vendredi 3 février 2017

Avons-nous réellement compris les causes de la Shoah?


Vendredi dernier, le 27 janvier, est la date retenue annuellement pour le Jour du Souvenir de la Shoah. On suppose souvent que l’infrastructure antisémite de longue durée qui a servi de trame au nazisme et à leurs alliés est évidente et permet de comprendre comment elle débouche sur la Shoah : de nombreux siècles de diabolisation des Juifs ont forgé cette atmosphère particulière par laquelle l’Europe a rendu possible la tache des Nazis d’aller jusqu’à commettre un génocide contre les Juifs.
Au cours des siècles, le Christianisme a systématiquement diabolisé les Juifs. Cette diabolisation a pris naissance dans la théologie catholique romaine. Après la Réforme, une partie du monde protestant, Martin Luther et ses disciples, en particulier, ont aussi fait la promotion d’une haine antisémite extrême. Le regretté Robert Wistrich, l’historien dominant de notre génération sur la question de l’antisémitisme, a décrit l’histoire la diabolisation des Juifs à partir du moment où le Christianisme a perdu le monopole intellectuel au sein de la société européenne.
Un rôle central a d’abord été joué par Voltaire et d’autres philosophes français dits « des Lumières ». Il sont été suivis de peu par les Idéalistes allemands et d’autres philosophes, autant par les socialistes français du 19ème Siècle que par Karl Marx. Beaucoup d’autres se sont joints à la fête de la promotion de la haine à la fin du dix-neuvième et au début du vingtième siècles[1]. Même après la Shoah, le principal philosophe de l’Europe demeurait l’antisémite allemand et ancien membre du Parti Nazi, Martin Heidegger [2].
Les explications pourraient n’être pas aussi simples qu’on le pense. En 2015, l’archevêque anglican Justin Welby remarquait à quel point l’antisémitisme est un sujet difficile et complexe, ajoutant qu’il est encore profondément enraciné « dans notre histoire et notre culture de l’Europe de l’Ouest[3]« . Le sociologue anglo-polonais Zygmunt Bauman, récemment décédé, affirmait qu’il existe une infrastructure supplémentaire bien plus opaque menant à la Shoah et qu’on a omis de mentionner auparavant.
Dans son livre  Modernity and the Holocaust [La Modernité face à Shoah], il fait le lien entre ce génocide et des facteurs structurels de la société moderne. Il déclare que la Shoah a été le produit d’hommes éduqués au sein de la culture la plus raffinée de toutes les sociétés occidentales.C’était ainsi un produit de la civilisation d’Occident. De ce fait, dans la vision de Bauman, les risques qu’un événement identique se (re-)produise sont toujours place[4].
En aparté, la perspicacité de Bauman ne l’empêche pas de commettre ses propres observations déformées à propos de la Shoah. Dans une interview avec le quotidien polonais   Politika, il a comparé la barrière israélienne de séparation avec les murs encerclant le ghetto de Varsovie[5].
La question consistant à savoir si une duexième Shoah est possible a fait l’objet d’un colloque en 2002. L’éditote américain, Ron Rosenbaum y a affirmé qu’il est probable que tôt ou tard, une arme nucléaire (sale) puisse être déclenchée par des fondamentalistes aras à Tel Aviv[6]. Ce qui a provoqué la réaction de Léon Wieseltier disant que les Juifs avaient trouvé à la fois la sécurité et la force après la guerre et qu’Hitler était mort[7]. Rosenbaum a contre-argumenté en affirmant que Wieseltier fuyait la question par le dénialors qu’il existe de nombreux exemples inspirés d’Hitler qui diabolisent les Juifs dans le monde arabe[8]. En outre, au cours des dernières décennies, nous avons assisté à des génocides ailleurs dans le monde, les plus connus se déroulant au Cambodge et au Rwanda.
Tout ceci soulève la question de savoir ce que signifie l’histoire de la Shoah de nos jours. Ce qui figure ci-dessus nous conduit bien plus à la perplexité qu’à des conclusions rassurantes. Dans la société contemporaine, il existe tant de diabolisateurs des Juifs et tout particulièrement d’Israël[9].
C’est un processus complexe à plusieurs niveaux. Au premier plan, on trouve les forces du monde musulman. Les premiers d’entre tous sont les dirigeants iraniens qui ont souvent revendiqué leur souhait de rayer Israël de la carte[10]. Parmi les autres, on trouve les organisations terroristes musulmanes, telles que le Hamas et le Hezbollah, ainsi que beaucoup d’autres individualités. Leurs alliés de fait comprennent une vaste gamme de diabolisateurs d’Israël qui préfèrent délibérément ignorer les tendances génocidaires et diabolisatrices à l’oeuvre dans le monde arabe. Les meilleurs exemples font partie de l’ONU et de ses organismes associés, des ONG, une grande diversité de partis socialistes européens, de nombreux universitaires pseudo- progressistes, de nombreux syndicats et ainsi de suite.
Tout ce qui précède ne peut mener qu’à une conclusion : il incombe à Israël et au monde juif de produire un énorme effort pour cartographier précisément comment tout ceci forme un seul et même bloc. Il n’y a que quand on comprend l’organisation des divisions ennemies sur le champ de bataille qu’on peut les combattre efficacement.

Par Manfred Gerstenfeld

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 Le Dr. Manfred Gerstenfeld a présidé pendant 12 ans le Conseil d’Administration du Centre des Affaires Publiques de Jérusalem (2000-2012). Il a publié plus de 20 ouvrages. Plusieurs d’entre eux traitent d’anti-israélisme et d’antisémitisme.
Adaptation : Marc Brzustowski. pour http://jforum.fr/avons-nous-reellement-compris-les-causes-de-la-shoah.html#0avzMmEaVVUBiIbE.99

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