mercredi 19 juillet 2017

Cela fait 50 ans qu’Israël a opéré un compromis fondamental au mont du Temple....


Moins de trois jours. C’est le temps dont Israël dispose, au maximum, pour résoudre l’impasse des tensions qui sévissent sur le mont du Temple.

Si la question n’est pas résolue d’ici vendredi, lorsque des milliers de fidèles musulmans convergeront vers la Vieille Ville pour les prières du jour, nous devrons nous préparer à des violences bien pires que celles des affrontements, d’un niveau relativement faible, qui ont éclaté sur le site ces derniers jours.

C’est scandaleux, bien sûr. Mais établir cela ne résoudra rien.
Il est scandaleux que, dans certaines parties du monde arabe, Israël se trouve ainsi fustigé pour avoir installé des détecteurs de métaux qui serviront à renforcer la sécurité sur le lieu le plus saint du monde pour les Juifs, et le troisième site le plus sacré pour les musulmans.
Ne veulent-ils donc pas la sécurité là-bas ?
Il est scandaleux qu’un grand nombre de ceux qui critiquent Israël, soupçonné de vouloir « changer ostensiblement le statu-quo » au sein du complexe du mont du Temple/de la mosquée Al-Aqsa, le fassent sans mentionner avec la même vigueur l’attentat meurtrier qui a précipité le déploiement des détecteurs de métaux : vendredi, trois musulmans – des musulmans arabes israéliens – ont émergé du complexe, ont ouvert le feu et ont tué deux agents de la police des frontières qui assuraient leur service juste devant l’entrée.
Il s’est avéré que les victimes étaient des Druzes – une communauté monothéiste arabophone qui incorpore dans sa foi un grand nombre d’enseignements islamiques. Pour le dire crûment ici, des Arabes ont tué des Arabes dans un lieu saint. Les Juifs tentent de garantir que cela ne se reproduise pas et le monde arabe est furieux contre les Juifs… pour cette raison’
(Comme le montre la séquence ci-dessous, l’une des victimes tourne le dos au complexe au moment de l’arrivée des hommes armés : Il était là pour assurer la protection de ses meurtriers face à une éventuelle attaque extérieure).
Il est scandaleux que la Jordanie, qui occupait la Vieille Ville avant qu’Israël ne s’en saisisse en 1967, pays auquel Israël a permis de continuer à administrer le mont du Temple via le Waqf religieux depuis lors, puisse se trouver en tête des dénonciations publiques à l’encontre d’Israël.
La Jordanie devrait assurément être la première à réclamer une meilleure protection du site sacré.
La Jordanie devrait assurément présenter ses excuses pour avoir refusé dans le passé de permettre l’installation de caméras de sécurité à divers emplacements sur le mont, dans le cadre des précautions qui avaient été vivement recommandées par Israël et qui auraient pu empêcher l’attentat de vendredi.
Manifestation contre la fermeture du mont du Temple après la mort de deux policiers israéliens sous les balles de trois terroristes arabes dans la Vieille Ville, à Amman le 15 juillet 2017. (Crédit : Khalil Mazraawi/AFP)
Manifestation contre la fermeture du mont du Temple après la mort de deux policiers israéliens sous les balles de trois terroristes arabes dans la Vieille Ville, à Amman le 15 juillet 2017. (Crédit : Khalil Mazraawi/AFP)
Il est scandaleux que le déploiement de détecteurs de métaux aux abords du complexe soit présenté – à mauvais escient – comme un changement au statu-quo qui a suivi l’année 1967 alors qu’Israël, depuis, a toujours assumé la responsabilité globale de la sécurité sur le site et alors que les événements survenus vendredi démontrent – de manière flagrante – l’impératif d’une sécurité améliorée.
‘Les gardiens religieux du troisième site musulman le plus saint de l’histoire abhorrent bien évidemment ce qu’ils appréhendent comme une soumission à ces points de contrôle supervisés par les Juifs bien plus qu’ils ne chérissent le droit de prier là-bas’
Il est scandaleux que les détecteurs de métaux soient considérés comme inacceptables alors que les sites religieux du monde entier sont sécurisés exactement de la même façon, et pour précisément – et malheureusement – des raisons qui s’avèrent être cruellement nécessaires.
La sécurité est élevée autour des sites fondamentaux de l’islam, de manière plus remarquable à la Mecque et à Médine. La sécurité est élevée, avec notamment des détecteurs de métaux, autour de la place du mur Occidental, située en dessous du mont du Temple, et dont le franchissement est imposé par Israël à tous les Juifs et à tous les non-Juifs qui y pénètrent.
Cela fait longtemps que des détecteurs de métaux ont été placés à l’entrée de la porte Mughrabi, qui ouvre sur le mont du Temple – et qui est le seul point d’accès pour les visiteurs non-Juifs.
Et il est encore plus scandaleux que, depuis la réouverture par Israël du site dans la journée de dimanche, après quarante-huit heures de ratissage sécuritaire dus à l’attaque meurtrière de vendredi, les responsables du Waqf aient pris la tête de ce qui ressemble au boycott de leur propre lieu saint – insistant pour que les fidèles musulmans ne pénètrent pas au sein de la mosquée Al-Aqsa aussi longtemps que les détecteurs de métaux resteront en place.
Les gardiens religieux du troisième site le plus saint de l’histoire abhorrent évidemment ce qu’ils appréhendent comme étant une soumission à ces points de contrôle supervisés par les Juifs bien plus qu’ils ne chérissent le droit de prier là-bas.
Alors je vous soumets une simple idée. Un dialogue ?
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu (à droite) en Jordanie avec le roi Abdallah II (Crédit : Kobi Gideon/GPO/FLASH90)
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu (à droite) en Jordanie avec le roi Abdallah II (Crédit : Kobi Gideon/GPO/FLASH90)
Et si les responsables israéliens discutaient avec les responsables jordaniens pour tenter de trouver une manière d’aller de l’avant qui soit viable, en profitant de la conversation téléphonique entre le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le roi Abdallah peu après l’attentat de vendredi ? Peut-être bien que de tels contacts battent d’ores et déjà leur plein. Et tandis qu’il est difficile de dire quelle formule pourrait être mise au point – Israël n’est pas disposé à supprimer les détecteurs de métaux, pas plus que le Waqf n’est disposé à reculer face à son refus de laisser les fidèles musulmans les franchir – il est plus qu’évident qu’aucune formule ne pourra émerger, à moins que tout le monde ne réfléchisse ensemble.
Netanyahu s’enorgueillit d’entretenir de chaleureuses relations avec le roi Abdallah qui assume la responsabilité totale du Waqf et qui, vendredi, a condamné l’attaque (même s’il a demandé la rouverure avant la condamnation). C’est un début utile lorsqu’on cherche, dans l’urgence, à restaurer le calme, et à le maintenir.
Pourquoi diable, peut-on s’interroger, Israël devrait négocier avec n’importe qui lorsqu’il s’agit des arrangements sécuritaires vitaux sur un site dont l’actuel statut, de plus, a été atteint grâce à des concessions d’une ampleur sidérante pour l’Etat juif, qui ont permis de trouver un compromis ?
Israël, après tout, revendique sa souveraineté sur la Vieille Ville et empêche pourtant les Juifs de prier sur le mont, consentant à ce qu’une administration musulmane assure la gestion des lieux.
Et c’est là que se trouve la réponse. Israël a choisi de ne pas pleinement assurer son contrôle sur le mont du Temple en 1967 parce que l’état avait voulu éviter une guerre sainte avec le monde musulman en raison du caractère unique de ce site – le plus contesté et le plus incendiaire du pays. L’Etat juif a utilisé un prétexte très commode pour y disssuader la prière juive : le consensus rabbinique qui interdit aux Juifs de poser le pied sur le mont par crainte de souiller par inadvertance le saint des saints des temples bibliques.
Il a opté pour le compromis.
Aucune concession convenue par Israël lors de négociations visant à sortir de l’impasse actuelle ne peut s’approcher de près ou de loin du compromis le plus spectaculaire consenti il y a un demi-siècle, qui a vu la nation juive ressuscitée, ayant vaincu ses ennemis durant une guerre qui lui avait été imposée et ayant libéré le lieu le plus saint de son patrimoine religieux, renoncer à ses droits religieux là-bas, et les accordant aux représentants de ses ennemis défaits.
Le général Uzi Narkiss (à gauche), le ministre de la Défense Moshe Dayan et le chef d'Etat-major Yitzhak Rabin dans la Vieille Ville de Jérusalem pendant la guerre des SIx Jours, en juin 1967. (Crédit : Ilan Bruner/Wikipedia)
Le général Uzi Narkiss (à gauche), le ministre de la Défense Moshe Dayan et le chef d’Etat-major Yitzhak Rabin dans la Vieille Ville de Jérusalem pendant la guerre des SIx Jours, en juin 1967. (Crédit : Ilan Bruner/Wikipedia)
Et aucun compromis qui sera consenti par Israël aujourd’hui ne pourra se comparer dans ses retombées à l’impact de cet accord passé il y a 50 ans, qui a permis de donner de la vigueur à un narratif palestinien et musulman. Plus largement, en affirmant que les Juifs n’ont, en fait, aucune connexion avec le mont du Temple, aucune histoire ici, aucune légitimité là – et, a fortiori, aucune légitimité souveraine non plus en Israël.
Pourquoi la concession faite par le ministre Moshe Dayan le 10 juin 1967 a-t-elle attisé ce narratif mensonger ? Parce que – c’est ainsi qu’elle a été appréhendée dans une grande partie du monde musulman – les Juifs n’auraient pas pu – et n’auraient pu – renoncer à leur autorité sur le site s’il constituait véritablement le point focal physique le plus sacré de leur foi.
La retenue d’Israël, – sa realpolitik religieuse, en d’autres termes, – a été considérée comme une preuve de notre illégitimité. Et de notre duplicité. Nous n’avons pas été les libérateurs sur leur terre, nous avons été les intrus, à qui il fallait résister jusqu’à ce que nous retournions d’où nous venions.
Pourquoi évoquer encore une fois aujourd’hui cette histoire remontant à des dizaines d’années ? Pourquoi se focaliser sur la tolérance israélienne remontant à un demi-siècle et sur des décennies de délégitimation de la part des musulmans, alors que nous essayons de venir à bout des dangers immédiats qui planent sur le mont du Temple ?
Parce que c’est pourtant bien de cela qu’il s’agit.
Israël a fait un choix il y a 50 ans. L’Etat juif a choisi de ne pas insister sur la liberté religieuse des Juifs au mont du Temple. En fait, le pays a choisi de ne pas insister sur la liberté religieuse sur le mont du Temple, point.
Israël s’est reporté sur les sensibilités musulmanes en raison de ses intérêts plus larges, qui visaient (toujours le cas) à oeuvrer à la normalisation de sa présence souveraine dans un Moyen-Orient hostile – toujours hostile.
Cela a-t-il été une erreur historique ? Eh bien, peut-être que oui, ou peut-être qu’il s’agissait d’un impératif vital, susceptible de sauver la nation. Il s’agit, sans aucun doute, d’une question qui mérite d’être examinée.
Mais le fait est que, aujourd’hui, en ce moment, malgré les fausses et nombreuses affirmations du contraire proférées sans relâche dans le monde musulman, il n’y a aucune indication qui montrerait l’intention du gouvernement de Netanyahu de revenir sur cette décision fondamentale, aucun signe qu’il aurait l’intention d’affirmer une pleine souveraineté sur le mont du Temple.
Auquel cas, l’Etat juif a moins de trois jours, au maximum, pour trouver un arrangement avec lequel les deux parties pourront vivre – ajoutant un réglage supplémentaire à ce qui a été la plus cruciale des concessions consenties il y a 50 ans.

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