dimanche 30 octobre 2016

"Le mémorial de la Shoah de Berlin n'aurait pas pu être construit aujourd'hui"


"Le climat social a changé", dénonce l'architecte de ce monument inauguré en 2005 dans la capitale allemande
Invoquant la montée de l’antisémitisme, l’architecte du mémorial de l’Holocauste de Berlin explique qu’il ne pourrait construire un tel monument dans l’Allemagne d’aujourd’hui.
Dans une interview accordée à l’hebdomadaire Die Zeit, Peter Eisenman, célèbre architecte américain, concepteur du Mémorial des Juifs d’Europe Assassinés, a précisé que s’il voulait aujourd’hui ériger un tel monument au cœur de la capitale allemande, l’atmosphère actuelle de xénophobie et d’antisémitisme, tant en Allemagne qu’aux Etats-Unis, ne le lui permettrait pas.
"Le climat social a changé", affirme-t-il. "Beaucoup de ce qui a été longtemps accepté, est dorénavant questionné", accuse Eisenman, aujourd’hui âgé de 84 ans.
Le monument de 19.000 mètres carrés se situe en face de l’Ambassade américaine à Berlin et à quelques immeubles près de la Porte de Brandenburg. Il s’agit d’un maillage de 2.711 dalles de béton, de longueurs et de largeurs similaires mais de hauteurs variées. En dessous se trouve un centre d’informations contenant les noms de toutes les victimes juives connues de la Shoah.
Au cours de son inauguration en 2005, la taille du mémorial, sa localisation, son design équivoque et le coût de sa construction – 25 millions d’euros – avaient bien souvent été critiqués. De plus, pour beaucoup, ce mémorial commémorait seulement les victimes juives de l’Holocauste, oubliant le sort des Roms, des tsiganes, des gays et des lesbiennes qui furent aussi persécutés.
Ce n’est que l’année dernière, alors que le mémorial fêtait sa première décennie – décennie au cours de laquelle il devint l’un des sites touristiques les plus populaires de Berlin – qu’Eisenman put saluer le succès du site, observant que le public semblait finalement accepter le monument. "Nous n’entendons plus de telles critiques", remarquait-il alors.
Mais la vague de migration et la montée des forces de l’extrême-droite – incluant le parti AfD, dont les membres ont de nombreuses fois été liés à des déclarations antisémites – ont occasionné une flambée de l’opinion xénophobe. Les données du Ministère de l’Intérieur ne révèlent pas moins de 39.000 attaques motivées politiquement – 19% de plus que l’année précédente – ; dont 9.600 dirigées contre des réfugiés, ce sur l’ensemble du territoire allemand
En 2015, le Ministère de l’Intérieur a enregistré 1.366 attaques antisémites, dont 36 avec violence. Le nombre d’attaques ciblant les Israéliens, enregistré séparément, était de 62.
Ces chiffres sont en légère diminution par rapport à l’année précédente, année au cours de laquelle l’opération militaire à Gaza avait engendré des protestations anti-Israël, mais demeurent toutefois plus élevés que ceux de 2013.
"Ce n’est pas une raison pour pousser des soupirs de soulagement", insiste l'homme politique allemand Volker Beck, qui a réclamé ces chiffres en mai. Beck, qui dirige le groupe parlementaire d’amitié Germano-Israélienne, accuse le gouvernement de ne pas enregistrer convenablement les incidents antisémites.
"Chacun de ces cas constitue une attaque directe contre nos citoyens (our people) et contre notre démocratie", rappelle-t-il.

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