mercredi 19 juillet 2017

30 % des habitants juifs de Cisjordanie sont désormais ultra-orthodoxes.....


BEITAR ILLIT, Cisjordanie – Le calme du milieu d’après-midi a été rompu quand une foule d’enfants a emprunté les rues en sortant de l’école.

Même si quelques cartables Hello Kitty et Spiderman parsemaient la foule, la non mixité entre les chemises blanches et les collants bleu marine ne permettaient pas de penser que les jeunes élèves étaient autre chose qu’ultra-orthodoxes.

Le plus frappant restait cependant le nombre de cette nouvelle et forte génération qui envahissait les rues. Même si une évaluation raisonnable permettait de penser que l’on se trouvait à Bnei Brak ou à Jérusalem, nous étions en fait dans l’une des plus grandes implantations de Cisjordanie, Beitar Illit, où environ 66 % des 55 000 habitants ont moins de 18 ans.
Accueillant à présent 30 % des 400 000 Israéliens qui vivent en Cisjordanie, selon le Bureau central des statistiques, les huit implantations ultra-orthodoxes ont progressivement transformé l’archétype de l’Israélien de Cisjordanie.
Même si les dirigeants de ces habitants ne sont pas aussi bruyants que ceux du camp sioniste religieux, qui a longtemps été synonyme de mouvement des implantations, ils sont parmi les plus importants du mouvement. Et le sont de plus en plus.
Le concept d’implantation ultra-orthodoxe, à l’est de la Ligne verte, ne s’est pas développé sans l’objection profonde du secteur ultra-orthodoxe. L’un des dirigeants décédés de la communauté, le rabbin Eliezer Shach, s’opposait vivement à l’idée d’emménager dans la Judée et la Samarie biblique quand des localités ont commencé à s’y développer dans les années 1980, affirmant que cela « provoquait les goys ».
Meir Rubinstein, au centre, maire de Beitar Illit, avec Malachi Levinger, à droite, président du Conseil régional de Kiryat Arba et le lieutenant colonel Sharon Asman, commandant de la Brigade Etzion de Tsahal,le 6 juillet 2017. (Crédit : Gershon Elinson/Flash90)
Meir Rubinstein, au centre, maire de Beitar Illit, avec Malachi Levinger, à droite, président du Conseil régional de Kiryat Arba et le lieutenant colonel Sharon Asman, commandant de la Brigade Etzion de Tsahal,le 6 juillet 2017. (Crédit : Gershon Elinson/Flash90)
Il citait également l’impératif religieux de pikuah nefesh, de préservation de la vie humaine, qui, selon lui, dépassait le commandement de labourer la terre. Vivre dans des implantations isolées, loin de la Ligne verte, mettait inutilement en danger les habitants, affirmait-il.
L’opinion de Sach sur le sujet a cependant évolué. Quand il lui a été demandé en 1995 de bénir l’implantation de Modiin Illit, Shach a accepté, citant une promesse qui lui avait été faite par Yitzhak Rabin, alors Premier ministre, affirmant que la commune resterait sous contrôle israélien dans tout accord futur avec les Palestiniens.
Laissez l’idéologie en dehors de ça
Les familles ultra-orthodoxes ne se sont pas initialement installées en Cisjordanie pour des raisons idéologiques, tout comme celles qui emménagent aujourd’hui. Les ultra-orthodoxes ne se sont pas trouvés dans les premiers rangs des manifestations des résidents des implantations contre l’évacuation des avant-postes, ou des manifestations demandant plus de constructions dans les implantations. Il y a eu très peu d’ultra-orthodoxes en noir dans les manifestations oranges des résidents des implantations. [La couleur orange a été associée au mouvement des implantations, notamment lors du retrait israélien de la bande de Gaza en 2005.]
« Nous sommes venus ici pour des questions de logements. C’est ici que le gouvernement nous a envoyés », a expliqué le maire de Beitar Illit, Meir Rubenstein, faisant référence aux logements subventionnés par les gouvernements successifs depuis les années 1980.
Lee Cahaner, experte sur la population ultra-orthodoxe de l’Etat qui travaille à l’Institut de la démocratie d’Israël, a expliqué que le besoin urgent des ultra-orthodoxes en logement avait « coïncidé avec l’intérêt de l’Etat pour l’extension des implantations juives à l’est de la Ligne verte. »
La demande de logement toujours croissante dans les communes ultra-orthodoxes a mené au paradoxe d’aujourd’hui : les deux plus grandes implantations sont peuplées d’habitants qui n’ont généralement qu’une ferveur nationaliste minimale.
Des milliers de Juifs ultra-orthodoxes présents aux funérailles du rabbin Aryeh Finkel, directeur de la branche branche de la Mir Yeshiva à Modiin Illit, le 10 août 2016. (Crédit : Shlomi Cohen/Flash90)
Des milliers de Juifs ultra-orthodoxes présents aux funérailles du rabbin Aryeh Finkel, directeur de la branche branche de la Mir Yeshiva à Modiin Illit, le 10 août 2016. (Crédit : Shlomi Cohen/Flash90)
Principalement établie comme alternative aux jeunes familles ultra-orthodoxes qui ne pouvaient pas trouver de logement abordable à Jérusalem, Beitar Illit n’est dépassée en population que par Modiin Illit (également appelée Kiryat Sefer), qui a été fondée pour les mêmes raisons pour les habitants de Bnei Brak, et accueille maintenant 65 000 des 125 000 habitants ultra-orthodoxes de Cisjordanie.
Ces deux villes sont situées près de la Ligne verte, et au sein des grands blocs d’implantation que les Israéliens espèrent n’avoir jamais à céder, comme Rabin l’avait promis à Shach. « Nous n’avons pas l’impression d’être des colons, a dit Rubenstein. Nous ne sommes pas différents des habitants de Bnei Brak. »
Même si aucune autre implantation ultra-orthodoxe n’a atteint, même de loin, la taille de ces deux villes, deux autres grandes communes ont été fondées. Emmanuel, dans le nord de la Cisjordanie, a été fondée en 1983 et compte maintenant 3 500 habitants, et en 1990, Kochav Yaakov, au sud de Ramallah, a inauguré le quartier ultra-orthodoxe de Tel Zion, où vivent 5 500 personnes.
En plus de ces quatre localités, quatre implantations plus petites ont été développées au début des années 1980 : Maale Amos et Metzad dans le sud de la Cisjordanie, Matityahu, près de Modiin Illit, et Nahliel, au nord de Ramallah. Les populations de ces communes vont de 400 à 700 personnes.
Même si Cahaner explique que la distinction s’était effacée au cours des ans, elle fait la nuance entre les grandes communes, où les habitants ont été établis « par nécessité », et les plus petites, qui sont plus éloignées des blocs, et un peu plus idéologiques.
« Ce dernier groupe est composé de membres qui n’appartiendraient pas au courant ultra-orthodoxe majoritaire », a dit Cahaner, faisant référence aux immigrants francophones et anglophones et aux Juifs ultra-orthodoxes de Breslov et du Habad.
Leur attitude plus nationaliste est favorable à l’attraction idéologique des implantations de Cisjordanie, dit-elle, mais les petites populations de ces communes indiquent qu’elles ont moins réussi, et qu’elles sont marginales.
Cérémonie d'hommage au grand rabbin décédé Ovadia Yosef à Beitar Illit, le 27 octobre 2016. (Crédit : Yaakov Cohen/Flash90)
Cérémonie d’hommage au grand rabbin décédé Ovadia Yosef à Beitar Illit, le 27 octobre 2016. (Crédit : Yaakov Cohen/Flash90)
Yoel Silber, vice-président du Conseil régional du Gush Etzion et habitant de Maale Amos, a réfuté la classification de Cahaner, disant qu’aucun des ultra-orthodoxes de Cisjordanie n’avait franchi la Ligne verte pour des raisons idéologiques. « Nous sommes évidemment favorables aux arguments idéologiques et nous pensons que nous avons tous les droits de vivre ici, mais ce n’est pas la raison pour laquelle nous le faisons », a-t-il dit.
Silber ne pense pas non plus que la petite taille de Maale Amos, 60 familles, montre que la commune a moins réussi que d’autres implantations ultra-orthodoxes. Il a cité un nombre de projets immobiliers importants, et souligné que Maale Amos était en croissance.
« De plus en plus de familles ultra-orthodoxes considèrent cet endroit comme une option, et quand nous serons aussi gros que Beitar Illit, tout le monde connaitra la commune », a-t-il prédit.
Changé et être changé par le mouvement des implantations
Au-delà de l’impact que la croissance du nombre d’ultra-orthodoxes vivant à l’est de la Ligne verte a eu sur le mouvement des implantations, le phénomène a également marqué la communauté elle-même.
« Ce qui était autrefois éloigné sur les plans politique et géographique est à présent bien plus proche », a expliqué Cahaner au sujet des implantations et de leur idéologie caractéristique de droite. « Des endroits comme Maale Amos et Tel Zion ne semblent plus si éloignés vu depuis Beitar Illit et Modiin Illit », a-t-elle ajouté.
Les huit communes ont déplacé la communauté ultra-orthodoxe générale vers la droite du spectre politique, a affirmé Cahaner.
Plus le nombre d’ultra-orthodoxes vivant en Cisjordanie sera important, moins il est probable que les deux grands partis qui les représentent à la Knesset, Shas et Yahadout HaTorah, ne soient intéressés par la possibilité de rejoindre une coalition comptant céder le territoire aux Palestiniens, a expliqué Avraham Kroyzner, stratège politique ultra-orthodoxe.
Une yeshiva de l'implantation de Modiin Illit, en octobre 2009. (Crédit : Nati Shohat/Flash90)
Une yeshiva de l’implantation de Modiin Illit, en octobre 2009. (Crédit : Nati Shohat/Flash90)
Ceci ne veut pas dire qu’un tel scénario est désormais impossible, a-t-il ajouté. « Par exemple, je serai prêt à quitter Matityahu si j’obtenais un dédommagement adéquat, et je pense que la plupart des ultra-orthodoxes vivant en Cisjordanie en feraient de même », a-t-il dit.
« Le secteur ultra-orthodoxe s’est déplacé vers la droite, comme tout le reste d’Israël, mais cela ne signifie pas que nous prenons le commandement [de la Torah] de cultiver la Terre plus sérieusement que d’autres », a-t-il affirmé. L’essence du conflit entre ultra-orthodoxes et nationalistes religieux est la décision de ce dernier de placer les implantations au-dessus de tous les autres commandements, a dit Kroyzner.
Le stratège politique a souligné certains des problèmes plus importants posés aux habitants ultra-orthodoxes de Cisjordanie par le mouvement des implantations qui les représentent. « Le Conseil régional du Binyamin ne nous voit pas comme aussi idéologique que certains dans les caravanes isolés [de l’avant-poste démantelé] d’Amona, ce qui nous a empêchés de recevoir l’attention que nous méritons », a-t-il déploré, citant les problèmes d’infrastructure de Matityahu qui n’ont pas été réglés.
Mais les habitants ultra-orthodoxes de Cisjordanie ont toujours le sentiment d’être représentés par le Conseil de Yesha, malgré leurs différences d’opinion, a précisé Kroyzner.
Shilo Adler, directeur général du conseil, parle positivement des ultra-orthodoxes. « Ils montrent que la population générale en Israël accepte de plus en plus le mouvement des implantations. Ils font absolument partie de nous. »
Travaux dans le nouveau quartier de l'implantation de Maale Amos, en Cisjordanie, le 18 juin 2017. (Crédit : Jacob Magid/Times of Israël)
Travaux dans le nouveau quartier de l’implantation de Maale Amos, en Cisjordanie, le 18 juin 2017. (Crédit : Jacob Magid/Times of Israël)
« Ce qui a pu commencer comme une méthode pour résoudre la crise du logement des communes ultra-orthodoxes est aussi devenu pour eux une opportunité pour se connecter à leur patrimoine en vivant sur la terre où a eu lieu 80 % de la Bible », a dit Adler.
Alors que les ultraorthodoxes constituent la population qui croit le plus vite dans les implantations (2 000 bébés naissent tous les ans à Beitar Illit), l’on pourrait s’attendre à ce que la communauté exerce une pression politique plus importante pour les constructions à l’est de la Ligne verte. « Nous aimerions voir qu’ils sont plus actifs et plus présents dans notre mouvement, mais nous comprenons que ce soit difficile de le faire publiquement », a dit Adler.
« Nous ne participons pas aux manifestations, mais nous faisons pression sur nos représentants dans des réunions à huis clos pour augmenter la construction », a souligné Rubenstein.
Quand il lui a été demandé si vivre sous la protection directe des soldats israéliens en Cisjordanie avait généré une hausse de l’enrôlement chez les ultra-orthodoxes, Silber a catégoriquement rejeté cette hypothèse. Il a cependant souligné que sa synagogue, à Maale Amos, récitait une prière pour les soldats israéliens à chaque office de Shabbat.
Pour l’instant, c’est le mieux que puisse faire près d’un tiers des habitants juifs de Cisjordanie pour se rapprocher de l’archétype du soldat religieux vivant dans cette région.

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