dimanche 16 octobre 2016

Fêter Souccot… envers et contre tout !


De Kiev à Tunis, d’un camp nazi à un village soviétique, voici quelques histoires remarquables qui racontent comment le peuple d’Israël a persisté à fêter Souccot même au plus profond de l’exil.


Souccot en Israël et Souccot en diaspora : la même fête, et pourtant si différente. En Israël, on trouve des Souccot à chaque étage, à chaque coin de rue et dans chaque parking. Quant à la pluie, elle attend en général la fin de cette semaine de fête pour commencer à tomber. Les « quatre espèces » et leur bouquet ont droit à des marchés entiers… 

Mais en diaspora, il n'a pas toujours été facile de respecter Souccot, fête du « temps de notre joie ». Tout au long de l'histoire, nos ennemis ont en effet essayé de gâcher cette joie, souvent en vain. Voici donc quelques histoires qui illustrent bien comment le peuple d'Israël a tout de même persisté à fêter Souccot en plein exil, envers et contre tout.

Souccot sur le fleuve Dniepr

Kiev, Ukraine, à la veille de Souccot, voilà un peu plus de 90 ans. Le gouverneur de la ville est le général Dertlen, originaire d'Allemagne et antisémite notoire. Un peu avant la fête, Dertlen cherche le moyen de s'en prendre aux Juifs… Il promulgue un décret interdisant de construire des cabanes sur le territoire de Kiev et tous ses environs en prétextant « des menaces d'incendie. » Quant aux paysans, ils reçoivent l'ordre de ne pas faire pénétrer la moindre branche d'arbre et la moindre planche à Kiev lors des semaines à venir. Tout contrevenant sera passible de « sanctions sévères. » La communauté juive tente alors par tous les moyens d'annuler ce décret. Ses dirigeants demandent à rencontrer le gouverneur, qui refuse catégoriquement.
Comment contourner ce décret ? Une Soucca, par définition, doit être construite en plein air et impossible de la cacher sous terre ! Les dirigeants de la communauté se réunissent pour trouver une solution. Soudain, un certain Margoline qui dirige une société de transports maritimes, s'écrie : « Nous allons construire une énorme Soucca sur l’un de mes bateaux qui naviguent sur le fleuve Dniepr ! » Un avocat juif confirme que cette idée ne contredit pas le décret de Dertlen puisqu'il a interdit de construire des cabanes sur le « territoire » de Kiev et non sur ses eaux. De plus, les menaces d'incendie ne peuvent être prises en compte sur un fleuve !
Dans le plus grand secret, deux Souccot sont érigées sur l’un des bateaux de Margoline. Une en « première classe » pour les riches de la ville, et une autre pour tous les autres. Quant aux repas, ils seront servis gratuitement.
Ce n'est que quelques heures avant la fête que la police découvre les « Souccot sur l'eau ». En bons fonctionnaires, les agents lisent et relisent le décret du gouverneur : rien n'y indique quoi faire face à la construction d'une cabane en plein fleuve ! Affolé, le chef de la police va chez Dertlen qui veut voir de ses propres yeux comment les Juifs ont réussi à le prendre à son propre jeu. Fulminant, il menace alors d’envoyer tous les Juifs en Sibérie !
À ce moment, le rav de la ville demande la parole : « Mon général, sachez que rien ne parviendra à faire oublier aux Juifs leur Torah. Aucune force ne pourra nous faire abandonner les mitsvot que nous avons reçues de notre D.ieu, il y a des milliers d'années. Notre sainte Torah nous ordonne de nous asseoir dans la Soucca, et même si nous sommes en exil depuis près de 2 000 ans, nous n'abandonnerons pas ses lois. »
Tout au long de ce discours, par miracle, les traits du général Dertlen se détendent : d'une colère non-dissimulée, le voilà qui passe à la surprise, à l'amusement, puis à la sympathie. Il finit même par tendre la main au rav avant de quitter les lieux pour laisser les Juifs fêter Souccot dans la joie.
(Source: chabad.org.il)

Le Hadass volant !

À Tunis, la coutume était de recouvrir la Soucca de branches de myrte (hadass) que les Juifs achetaient aux paysans musulmans. Une année, les marchands se réunirent peu avant la fête pour décider à l’unanimité d'augmenter le prix du myrte en la faisant passer de 3 à 20 sous, une somme astronomique à cette époque. Lorsque les Juifs arrivèrent pour acheter leur s'ha'h (toit de la Soucca), même les plus riches furent contraints de renoncer ! Et ceux qui décidèrent d’aller chercher des branches d’arbres ou des feuilles dans les forêts alentour en furent empêchés par les Musulmans de la ville, déterminés à leur gâcher la joie de la fête.
Désemparés, les Juifs se tournèrent vers le rav Yéchoua Bessis, le grand rabbin de Tunisie, un kabbaliste respecté, célèbre pour tous ses miracles et prodiges. Le rav Bessis se rendit au souk et s'adressa à l'un des marchands, qui s'avéra être l'initiateur même de l'intrigue, à qui il demanda le prix d'une gerbe de myrte. Après lui avoir payé son dû, rabbi Yéchoua Bessis demanda au vendeur de lui livrer la gerbe. « Porte-les sur mon toit, là où se trouve ma Soucca », lui ordonna le rav.
La légende raconte que lorsque le marchand arriva sur le toit, rabbi Bessis implora le Ciel en demandant à Dieu qu'il le fasse voler dans les airs. Accroché à sa gerbe de myrte, le marchand se mit à planer entre ciel et terre, tout en hurlant de peur !
Les cris du marchand et de la foule qui assistaient à ce prodige parvinrent au palais du Bey. Ses serviteurs lui expliquèrent ce qui s'était passé et le bey convoqua chez lui rabbi Bessis. « Que t'a donc fait cet homme pour que tu le fasses ainsi voler en l’air ? » demanda le Bey. Et le Rabbi de lui répondre : « Il a fait s'envoler les prix, et donc Dieu l'a fait s'envoler lui-même ! »…
En fin de compte, Rabbi Bessis accepta de faire descendre le marchand volant qui se répandit en excuses. Le Bey publia alors un décret instituant que les Juifs ne paieraient que deux sous la gerbe de myrte.
(Source : « Misipouré Tsadikim », Éditions Ma'hanaïm)

Une Soucca dans un camp nazi…

1944 : premier soir de Souccot. Dans le camp de Plashov en Pologne, un lourd silence règne. Après une dure journée, tous les détenus sont dans leur dortoir. Mais au milieu de la nuit, l’un après l'autre, des dizaines d’entre eux bravent le danger et quittent les dortoirs.
Qu'est-ce qui les poussent donc à défier les règles très strictes du camp… ? C'est une Soucca construite dans le plus grand secret !
Cette Soucca, la plus « temporaire » qui soit, a été montée par quelques prisonniers. Pour accomplir la mitsva, ils ont demandé au chef du camp de construire un « entrepôt pour leurs outils. » Enchanté par cette initiative, le chef leur a aussitôt donné son accord, ne se doutant pas qu'il allait aider des dizaines de Juifs à respecter — contre tout espoir — une mitsva ! L’ « entrepôt » dépourvu de toit, fut recouvert de branches d'arbres, et c'est donc une Soucca 100 % cacher qui trônait au cœur de ce camp !
Parmi les détenus, la nouvelle se répand très vite. Chacun voulut avoir le mérite de s'asseoir, même une minute, pour réciter la bénédiction « Chéé'hiyanou » dans cette Soucca de l'espoir. Durant huit jours, la Soucca du camp de Plashov accueillera des Juifs, et jamais ils n'auront ressenti avec autant de force les nuées de protection divine sur la Soucca...
(Source : Ceux qui n'ont pas été vaincus.)

Une Soucca… au toit d’aluminium

C’est l'histoire de Moché Adinov, un Juif russe de la ville de Kazan en Russie, racontée au rav Avraham Berkovitch, un délégué 'Habad vivant à Moscou : « Mon père s’appelait reb Na'houm Élyahou Adinov. Il était sofer stam à Kazan avant la Seconde guerre mondiale. Bien qu'il ait continué à respecter les mitsvot, j'ai été contraint d'étudier dans une école publique communiste, même le Chabbat. À la maison, mon père me prodiguait une éducation juive mais il m’avertissait de ne jamais le dire à mes amis, par crainte d'une dénonciation aux autorités.
Nous vivions dans une maison de bois contrairement aux autres habitants de Kazan qui vivaient dans des immeubles. Derrière notre maison, mon père confectionnait chaque année à Souccot, sur une sorte de terrasse, un toit fait de branches d'arbres et de feuilles pour inviter les Juifs de la ville à venir y manger, le tout dans le plus grand secret. Il faisait le kiddouch à voix basse et racontait des histoires sur la fête...
En 1965, mon père a quitté ce monde et j'ai hérité de la maison. J'ai voulu perpétuer cette tradition de Souccot pour mes enfants. Mais j'ai pensé qu'il fallait améliorer cette cabane : car je croyais que mon père utilisait des branches pour son toit uniquement par manque d'argent. Je décidai donc de pourvoir notre Soucca d’un « vrai toit » et je demandai à des amis travaillant dans l'aluminium de me fabriquer un toit démontable pour la Soucca. Chaque année, je montais le toit et le démontais à la fin de la fête. J'étais si fier de poursuivre la tradition...
Un jour, en 1998, le rav Its'hak Gourelik – qui venait d'être nommé rav de Kazan – organisa une fête de Souccot pour tous les habitants juifs de la ville. Cette fête, qui m'était si chère, sortait enfin de la clandestinité pour être célébrée dignement ! Le rav m'invita dans la magnifique Soucca qu'il avait construite. Lorsque j’entrai chez lui, mon premier regard fut attiré par un toit fait de branches et de feuilles ! Je me mis à pleurer car je venais de comprendre pourquoi mon père utilisait de la verdure : je réalisais que trente ans durant, je n'avais pas réellement respecté la mitsva !
Lorsque je racontai mon histoire au rav Gourelik, il me dit : “Sache que ton père te regarde de là-haut et qu'il sourit… Sache qu'Hachem a beaucoup apprécié ta soucca ‘non casher ’en aluminium…. Pourquoi ? Parce que tu l'as construite de tout ton cœur et de toute ton âme !” »
Cet article a paru dans le Hamodia.

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