mardi 4 juillet 2017

Les sales petits secrets de la sexualité du monde arabe révélés par un roman palestinien....


Le très islamo-gauchiste New York Times a eu l’audace de publier un article d’opinion que l’on ne trouve habituellement que sur la « fichue sphère ».

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Joumana Haddad* : « Nous sommes un peuple avec des sales petits secrets qui se cache sous un voile de fausse moralité. »

C’est la première pensée qui m’est venue lorsque j’ai entendu parler de l’interdiction du roman « Crimes à Ramallah », de l’auteur palestinien Abbad Yahya, et des menaces de mort qu’il a reçues.
Publié cette année, ce quatrième roman de M. Yahya relate la vie quotidienne de trois jeunes hommes (Raouf, Nour et Wissam) dans la ville de Ramallah en Judée Samarie.

Il expose la laideur, le désespoir, la corruption, l’absence de but dans la vie, les inévitables mauvais tournants et les vérités qui dérangent, dans la vie de Ramallah

Le procureur général de l’Autorité palestinienne l’a interdit en février dernier parce qu’il «contenait des textes et des termes indécents qui mettent en danger la moralité et la décence publique». Certains Palestiniens ont même menacé de brûler les librairies qui proposeraient le roman à la vente.
Quand j’ai entendu ces informations, je suis immédiatement allée acheter un exemplaire. Parce que je vis à Beyrouth, le «paradis de la liberté» du Moyen-Orient arabe, cela s’est avéré facile. Ce soir-là, j’ai commencé à lire «Crime in Ramallah» et je ne me suis pas arrêtée jusqu’à ce que je l’ai fini. C’est un livre rafraîchissant et authentique. Il n’hésite pas à exposer la laideur, le désespoir, la corruption, l’absence de but dans la vie, les inévitables mauvais tournants et les vérités qui dérangent, dans la vie de Ramallah depuis la deuxième Intifada.
Un auteur arabe qui écrit sur un personnage homosexuel (Nour), qui aime le sexe oral, pour ne citer qu’un exemple, n’est pas une chose que l’on rencontre couramment. Mais comme la réponse au livre l’a montré, il ne peut pas y avoir d’homosexuels dans un monde arabe qui efface sa réalité, et où la seule masculinité est définie par une hétérosexualité chauviniste.
Etre un Arabe signifie donc que vous devez maîtriser l’art du déni.
Cela signifie d’intentionnellement considérer le mortel syndrome qui consiste à suivre le troupeau, syndrome qui affecte la plupart des gens, comme une fausse idée de la vertu, et prétendre qu’il vous protégera contre la vérité flagrante, contre votre nature humaine, contre votre jugement critique, contre votre individualité, c’est-à-dire contre vous-même.
Quand j’ai créé en 2008 un magazine littéraire en arabe spécialisé dans les arts et la littérature sur le corps, j’ai rencontré les mêmes réactions violentes et les accusations lancées contre M. Yahya.
Vous voyez, même dans le soi-disant Liban progressiste, le sexe est encore un tabou. Cela équivaut à la honte, quelque chose à ne pas faire, sauf si vous le faites en secret ou avez un permis spécial appelé permis de mariage.
Quant au sexe gay, c’est la transgression ultime.
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N’oubliez pas que Abu Nawas, l’un des plus grands poètes arabes de tous les temps, a écrit au cours des huitième et neuvième siècles d’innombrables poèmes érotiques sur ses rencontres sexuelles homosexuelles. Cela peut paraître surprenant, mais Abu Nawas n’est qu’un auteur parmi tant d’autres qui ont contribué à la riche tradition des textes érotiques qui remontent à plusieurs siècles.
Beaucoup mentionnent le Kamasutra comme une référence absolue en matière de manuels sexuels, mais ce manuel est pauvre comparé aux œuvres arabes comme « Le Jardin parfumé des délices sensuels** » par le Sheikh Muhammad Nafzawi (vers 1410), « The Sexual Reinvigoration of a Old Man » Par Ahmad bin Suleyman (vers 1534) et le guide sur le plaisir sexuel pour les couples mariés souvent attribué à Imam Jalal Al Din Al Suyuti (vers 1480).
Probablement aucune langue n’est plus riche que l’arabe dans le vocabulaire sexuel, et probablement aucune langue ne lui est devenue plus opposé.
Et les choses ne font qu’empirer. Ce n’est pas la première fois que M. Yahya écrit sur le sexe. Comme il l’a dit sur NPR (National Public Radio) :
«Pour moi, en tant qu’écrivain, j’ai toujours pensé qu’il y avait beaucoup d’espace pour écrire, penser, en Palestine et à Ramallah, en particulier.»
La Judée Samarie (rive ouest) est en grande partie laïque et l’interdiction de livres est pratiquement inconnue. Alors, qu’est-ce qui a changé ? Comme l’a dit M. Yahya, cela reflète le conservatisme croissant de la société. C’est un conservatisme auquel les Arabes de partout – les Libanais inclus – sont maintenant confrontés. Ceux qui ont interdit le roman de M. Yahya connaissent-ils seulement les écrits provocateurs de leurs propres intellectuels ?
Ont-ils lu une des lettres d’amour enflammées de Ghassan Kanafani ou des poèmes érotiques de Mahmoud Darwish ? Je me demande…
Ceux qui parlent de la nécessité de protéger la décence publique se rendent-ils compte, comme l’ont souligné certains responsables palestiniens, de la détresse de cette notion ?
Le passage que le procureur général et de nombreux Palestiniens semblent avoir trouvé le plus grave est celui où Nour voit une affiche de Yasser Arafat portant une mitrailleuse et imagine le pistolet comme un pénis [Yasser Arafat était un prédateur homosexuel, particulièrement attiré par les jeunes garçons, et est mort du sida]. Dans une culture si passionnée par les métaphores, c’était une métaphore de trop.
Nos dirigeants politiques sont intouchables. Ils sont au-delà de la critique, au-delà de la corruption. Mais M. Yahya n’a pas craint de désacraliser un symbole vénéré comme M. Arafat, et nous avons vraiment besoin de désacralisation, dans le monde arabe.
M. Yahya, qui était au Qatar quand l’attaque sur son livre s’est produite, a trop peur de revenir à son Ramallah natal. Il m’a dit qu’il déambule entre le Moyen-Orient et l’Europe, incertain de sa destinée, séparé de sa femme, Yara, qui est encore à Ramallah. « Toute ma vie est en suspens », dit-il.
S’il rentre, il risque d’être arrêté, emprisonné ou même assassiné.
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« Ca pourrait être moi », ai-je pensé en entendant cela, et ça pourrait être l’un de nous qui défions les signaux d’alarme si la situation de la liberté d’expression dans les quelques villes arabes libérales continue de dégénérer.
Comment compenser cette descente aux enfers ? En tuant cette mauvaise voix interne qui nous exhorte à nous taire. Certains peuvent l’appeler le suicide. Je considère que c’est notre seul plan de survie.
*Joumana Haddad est écrivain libanais, journaliste et conférencière. Elle est l’auteur de plusieurs ouvrages, y compris « I Killed Scheherazade » et « Superman is a Arab ».
Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Christian Larnet pour Dreuz.info.
Sources :

http://www.npr.org/sections/parallels/2017/04/01/521094950/facing-death-threats-and-a-ban-on-his-novel-a-palestinian-author-flees

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