mardi 25 octobre 2016

Un aumônier juif du corps des Marines de haut-rang nous dit tout – sauf adieu.......


°Peu avant le début des grandes fêtes juives, le rabbin Irving Elson a conclu une carrière historique longue de 35 ans au service de son pays. Elson a pris sa retraite le 29 septembre en tant qu’aumônier-adjoint du Corps des Marines des Etats-Unis – la deuxième plus haute position dans l’aumônerie de cette unité. Il a été le premier juif à détenir ce statut.

“La partie la plus importante de cette cérémonie a été l’hommage rendu et la reconnaissance de mon épouse et de mes enfants qui ont traversé toutes ces années à mes côtés”, a déclaré Elson dans la matinée qui a suivi sa retraite.

Le voyage d’Elson a été marqué par des étapes qui ont été parcourues en faveur des Juifs chez les militaires américains, en particulier durant la guerre en Irak. Lorsque la guerre a commencé en 2003, il a été le seul aumônier juif à servir aux côtés des unités militaires. Il a organisé le premier office de Shabbat au cours de la guerre, ainsi que le premier seder de Pâques.
Le rabbin Harold Robinson, directeur du Jewish Welfare Board, qui certifie les rabbins en tant qu’aumôniers militaires, qualifie d’extraordinaire la carrière d’Elson – « de nombreuses manières, elle a été littéralement héroïque – selon tous les sens du mot ».
Alors que les Juifs dans le monde entier a célébré l’arrivée de l’année 5777, Elson peut se remémorer une saison de ces grandes fêtes où la vie et la mort se sont entrecroisées – lors de la célébration des offices de Rosh Hashana et de Yom Kippour en Irak, ponctuées de tirs de mortier. Et plus tôt, durant la Bataille d’An Nasiriya en 2003, c’est la vie même d’Elson qui a été sauvée par son garde du corps, Robert Page. Ce dernier a été distingué par une Etoile de Bronze en hommage à son acte de bravoure.
‘La carrière d’Elson a été littéralement héroïque, dans tous les sens du mot’
Dans les années qui ont suivi son retour d’Irak, le rôle d’Elson a notamment fait office de conseiller auprès du Jewish Welfare Board, préparant la route pour la prochaine génération d’aumôniers juifs. A travers tout son service aux côtés de l’armée, que ce soit en Irak ou au Pentagone, il s’est concentré sur la nécessité d’offrir un soutien spirituel aux Juifs des divers corps militaires. Et très vite, en tant que civil, il sera nommé au poste de directeur du Jewish Welfare Board en remplacement de Robinson.
“Avec des marins et des Marines qui sont Juifs, j’interagirai en tant que rabbin”, a expliqué Elson dans un entretien téléphonique depuis le Pentagone, deux semaines avant sa retraite.
« Que [faites–vous pour] Shabbat, comment peut-on vous aider, que faites-vous pensant les fêtes ? Je fais un office nocturne ici’. Nous tentons de donner au personnel juif une vie riche, pleine de sens dans le cadre des paramètres définis dans ce service. »
Elson a pris sa retraite avec un rang de capitaine, après avoir servi pendant deux ans comme adjoint à l’aumônier en chef des Marines, le contre-amiral Brent W. Scott.
Elson a commencé sa carrière à l’armée dans la Navy, mais a passé la seconde moitié de son parcours militaire en tant qu’aumônier du même corps au service des Marines. Dans ce qu’Elson qualifie de “heureux hasard”, l’aumônier-adjoint des Marines sur les questions relatives à la Réserve est un rabbin (et lui aussi vétéran de la guerre d’Irak), Jon Cutler.
Capitaine Rabbi Irving Elson dans son uniforme de la Marine. (Crédit : autorisation)
Capitaine Rabbi Irving Elson dans son uniforme de la Marine. (Crédit : autorisation)
“Ce n’était pas prévu de cette manière”, dit Elson. « La Navy offre de formidables opportunités qui ne sont pas basées sur les talents, sur les traditions de la foi… [Cela] montre simplement qu’indépendamment du fait que vous soyez un rabbin, un prêcheur ou un imam, si vous travaillez dur, [les aumôniers] peuvent s’élever aux mêmes positions pour peu qu’on ait le goût de la compétition ».
A l’origine, Elson n’avait l’intention que de passer peu de temps dans la Navy.
“Je voulais servir mon pays et rendre aux Etats-Unis ce que ce pays a fait pour moi et pour ma famille”, explique-t-il.
Son propre père était un vétéran de Detroit. Sa mère était originaire du Mexique lorsqu’elle a immigré depuis la Pologne en 1922. Les parents d’Elson se sont rencontrés au Mexique alors que son père s’y trouvait en vacances après avoir quitté l’armée. Elson est né et a été élevé à Mexico.
“Je voulais connaître une petite expérience, rejoindre la Navy pendant trois ans, servir mon pays puis obtenir un emploi ordinaire”, raconte Elson.
C’est cet emploi qui est finalement devenu l’ordinaire de son quotidien.
Un emploi ordinaire “extraordinaire”
Elson a rejoint le corpus militaire en tant que Rabbin ordonné par le Jewish Theological Seminary. « J’avais affaire à un rabbin très, très attentif”, se rappelle Elson. « Cet homme a tout simplement été un modèle pour moi ».
Revenant sur sa carrière de rabbin au sein de l’armée, dit-il, « d‘un côté, comme n’importe quel rabbin, je peux voir certains individus que j’ai su toucher, dont j’ai changé la vie, auquel j’ai présenté le judaïsme – n’importe quel rabbin peut le dire. La seule différence est que j’ai été capable de faire ça avec des gens tout en n’étant pas dans une synagogue typique de Cambridge, du Massachusetts, ou de la ville de New York. J’ai réussi à le faire alors qu’ils étaient déployés à l’étranger. »
Selon le Département de la Défense, il y a 1 351 Juifs servant actuellement dans la Navy et 564 chez les Marines, avec 1 760 dans l’Armée et 1046 dans les Forces Aériennes, ce qui fait un total de 4 721 dans l’ensemble des corps militaires américains (à l’exception des Juifs en service chez les garde-côtes).
“Nous disons habituellement que les Juifs représentent 1,7 % de tous les corps de l’armée,” indique Elson. Compte-tenu du temps passé en mer, la Navy et les Marines ont dû relever des défis uniques.
Irving Elson marque le premier seder de Pessah lors de la guerre avec trois soldats dans un bâtiment bombardé. (Crédit : autorisation)
Irving Elson marque le premier seder de Pessah lors de la guerre avec trois soldats dans un bâtiment bombardé. (Crédit : autorisation)
“Je suis dans un hélicoptère d’un bateau à l’autre – ce qu’on appelle en anglais un ‘Holy Helo,’” explique Elson, utilisant un surnom de la Navy. « J’y fais des offices. Habituellement, quand un rabbin se déplace d’un bateau à l’autre, on parle en anglais de ‘Kosher Copter.’ Cela nous permet de connaître les gens, les conditions dans lesquelles ils vivent. »
Ce qui mène à dormir sur la même surface de métal dur, ou plate-forme comme le font les marins.
“On parle beaucoup”, ajoute Elson. “Dans la Navy, c’est la mentalité de plate-formes… Nous passons du temps à déambuler, à parler aux gens, aux Marines… ‘Comment allez-vous, qu’est-ce qui vous préoccupe, qu’est-ce qui vous tient réveillé la nuit ?”
Il note que « si vous vivez, travaillez, servez, si vous interagissez quotidiennement avec ceux qui sont autour de vous, vous apprenez à les connaître » et il ajoute que les rabbins qui sont aumôniers militaires interagissent avec leurs congrégations 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7.
Au vu du petit pourcentage de Juifs chez les militaires, trouver un ‘minyan’ peut s’avérer difficile.
‘Quand c’est le Shabbat, vous pouvez vous retrouver comme étant le seul Juif à prendre le temps de le faire. Vous devez le vouloir alors’
“[Vous pouvez être] le seul sur seulement trois marins sur le bateau”, indique Robinson. Quand c’est le moment du Shabbat, vous pouvez vous retrouver comme étant le seul Juif à vouloir prendre le temps de le faire. On vous donnera du temps, mais il faut le vouloir ».
Il dit que le nombre de personnes pour les services du Shabbat peut aller de six ou sept à « peut-être 20, 25 ».
Le rôle de rabbins comme Elson est donc crucial. Elson explique que l’aide apportée par Fran, son épouse, a été précieuse.
“En tant que rebbetzin, elle représente une grosse part dans la création d’une communauté juive”, explique-t-il. « Je ne peux pas vous dire tous les repas supplémentaires de Shabbat, tous les Seder de Pâques qu’elle a assemblés pour les marins et les Marines juifs ».
Mais Elson s’est trouvé bien seul, en tant que leader spirituel, au cours de l’un des moments les plus durs de l’histoire militaire américaine.
Armé d’un verre à Kiddouch de combat
C’était le mercredi 19 mars 2003, un jour après Pourim. Elson était entré en Irak depuis le Koweït, avec son bataillon formé de 700 Marines. Les Britanniques avaient fait main basse sur le port de Basra. Elson et son bataillon ont été positionnés plus à l’ouest, et se sont avancés dans le centre du pays.
“Un jour a succédé à l’autre’” dit-il.
Mais une journée particulière s’est avérée unique lorsque Elson a organisé le premier office du Shabbat en Irak durant la guerre – dans une petite ville qui fut le lieu de naissance d’Abraham et donc, sans doute, le berceau du judaïsme.
“Il y avait quelque chose de symbolique”, raconte Elson. “C’était merveilleux que même au milieu du combat, alors qu’on a toujours peur, qu’on est fatigués, affamés, on ait été capables de s’arrêter pendant l’opération et d’organiser un office de Shabbat.”
“Il n’y avait pas beaucoup de gens, mais cela a été un moment très spécial”, raconte-t-il. « Cela a également renforcé, en tant que Juif et en tant que rabbin, l’idée que peu importe l’endroit où on se trouve dans le monde, ou ce qu’on est en train de faire : Shabbat est là, Shabbat est Shabbat”.
Cette étape spirituelle a été suivie par une semaine dangereuse. Le bataillon d’Elson a traversé la rivière de l’Euphrate et participé à la bataille sanglante d’An Nasariya avant l’avancée vers la ville de Hillah et vers la capitale, Bagdad.
‘Même au milieu du combat, alors qu’on a toujours peur, qu’on est fatigués, qu’on est affamés, on a été capables de s’arrêter pendant l’opération et d’organiser un office de Shabbat’
C’est durant cette bataille que le garde du corps d’Elson, Robert Page, lui a sauvé la vie.
Les aumôniers militaires américains ne sont pas armés, conformément aux règlements de la Convention de Genève. Mais ils sont chacun accompagnés par un assistant ou « Religious Program Specialist » (RPS). Elson qualifie son RPS, Page, de “l’un des meilleurs” de la Navy.
“Je suis un grand type, et je suis content qu’il soit un très grand type”, s’exclame Elson. « Je mesure 1 mètre 82, il mesure 2 mètres 4 ou 2 mètres 7, un gars très solide, très bon à l’usage des armes, toujours bon dans les combats ».
La taille de Page l’a aidé à couvrir Elson face au danger durant la bataille d’An Nasariya.
Dans un article paru sur le site Internet de la Navy, Page a indiqué que tandis que Elson se “trouvait au chevet des blessés”, lui et le rabbin « se sont trouvés sous les tirs émanant d’un bus rempli de soldats irakiens qui utilisaient des passagers civils innocents comme boucliers humains ». “J’ai entendu un bruit claquant alors que les balles touchaient le sol à proximité”, ajoute Page dans l’article. “J’ai vu l’une d’elles toucher le sol près de la tête du rabbin et je lui ai dit : “Allons-y”.
Il a déclaré à la Navy, “J’ai fait du mieux que je pouvais pour protéger le rabbin en le couvrant de mon propre corps”, tandis que le reste de l’unité ouvrait le feu en réponse et tentait de d’encadrer les soldats ennemis ».
Pour avoir sauvé la vie de l’aumônier, Page, un chrétien pratiquant, a reçu l’Etoile de Bronze avec un “V” pour s’être montré « Valeureux » – c’est la troisième plus haute distinction chez les militaires – le 23 janvier 2004. C’est Elson qui a épinglé la médaille sur la poitrine de Page.
Elson déclare que Page lui aura en fait sauvé la vie à plusieurs reprises, “dans des opérations de combats”, dans des échanges de tirs très intenses”.
Cette première période d’affectation, qui a duré 8 mois durant les années 2002 à 2003, pourrait s’être avérée suffisante pour certains. Mais Elson a rempilé pendant six mois en 2004.
Cette fois-là, il a servi à un échelon de commandement supérieur, au cours de la bataille de Fallujah. Il a officié durant les Grandes Fêtes, et les observances de Rosh Hashana comme de Yom Kippour au milieu de la guerre ont suscité une certaine introspection.
Un verre de Kiddouch posé sur le capot d'un véhicule blindé, alors qu'Irving Elson célèbre Shabbat dans sa ville natale d'Abraham. (Crédit : autorisation)
Un verre de Kiddouch posé sur le capot d’un véhicule blindé, alors qu’Irving Elson célèbre Shabbat dans sa ville natale d’Abraham. (Crédit : autorisation)
“J’étais un peu plus concentré en tant que rabbin”, dit Elson. « D’un côté, c’est dur, c’est intense. De l’autre, c’est une expérience très émouvante. Les prières ont tellement plus de signification. Les prières pour les Grandes Fêtes sont toujours très intenses, d’ailleurs ».
‘”Qui doit vivre et qui doit mourir’, cela veut vraiment dire quelque chose lorsqu’il y a des tirs de roquettes et des mortiers qui tombent autour de vous”
Par exemple, dit-t-il, “Unetanneh Tokef, ‘A Rosh Hashana, c’est écrit, et à Yom Kippour, c’est scellé : “Qui devra vivre et qui devra mourir’, et cela veut vraiment dire quelque chose lorsqu’il y a autour de vous des tirs de roquettes et de mortier qui tombent. C’était intense, très, très significatif, ce sont peut-être les Grandes Fêtes les plus pleines de sens que je n’ai jamais vécu”.
Depuis son retour d’Irak il y a plus d’une décennie, le rôle d’Elson s’est davantage concentré autour des tâches administratives et à déterminer quel sera l’avenir des Juifs au sein de l’armée.
Irving Elson et sa femme Fran posent avec le président George Bush et la Première Dame Laura Bush. (Crédit : autorisation)
Irving Elson et sa femme Fran posent avec le président George Bush et la Première Dame Laura Bush. (Crédit : autorisation)
L’avenir des personnels militaires juifs
Au cours des sept à dix dernières années, Elson a été conseiller auprès du Jewish Welfare Board, qu’il décrit comme étant la plus ancienne institution des Etats-Unis consacrée exclusivement aux Juifs de l’armée.
“Il a été une source de grande sagesse et d’expertise à ce sujet en tant que grand rabbin, au service actif dans la Navy,” constate Robinson.
Au cours des toutes dernières années, Elson et la Navy en général se sont distingués : Elson a été désigné aumônier adjoint dans le corps des Marines et le Contre-Amiral Margaret Grun Kibben est devenue la première femme à accéder au poste d’aumônier en chef de la Navy (qui supervise les Marines). L’adjoint de Kibben est Scott, aumônier en chef des Marines.
Kibben et Scott “sont deux des [leaders] les plus inspirants avec lesquels j’ai été amené à travailler”, dit Elson. Robinson indique qu’Elson lui-même a été source d’inspiration pour assurer la continuité sur les plateformes. “Le plus important, [c’est qu’il a] servi de mentor pour tant d’aumôniers juifs plus jeunes”, explique Robinson.
Rabbi Harold Robinson lit la Torah avec les marins à bord de l'USS George Washington. (Crédit : Domaine public)
Rabbi Harold Robinson lit la Torah avec les marins à bord de l’USS George Washington. (Crédit : Domaine public)
« C’est ce rôle de mentor … qui viendra aider à créer la prochaine génération d’aumôniers militaires juifs ». Et c’est donc le bon moment pour Elson de prendre une retraite méritée. À la fin du mois de novembre, il reviendra aux responsabilités en tant que directeur du Jewish Welfare Board.
“Cela fait longtemps qu’il fréquente l’organisation”, explique Robinson, qui quitte son poste à la direction. « Je m’attends à ce que lorsqu’il arrivera, il n’y ait aucune coupure. Il connaît déjà le travail, les acteurs, ce qu’il se passe ».
Et, ajoute-t-il, “je pense qu’il apportera une nouvelle énergie et un nouveau point de vue. Je pense qu’il va amener le Jewish Welfare Board à un niveau supérieur de service pour les Juifs de l’armée, et un niveau supérieur de sensibilisation publique pour la communauté juive américaine toute entière”.
La devise du corps des Marines américain est “Semper fidelis” — Toujours fidèles. Même après avoir pris sa retraite en tant qu’aumônier adjoint du corps des Marines, Irving Elson continuera à lutter pour faire vivre cette devise, pour son pays et pour sa religion.

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