lundi 26 septembre 2016

Logos nutritionnels: Les enjeux de la guerre des étiquettes.....


ALIMENTATION A compter de ce lundi, quatre systèmes d’étiquetage nutritionnels différents vont être testés…

Pizzas, yaourts, pains de mie et autres plats préparés : une partie des produits qui finissent dans votre caddie vont se parer d’une nouvelle étiquette. Dès ce lundi, quatre logos détaillant le score nutritionnel des aliments vont être testés dans 60 grandes surfaces françaises tirées au sort. 
L’objectif de cette expérimentation annoncée par la ministre de la Santé Marisol Touraine : « lutter contre le fléau majeur de l’obésité » en fournissant une information claire aux consommateurs sur ce qu’ils mangent. Cette expérimentation est-elle fiable ? L’étiquetage nutritionnel peut-il enrayer le problème du surpoids et au final, mangera-t-on mieux et plus sainement ? 20 Minutes vous répond.

Identifier les produits les plus sains


Au premier coup d’œil, ces logos nutritionnels doivent permettre d’identifier les produits les meilleurs pour la santé. Il ne s’agit pas de faire opter le consommateur pour un bocal d’épinards à la place de la pizza dont il avait envie mais, entre deux pizzas, de l’aider à choisir celle qui sera la meilleure pour sa santé.

Parmiles quatre signalétiques testées, deux reposent sur un code couleur. Le logo Nutri-score, proposé par l’Inserm et le Pr Serge Hercberg, président du Programme national nutrition santé (PNNS), utilise un système de notations en cinq couleurs, le vert désignant les produits les plus sains et le rouge ceux qui sont les plus gras, salés ou sucrés. 
Le second, le logo SENS (système d’étiquetage nutritionnel simplifié), mis au point par Carrefour, s’appuie sur un code de quatre couleurs, allant du vert au violet (le rouge étant considéré comme trop stigmatisant), et désigne la fréquence de consommation recommandée du produit, de « souvent » à « occasionnellement ». Les deux autres logos sont, eux, plus analytiques et indiquent les quantités de gras, de sucres et de sel des produits. « Mais une mère qui fait ses courses n’aura pas le temps de comparer tous les produits avant de les mettre dans son caddie, le code 5 couleurs est encore ce qu’il y a de plus simple », craint Angélique Houlbert, nutritionniste et coauteure du livre Le bon choix au supermarché (éd. Thierry Souccar)
Quatre logos nutritionnels testés à partir du 26 septembre, sur fond de polémique http://u.afp.com/Etiquetage  

Une étude sous pression


En pratique, les quatre logos vont être testés dans 40 supermarchés d’Ile-de-France, de Normandie, des Hauts-de-France et de la région Auvergne-Rhône-Alpes. Plus de 2 millions d’étiquettes vont être collées sur 1.300 produits, aux rayons traiteur, conserves, pains et viennoiseries industrielles. Et 20 supermarchés serviront de magasins témoins.
Pourtant, au départ, le logo Nutri-score semblait sur les rails. Préconisé par le Haut Conseil de la santé publique (HCSP), il avait été jugé le plus efficace, selon une étude comparative publiée en 2015. «  C’est le système le plus clair, le plus lisible par tous », estime le Dr Laurent Chevallier, médecin nutritionniste en maternité et coauteur d’Alors, on mange quoi ? (éd. Fayard). « Mais les industriels de l’agroalimentaire, le jugeant stigmatisant, ont réclamé d’autres systèmes plus analytiques, moins clairs », déplore Angélique Houlbert. 
Une requête finalement acceptée par Marisol Touraine et qui fait grincer des dents. « Cette expérimentation est un moyen de reculer la prise de décision politique, sous la pression des industriels, condamne Serge Hercberg. On perd beaucoup de temps dans l’application d’une mesure qui devrait déjà être en œuvre », poursuit-il, craignant que le télescopage de l’étude avec le calendrier électoral ne repousse l’entrée en vigueur de l’étiquetage nutritionnel « aux calendes grecques ».

Les substances chimiques oubliées


Autre bémol de cette expérimentaton : aucun des quatre logos testés ne prend en compteles substances chimiques présentes dans les aliments. « Pour juger de la bonne qualité nutritionnel d’un aliment, il faudrait que la présence d’additifs chimiques soit prise en compte », estime Angélique Houlbert. « On sait qu’ils ont des conséquences sur la santé, ils sont impliqués dans les troubles digestifs, l’hyperactivité, l’asthme et même les cancers, renchérit le Dr Laurent Chevallier. Et il n’y a rien non plus sur la présence de résidus de pesticides. La France est très en retard sur le terrain des toxiques et des perturbateurs endocriniens ».
« L’étiquetage nutritionnel part d’un bon sentiment, mais c’est un combat d’arrière-garde, juge le Dr Chevallier. On laisse en rayons des produits dont on sait qu’ils sont bourrés d’additifs chimliques, de sucres et de mauvais gras. Pour une lutte efficace contre l’obésité, il faut actionner d’autres leviers ». Serge Hercberg, lui, espère que son logo poussera les industriels à revoir leur copie : « S’ils ont des produits mal notés en raison de leur mauvaise qualité nutritionnelle, ils n’auront pas d’autre choix que de revoir leurs recettes, pour qu’elles soient plus saines ».

Retrouver le bon sens nutritionnel


Pour que les consommateurs mangent plus sainement, les nutritionnistes aimeraient que l’accent soit mis sur la pédagogie. « il faut les aider à retrouver le bon sens nutritionnel, suggère Angélique Houlbert. Plutôt que de se fier uniquement à un logo peut-être trop simpliste, ils doivent se dire que si la liste d’ingrédients d’un produit est longue comme le bras et bourrée d’additifs, alors il faut son chemin. Et ça passe par l’éducation au mieux manger dès le plus jeune âge : parents, enfants et enseignants doivent y être sensibilisés ».
« Plutôt que de donner aux enfants dupoisson pané dont on sait que la composition est mauvaise, mieux vaut leur donner du poisson frais », conseille le Dr Laurent Chevallier, qui milite pour « une alimentation bio et brute ». Mais si l’étiquetage nutritionnel est « incomplet, relève le médecin, cette expérimentation a au moins le mérite de placer l’alimentation au coeur du débat ».

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