoccupations humanitaires étaient le premier facteur de motivation.
L’officier espère qu’en fournissant cette aide humanitaire, cela aidera à semer les « graines de la paix » et pourra réduire le niveau de haine ressenti par les Syriens contre l’Etat juif.Le commandant de l’Opération Bon voisin a déclaré qu’il avait vu personnellement les fruits de cette opération depuis un an, avec des exemples de mères reconnaissantes le remerciant, serrant dans leurs bras les soldates et leur disant qu’elles n’oublieraient jamais l’attention qu’elles ont reçue.
Dans des entretiens réalisés avec des civils syriens qui ont été pris en charge par l’armée, ces civils ont déclaré leur immense gratitude pour l’aide venant d’un pays qu’ils considéraient être leur ennemi.
« Israël est le seul pays qui a fait quelque chose de ce genre pour les Syriens, a déclaré un homme syrien blessé qui avait été emmené en Israël pour y être soigné. Israël est l’ami du peuple syrien, c’est un pays humanitaire. »
« Chez nous on apprend qu’Israël est le pays qui nous déteste le plus, a déclaré une femme syrienne qui a été soignée. Nous sommes venus ici et nous avons vu de nos propres yeux ce qu’ils nous donnent. Israël est tout pour nous après ce que nous recevons. »
Des soldats israéliens près de la livraison de nourriture de l'opération Bon voisin d'aide humanitaire aux Syriens touchés par la guerre civile. Photographie non datée, publiée le 19 juillet 2017. (Crédit : unité des porte-paroles de Tsahal)
Des soldats israéliens près de la livraison de nourriture de l’opération Bon voisin d’aide humanitaire aux Syriens touchés par la guerre civile. Photographie non datée, publiée le 19 juillet 2017. (Crédit : unité des porte-paroles de Tsahal)
« Dans cette situation difficile, Israël a été à nos côtés, nous aidant en nous donnant tout ce dont nous avions besoin. Nous respectons beaucoup le peuple d’Israël », a déclaré une autre femme.
Les noms des civils syriens n’ont pas été donnés dans l’article pour protéger leurs identités.
Rien à cacher
Les officiers impliqués étaient hésitants à discuter, dans le détail, de la manière dont la coordination est menée avec les Syriens à travers la frontière, mais ils ont déclaré qu’elle était partiellement menée grâce à des ONG dans la zone. Bien sûr, une opération de cette envergure ne peut pas être menée uniquement depuis l’intérieur des frontières israéliennes.
Le commandant de l’Opération Bon voisin a dit qu’il maintient aussi un contact direct avec des civils de l’autre côté de la frontière syrienne.
Des soldats israéliens transportent un Syrien blessé dans le cadre de l'opération Bon voisin d'aide humanitaire aux Syriens touchés par la guerre civile. Photographie non datée, publiée le 19 juillet 2017. (Crédit : unité des porte-paroles de Tsahal)
Des soldats israéliens transportent un Syrien blessé dans le cadre de l’opération Bon voisin d’aide humanitaire aux Syriens touchés par la guerre civile. Photographie non datée, publiée le 19 juillet 2017. (Crédit : unité des porte-paroles de Tsahal)
L’officier expérimenté de la Brigade du Nord, qui a demandé à rester anonyme, a déclaré que les Israéliens sont « toujours suspectés d’avoir quelque chose à cacher » en ce qui concerne leurs motivations pour fournir de l’aide humanitaire. Il a déclaré que dans ce cas, le gouvernement et l’armée israéliens n’ont pas d’autres motivations.
« Nous n’avons rien à cacher. Nous avons de quoi être fiers. Et si cela permet d’améliorer notre stabilité dans la région, alors c’est tout bon », a-t-il déclaré.
Des officiers impliqués dans l’opération ont souligné que l’armée ne collecte pas des renseignements auprès des Syriens qui traversent la frontière, afin de montrer clairement qu’il s’agit d’une question purement humanitaire et de s’assurer que les futurs Syriens blessés ou malades ne se sentent pas mal à l’aise lorsqu’ils iront en Israël pour recevoir un traitement.
Le commandant de l’Opération Bon voisin a également exprimé le désir de développer ce projet.
Des soldats israéliens soignent un Syrien blessé dans le cadre de l'opération Bon voisin d'aide humanitaire aux Syriens touchés par la guerre civile. Photographie non datée, publiée le 19 juillet 2017. (Crédit : unité des porte-paroles de Tsahal)
Des soldats israéliens soignent un Syrien blessé dans le cadre de l’opération Bon voisin d’aide humanitaire aux Syriens touchés par la guerre civile. Photographie non datée, publiée le 19 juillet 2017. (Crédit : unité des porte-paroles de Tsahal)
Presque depuis le début de la guerre civile en Syrie, qui a commencé en 2011, il a été affirmé qu’Israël soutenait discrètement des groupes rebelles, particulièrement dans le sud de la Syrie. Israël a été accusé de soutenir des groupes rebelles affiliés aux groupes terroristes comme Al-Qaïda et l’Etat Islamique.
S’il y a eu des informations crédibles sur le fait qu’Israël fournirait de l’aide aux groupes rebelles modérés qui combattent à la fois l’Etat Islamique et les forces du président syrien Bachar el-Assad, Israël a officiellement gardé le silence sur la question.
En focalisant l’Opération Bon voisin sur les enfants, l’armée peut éviter d’être accusée de manière similaire en ce qui concerne ses efforts actuels d’aide humanitaire.
« Personne ne peut dire que nous aidons des terroristes », a tout simplement déclaré l’officier.
La décision de soigner les enfants répondait également à une question pragmatique, a-t-il ajouté, puisque les adultes ont tendance à souffrir de problèmes médicaux plus compliqués que les enfants.
Par exemple, un enfant peut souffrir d’asthme, mais disposer globalement d’une bonne santé, alors qu’un adulte souffrira d’asthme, d’apnée du sommeil et de diabète. En se focalisant sur des pathologies plus simples des enfants, a-t-il déclaré, cette aide humanitaire ne pèsera pas trop sur le système de santé israélien.
Si les officiers israéliens impliqués dans l’opération ont déclaré qu’aider les gens est leur préoccupation principale, ils ont reconnu qu’il est nécessaire de faire la différence entre des civils blessés et des combattants blessés.
Le colonel Hiram n’a pas donné de détails sur comment Israël parvient à identifier les gens qui se présentent à la frontière pour recevoir de l’aide médicale, mais a déclaré qu’ils prenaient soin de s’assurer qu’aucun membre de groupes terroristes ne soit soigné en Israël.
Hiram s’est cependant souvenu d’un exemple où un Syrien pro-Assad avait été emmené en Israël par un ami après avoir marché sur une mine afin de recevoir de l’aide médicale. « Les Syriens n’étaient pas contents que nous ayons ‘enlevé’ un citoyen syrien », a-t-il déclaré.
Après avoir été soigné, il est retourné en Syrie.
Et c’est pareil pour chaque Syrien qui vient en Israël pour se faire soigner. Selon le chef de l’Opération Bon voisin, aucun Syrien n’a jamais demandé à rester en Israël. Ils voulaient tous « rentrer à la maison », a-t-il dit.
Des véhicules de l'armée israélienne le long de la route parallèle à la barrière de sécurité séparant les régions israélienne et syrienne du plateau du Golan, le 19 juillet 2017. (Crédit : Menahem Kahana/AFP)
Des véhicules de l’armée israélienne le long de la route parallèle à la barrière de sécurité séparant les régions israélienne et syrienne du plateau du Golan, le 19 juillet 2017. (Crédit : Menahem Kahana/AFP)

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