lundi 24 octobre 2016

La sécurité d’Israël au défi ©


Il est difficile de trouver un membre du Likoud qui possède autant d’expérience et de compréhension des questions de sécurité que le député Avi Dichter. Son CV est impressionnant: Il a servi pendant des années dans l’unité d’élite Sayeret Matkal, une unité au service de l’agence de sécurité du Shin Bet et a continué à diriger l’agence de 2000 à 2005, puis il a servi comme ministre de la Sécurité publique et ministre  de la défense intérieure,  mais le Premier ministre Benjamin Netanyahou ne l’a pas appelé à faire partie du gouvernement actuel.
Dichter s’exprime avec clarté, sans évitement aux questions. La vaste expérience qu’il a acquise au cours de ses années de service au Shin Bet lui donne une acuité d’analyse des problèmes de sécurité et de défense en cours, sur la base de rapports secrets dont il a eu connaissance dans le cadre de son travail.
Israël Hayom : Il semblait que la vague de terrorisme de cette dernière année allait en diminuant d’intensité, or cette semaine, un attentat terroriste à Jérusalem a coûté la vie à deux israéliens. Que pouvons-nous en déduire ?
« Il n’y a pas de doute que la vague de terrorisme qui a commencé il y a un an a diminué en intensité, principalement en raison des mesures adoptées par les forces de sécurité [israéliennes]. Mais, de toute évidence, les attaques terroristes du genre de celles qui ont eu lieu à Jérusalem cette semaine pourraient encore se produire à nouveau. «Vague de terrorisme» est une définition  qui a pour objet de caractériser la nature des attaques qui sont menées jour après jour, semaine après semaine. Il est important, sur le plan opérationnel, de définir correctement la nature de ces attaques – pour nous-mêmes et surtout pour les unités des services de sécurité comme l’armée israélienne, la police israélienne et le Shin Bet qui doivent y faire face -. Il est important de savoir à quel genre de  terrorisme nous sommes confrontés ; est-ce une vague de terrorisme dirigée contre nous, les forces de l’ordre, Tzahal, ou des attaques individuelles frappant les individus sans distinction? C’est ce qui permet aux organismes de sécurité à tous les échelons et à la classe politique de prendre des mesures  drastiques et plus efficaces contre les terroristes afin de nous éviter de passer des attaques de loups solitaires, comme c’est le cas actuellement, à une vague de terrorisme organisé.
«Il ne fait aucun doute que la vague de terrorisme de type de celle qui nous a frappé l’année passée est déjà derrière nous. L’une des façons de le vérifier sont les statistiques, et justement ces statistiques nous montrent qu’en Octobre 2015, quand cela a commencé, il y a eu plusieurs dizaines d’attentats terroristes comparativement a quelques attaques isolées en Octobre de cette année.
Q: Vous étiez chef du Shin Bet au cours de la deuxième Intifada. Les profils types des terroristes de l’Intifada et ceux de la vague actuelle de terrorisme sont ils comparables ?
« Du point de vue des terroristes, cela ne fait aucune différence ; qu’ils commettent une attaque à la ceinture d’explosifs ou au couteau, c’est pareil. Dans les deux cas, le terroriste sait qu’il va se suicider et sait très bien que ses chances d’en sortir vivants sont extrêmement minces. Mais avec un couteau, il doit d’abord tuer, alors qu’avec une ceinture d’explosifs, il lui suffit d’appuyer sur un bouton et une fraction de seconde plus tard, il sème la mort et la sienne avec. Dans la plupart des cas, les terroristes ont été recrutés à la dernière minute, sans aucune infrastructure. Nous devons alors nous demander comment nous pouvons leur rendre la tâche aussi difficile que possible, ou comment les amener à en venir à la conclusion que leur suicide est inutile. En fin de compte, le nombre d’attaques kamikazes ne baisse que lorsqu’ils ils se rendent compte que ça ne vaut pas le coup. »
Q: Le procès de Sgt. Elor Azaria, qui a tiré sur un terroriste immobilisé à Hébron en Mars, est en cours. Etes-vous du côté des responsables de la sécurité qui ont témoigné en sa faveur, ou celui du procureur militaire, qui l’accuse d’homicide involontaire ?
«Ceux qui ont pour mission de débouter les terroristes ont la tâche la plus ingrate et la plus difficile qui soit. Car maitriser un terroriste armé d’un couteau qui est exalté en frappant, c’est extrêmement difficile. Si vous avez une arme à feu, vous tirez sur lui, et si vous n’en n’avez pas, vous devez prendre la fuite. Quand un terroriste fou comme ça vous attaque, et même si à la fin vous l’avez maîtrisé, il faut toujours s’en méfier, même s’il est blessé. On n’a pas le droit à l’erreur face à un terroriste. Il faut toujours avoir une longueur d’avance sur lui. Parce qu’il est toujours celui qui va vous surprendre avec une arme à feu ou un couteau. Nous avons payé le prix fort pour ne pas avoir toujours pris la bonne décision dans le feu de l’action, souvent. Alors j’ai fait mien ce dicton, «Si quelqu’un vient pour te tuer, lève-toi et tue-le d’abord. »
Q: Est-ce que le procès d’Azaria est pertinent à votre avis ?
« A mes yeux, l’affaire a été polluée par tous ceux qui s’en sont mêlés, y compris les politiciens. … Il y a beaucoup d’incidents de ce genre qui surviennent au cours des raids et des opérations spéciales de l’armée qui font l’objet d’une enquête et c’est seulement une fois que le rapport a conclu que le jugement du soldat a été inapproprié, ou qu’il a agit avec malveillance, qu’on entame une procédure disciplinaire ou pénale. Je ne comprends pas pourquoi ils n’ont pas procédé ainsi cette fois-ci. Malheureusement, le procès en cour martiale qui a été intenté a fait du tord au soldat et a heurté le public. C’est une affaire qui dure depuis six mois, mais qui aurait dû être réglée en deux semaines. Il ne fait aucun doute que cette affaire se terminera  en appel devant la Haute Cour de justice « .
Q: Est-ce que vous soutenez la proposition du ministre de l’Éducation Naftali Bennet qui réclame une amnistie pour Azaria?
« Envisager une amnistie pour le soldat alors que le processus judiciaire est toujours en cours est une tentative d’influencer ce processus ainsi que les juges. Cette approche est inacceptable et dangereuse, et il serait préférable pour nous tous de nous montrer patients, jusqu’à ce que le verdict soit rendu. … à partir du moment où le système judiciaire commence son travail, il est inacceptable et même dangereux d’un point de vue démocratique, d’influencer le processus judiciaire ».
Q: Israël est-il prêt à faire face à la menace nucléaire iranienne ?
« Malheureusement, il y a des gens ici en Israël qui ont une compréhension erronée de ce qu’est « la menace iranienne ». Je pense que la menace d’une bombe d’une tonne et d’une bombe demi-tonne, c’est une chose, mais les armes nucléaires, c’est une autre histoire.. .. Lorsqu’on examine la menace iranienne, il faut  prendre en compte à la fois le type d’armes dont ils disposent et leurs intentions. Pour  ce qui est de leurs intentions, la théocratie iranienne dit ouvertement avoir l’intention d’anéantir Israël. Pour  ce qui est de la méthode, ils ne pourront pas effacer Israël de la carte avec un simple missile ou une bombe ordinaire. Donc est-ce que cette déclaration d’intention vise à seulement satisfaire la masse des opinions publiques iraniennes ? Ou est-ce que cela traduit les capacités réelles de Téhéran?
«Si  nous examinons les capacités de l’Iran, nous constatons que cet état développe des armes nucléaires. Par conséquent si nous considérons leur intention conjuguée aux moyens dont ils disposent, il, est évident que cela crée une conjoncture qui représente une menace existentielle potentielle pour Israël. Les désaccords entre les agences de renseignement du monde entier ne portent que sur le temps que cela prendrait à l’Iran de produire des armes nucléaires, avec des évaluations divergentes qui vont de quelques années à 10 ans. A mon avis, le combat de Netanyahou sur cette question est justifié. L’accord sur nucléaire iranien qui a été adopté, n’a pas pris la peine de vérifier en amont où en était leur arsenal nucléaire réellement,  mais a simplement cherché a ralentir son processus de développement de quelques années. La question qu’il faut se poser alors est donc de savoir si dans 15 ans,  l’Iran sera un pays ayant la capacité réelle de fabriquer des armes nucléaires, et s’il existe une possibilité pour que leur intention de les utiliser ne soit plus d’actualité. Je ne pense pas que quiconque en Israël ou aux États-Unis puisse penser sérieusement que l’Iran aura abandonné ses intentions d’ici là, de sorte que tout ce qu’il nous reste à faire est de faire pression pour infirmer ses capacité à pouvoir mettre en œuvre ses mauvais desseins « .
Q: Vous ne répondez pas: Est-ce qu’Israël a la capacité de prévenir la menace nucléaire iranienne afin qu’elle ne devienne pas une réalité?
«Israël doit développer ses capacités de défense pour gérer la menace. Dans le même temps, l’état hébreu doit développer ses capacités offensives. … Cela n’a aucun sens pour nous de concentrer toute notre activité à la défense, pour constater finalement que nos capacités de défense se situent autour des 80%. Ce qui revient à dire que  si 10 bombes nucléaires sont tirées sur Israël, huit seront interceptées et que « seulement » deux s’abattront sur notre territoire. C’est un concept de défense tout à fait inacceptable et nous avons donc constamment à prendre des mesures adaptées.
Notre force défensive d’aujourd’hui ne sera certainement plus suffisante pour contrer les menaces auxquelles nous devront faire face dans cinq ou 10 ans….. 
Gideon Allon

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