dimanche 25 septembre 2016

Les Chrétiens en Israël et dans les territoires.....


Le contexte général pour les chrétiens dans les régions troublées du Proche Orient est devenu invivable, car c’est celui de la persécution et du harcèlement par des groupes agissant au nom de l’islam.

le pays où le nombre de chrétiens augmente le plus d’année en année dans tout le Proche Orient, c’est Israël

Ce qui entraîne lorsque c’est encore possible avant le massacre – la fuite de nombreuses familles vers des horizons plus cléments.
De ce fait, le pays où le nombre de chrétiens augmente le plus d’année en année dans tout le Proche Orient, c’est Israël.
Une remarque préalable d’abord : il se trouve que j’ai eu l’opportunité dans les années 90 de réaliser plusieurs centaines d’émissions de radio sur les ondes alors œcuméniques de Radio Cité, à Genève, et cela durant des années ; ces émissions étaient entièrement coproduites avec un ami pasteur, le pasteur JJ Buard. Ces productions s’intitulaient « actualités œcuméniques internationales ».
A l’antenne, nous faisions le tour des nouvelles dans le monde entier, concernant la situation des Eglises chrétiennes, confrontées à toutes de sortes de problèmes. Nous avons observé que chaque fois que nous documentions la question sensible des chrétiens en Terre sainte (Israël et Territoires) inévitablement, le fait d’aborder ce thème déclenchait toute une palette de réactions agressives d’auditeurs.
Aujourd’hui la situation des chrétiens, catholiques, orthodoxes et protestants, en Israël et dans les Territoires sous autorité palestinienne est très différente.
En ce qui concerne l’Etat d’Israël, la population globale est d’environ 8.5 millions d’habitants, à peu près comme la Suisse (8.3 millions).
Les Juifs sont le 80% et les Arabes le 20% des citoyens israéliens dans l’Etat hébreu.
Les chrétiens représentent 9% des arabes israéliens et les musulmans 83% des arabes israéliens.
Les chrétiens non arabes 1% seulement officiellement, mais ce chiffre ne correspond plus guère à la réalité du terrain.
La présence chrétienne en Israël est visiblement très composite. Les communautés chrétiennes se répartissent entre une vingtaine d’Eglises anciennes et autochtones, et une trentaine d’autres confessions d’implantation plus récente, essentiellement protestantes. A l’exception des Arméniens, les confessions autochtones sont de culture et de langue arabe.

Si l’on établit une liste nominative de ces communautés, on obtient le tableau suivant :

1/Les Eglises orthodoxes, supérieures en nombre :
Eglise orthodoxe grecque, Eglise orthodoxe russe. Le patriarche orthodoxe ne réside à Jérusalem que depuis 1845, puisqu’auparavant, après la période des croisades, il avait été relégué à Constantinople.
Il existe des Eglises orthodoxes non-chalcédoniennes, (en désaccord avec les conclusions dogmatiques de Chalcédoine en 451) comme les Arméniens, les Coptes, les Ethiopiens et les Syriens.
2/L’Eglise catholique romaine se répartit en plusieurs branches, latine et orientale. Le patriarche latin siège à Jérusalem, seulement depuis 1847, c’est un prélat arabe palestinien. Ce fut longtemps Michel Sabbah, bien connu pour ses positions anti-israéliennes, et c’est aujourd’hui Mgr Fwad Twal, dans une sensibilité plus mitigée.
Au Saint-Sépulcre et à la basilique de la Nativité, les offices sont en latin, en raison des multiples nationalités présentes. Dans le reste du pays, depuis le Concile Vatican II, c’est la langue arabe chez les arabes chrétiens, mais il y a maintenant aussi l’hébreu dans les communautés catholiques hébraïques en expansion.
L’Eglise maronite est d’origine syro-libanaise, en communion avec Rome depuis le 12èmesiècle. La plupart des fidèles résident en Galilée, et les offices sont en syriaque (araméen ancien). Le patriarche maronite réside à Jérusalem depuis 1895.
L’Eglise melkite (grecque-catholique) issue de l’Eglise d’Antioche a rejoint la juridiction de Rome au 18ème siècle. Il y a un archidiocèse de Galilée depuis 1752. La liturgie est en grec et en arabe.
L’Eglise syrienne catholique, issue de l’Eglise syrienne orthodoxe a rejoint la juridiction de Rome en 1663. Un vicaire patriarcal réside à Jérusalem depuis 1890. Liturgie en grec et en arabe.
L’Eglise arménienne catholique issue de l’Eglise orthodoxe arménienne a rejoint la juridiction de Rome en 1741, avec un vicaire patriarcal à Jérusalem depuis 1842. Liturgie en arménien.
L’Eglise chaldéenne catholique, issue de l’ancienne Eglise assyrienne apostolique, rattachée à Rome depuis 1551, avec un patriarche à Bagdad et un représentant à Jérusalem. La liturgie est en syriaque.
L’Eglise copte catholique est issue de l’Eglise copte d’Alexandrie et rattachée à Rome depuis 1741.
3/Quant aux communautés protestantes, elles sont également nombreuses et variées. Leur implantation date seulement du début du 19ème siècle avec l’établissement de missions à Jérusalem. Elles ont surtout attiré des chrétiens arabes d’origine orthodoxe.
La Prusse décida d’établir un évêché commun anglican-luthérien à Jérusalem. L’Eglise d’Angleterre l’éleva au rang d’archevêché anglican en 1957. En 1976, il y eut la création d’une Eglise protestante épiscopale à Jérusalem, avec la nomination d’un évêque arabe. C’est la communauté protestante la plus importante en Terre Sainte.
Lorsqu’en 1886 l’alliance anglo-prussienne vola en éclats, l’Eglise luthérienne allemande se donna une structure ecclésiale indépendante, avec la nomination d’un évêque luthérien arabe en 1979. Le nombre de ses fidèles arabes chrétiens est en constante augmentation.
Notons encore la présence des Eglises luthériennes danoise, suédoise, et anglaise, ainsi que la Mission norvégienne. L’Eglise presbytérienne d’Ecosse a établi sa première mission en Galilée en 1840. l’Eglise baptiste a installé sa première congrégation à Nazareth en 1911.
En 1980, l’ambassade chrétienne à Jérusalem a été fondée par des protestants fondamentalistes, en solidarité avec le siège du gouvernement israélien établi dans la cité sainte de Jérusalem. Cette antenne est soutenue surtout par des congrégations américaines.

Ce qui régit la liberté religieuse en Israël est de droit constitutionnel :

⇒ En effet, dès 1948, la déclaration d’indépendance de l’Etat d’Israël stipule : 
« l’Etat est fondé sur la liberté, la justice et la paix telles que formulées par les prophètes d’Israël. Ce qui induit une parfaite égalité dans les droits sociaux et politiques pour tous ses habitants indépendamment de leur religion, race ou sexe. Ce qui garantit la liberté de religion, conscience langue, éducation et culture ».
Israël est le berceau du judaïsme puis du christianisme qui en est issu. Le pays recèle de nombreux sites considérés comme lieux saints par les fidèles du judaïsme, du christianisme, mais aussi de l’islam qui a fait de Jérusalem son troisième lieu saint après La Mecque et Médine.
La liberté d’accès est partout assurée à tous. Mais on sait que le Mont du Temple est un lieu particulièrement exposé et que des troubles éclatent fréquemment autour d’Al Aqsa laissé volontairement par Israël – malgré son droit de regard officiel – à l’administration du Waqf.
En 1967, une loi a été édictée aussitôt après la guerre des six jours, et la prise de souveraineté israélienne s’est effectuée sur des lieux antérieurement occupés par la Jordanie (où l’accès n’était pas laissé libre à tous). Elle précise ainsi que toute profanation d’un lieu saint juif, chrétien ou musulman sera punie de prison.
Dans les chiffres officiels, il est dit que le nombre de chrétiens approche le 3% actuellement en Israël. Mais le chiffre est sans doute bien supérieur.

Chrétiens en Israël, Semaine sainte et Noël

« nous sommes minoritaires ici, en Israël, mais au moins on a le droit de se montrer dans la rue

A Jérusalem, la fête des Rameaux rassemble un nombre impressionnant de chrétiens du pays auxquels se mêlent les pèlerins venus du monde entier. La procession se déroule dans la ville sainte sous la protection de la police israélienne qui bloque la circulation pour faciliter le mouvement de foule qui célèbre la Passion de Jésus et qui se déplace du Mont des Oliviers jusqu’à la vieille Ville. Cette tradition des Rameaux a été établie au 4ème siècle, puis elle fut interdite après l’islamisation du pays, interdiction qui ne sera levée qu’en 1933 par les Britanniques gestionnaires du Mandat sur la Palestine.
Un frère bénédictin allemand exprime à sa manière sa joie d’exprimer publiquement sa foi :
« nous sommes minoritaires ici, en Israël, mais au moins on a le droit de se montrer dans la rue, cela manifeste clairement que les autorités israéliennes respectent la liberté de culte! »
Les chrétiens vivant en Israël sont majoritairement des chrétiens arabes, plus exactement, de culture arabe. Leur sort est assez différent de celui des chrétiens des Territoires palestiniens, même si en 1948 beaucoup ont connu également les déplacements de population, des expropriations de terres. S’ils rencontrent parfois des difficultés avec l’administration, ce n’est pas en tant que chrétiens mais en tant qu’arabes ; cependant, dans un Etat de droit, il y a toujours la possibilité de dénoncer une injustice et de faire recours, ce qui n’est pas le cas ailleurs.
Les arabes chrétiens vivant en Israël n’émigrent pas, au contraire de ce qui se passe pour ceux des Territoires, de plus en plus en proie à des problèmes de coexistence avec les musulmans devenus majoritaires, sur fond de durcissement islamiste généralisé.
Nazareth est la ville d’Israël qui compte le plus de chrétiens arabes, environ 20000 âmes. Ce qui ne représente plus qu’un tiers de la population de la cité, les deux autres tiers étant maintenant musulmans, et en rapide progression démographique. Les chrétiens arabes de Nazareth constituent ainsi à eux seuls le 16% de l’ensemble des chrétiens arabes d’Israël.
Pour Noël, il y a foule à la Basilique de l’Annonciation, avec la participation systématique, chaque année, d’un ministre israélien, l’office étant retransmis sur les chaînes israéliennes, parallèlement à la messe de Bethléhem, diffusée par les chaînes palestiniennes.
Il y a foule également à la messe de minuit grecque-catholique de l’Eglise de la Synagogue, toujours à Nazareth, paroisse du curé Emile Shoufani. C’est un prêtre arabe catholique de rite oriental, au passeport israélien, qui travaille à la coexistence pacifique entre chrétiens et juifs, mais aussi entre chrétiens, juifs et musulmans. Il dirige une école qu’il a fondée où les élèves chrétiens et musulmans ont des professeurs juifs et chrétiens.
(Emile Shoufani a reçu la distinction française d’officier de la Légion d’Honneur pour honorer son travail de réconciliateur interconfessionnel. L’Ambassadeur français lui a dit lors de cette cérémonie: « Ce qui illustre la conviction qui vous anime, c’est la continuité du message de l’ancien testament et du nouveau testament, celle de l’harmonie entre la foi juive et le christianisme, c’est la manière dont vous dites que votre paroisse de Nazareth a peut-être été la synagogue où le Christ a inauguré sa prédication ».)
Le père Emile Shoufani, curé de Nazareth, dont le grand-père et l’oncle ont été tués lors des événements de 1948, s’est donné pour objectif de travailler à surmonter les clivages entre juifs et arabes, entre chrétiens et musulmans, il demande explicitement à tous d’accepter le retour des juifs sur leur terre. Sa famille venant du Liban – comme une majorité d’arabes chrétiens de la région – s’était installée à Eilaboun au début du 19ème siècle. Le père Shoufani refuse que le rapprochement inter-arabe entre chrétiens et musulmans pour des raisons politiques se fasse contre les juifs. Depuis son ordination en 1971, il crée des ponts entre personnes et entre communautés. Il a accompagné à maintes reprises des groupes d’étudiants à Auschwitz.
Cette posture remarquable est particulièrement réalisable dans la société israélienne. Dans son ouvrage « Vie et mort des chrétiens d’Orient* » Jean-Pierre Valognes affirme :
« La condition des chrétiens d’Israël est sans équivalent dans tout le Moyen-Orient. Nulle part ailleurs, les minorités chrétiennes ne disposent de garanties inhérentes à la démocratie et à l’état de droit, dont Israël demeure dans la région l’incarnation la plus authentique. Personne ne meurt sous l’administration israélienne au nom de sa religion. Sur les 400 églises et lieux de culte chrétiens du pays, un grand nombre ont été construits depuis la proclamation de 1948 ».
Dans le même sens, le directeur du Centre des études religieuses comparées de la Fondation Agnelli souligne :
« L’Etat israélien affirme l’égalité de tous les cultes devant la loi, même si la religion juive a une certaine prééminence du fait qu’elle représente 80% de la population et que l’Etat israélien se proclame Etat du peuple juif ».
Etat du peuple juif ne signifie pas – comme le claironnent les médias – « Etat juif » au sens restrictif en matière de liberté religieuse. Dénomination fidèle à l’histoire, que certains médias osent affubler du terme « apartheid »…
Il est un fait que les chrétiens arabes n’ont pas éprouvé le besoin de créer un parti arabe chrétien à la Knesset pour défendre leurs intérêts communautaires, alors que depuis 1996, les militants de la mouvance islamique se sont fait représenter au Parlement israélien.
Selon un sondage, le 75% des arabes israéliens, chrétiens et musulmans confondus, sont d’accord pour qu’Israël soit défini comme Etat juif et démocratique.
Rameh. L'embaument du corps du Christ. Eglise orthodoxe grecque
Rameh. L’embaument du corps du Christ. Eglise grecque orthodoxe
En Galilée, le village de Rama est à 75% chrétien, avec quatre églises, grecque-orthodoxe, melkite, latine et baptiste.
Pour le père Emile Shoufani, curé de Nazareth, le terme de minorité chrétienne en Israël n’est pas adéquat.
Numériquement, c’est vrai, dit-il ; mais une minorité – habituellement – a tendance à se replier sur elle-même, or ici ce n’est pas le cas. Car en plus de ses habitants de confession chrétienne, Israël draine chaque année plus d’un million de pèlerins chrétiens du monde entier, et récemment on voit que les chiffres sont à la hausse.
Signe évident de cette sérénité des arabes chrétiens d’Israël, ils n’émigrent pas. Il y a une confiance en la stabilité de l’Etat, des garanties de sécurité et surtout de niveau social offert à tous les citoyens.
Un catholique de Bethléhem en Territoire palestinien disait même avec un ton de regret et d’envie :
« Soyons lucides, la seule communauté chrétienne qui ne régresse pas mais qui se développe constamment au Moyen-Orient est celle qui vit en Israël. Ils n’ont vraiment aucune raison de quitter le pays ».
Les chrétiens d’Israël sont en effet de plus en plus nombreux :
Selon les statistiques officielles, la population israélienne compterait 2,15 % de chrétiens soit 150’000 personnes. En réalité, ils sont infiniment plus. Car à côté des 120’000 chrétiens arabes recensés, et des quelque 30’000 chrétiens occidentaux résidents permanents, il y aurait autour de 300’000 chrétiens non déclarés.
Ces chrétiens, invisibles dans les chiffres, sont visibles sur le terrain, ce sont non pas des arabophones, mais surtout des russophones. La forte immigration de ces décennies, constituée de Russes bénéficiant de la loi du retour, a modifié les équilibres antérieurs.
A eux s’ajoutent encore les travailleurs immigrés philippins, roumains et africains résidents qui pratiquent régulièrement leur religion sur place, ainsi que des chrétiens réfugiés du Soudan et accueillis en Israël au nombre de plusieurs milliers.
Dès les années 90, après la désintégration de l’ex Union soviétique, 1,2 million d’immigrants russophones sont arrivés en Israël, en obtenant la citoyenneté israélienne, pour autant qu’ils aient un parent juif (époux, épouse, père, mère ou grand-parent). L’approche des services de l’Etat est assez souple à cet égard, même si les rabbins contestent parfois la judéité de ces personnes. Ces Russes sont des personnes dont un membre au moins de la famille est d’origine ashkénaze et leur nombre massif au profil plutôt laïque est venu faire contrepoids à celui des sépharades et des juifs ultra-orthodoxes locaux.
Les responsables politiques ont sans doute imaginé qu’un certain nombre de ces immigrants russes d’origine juive s’assimilerait peu à peu au judaïsme, puisque la vie sociale est structurée autour des fêtes juives – comme les nations européennes qui vivent au rythme du calendrier chrétien, y compris pour les laïcs. En réalité, cette greffe de populations russe a donné naissance à tout un ensemble indéfinissable de personnes reliées à la fois aux traditions juives et aux traditions chrétiennes. Ainsi, un certain nombre de ces familles établies en Israël vont à la messe orthodoxe mais font circoncire leurs enfants et célèbrent les fêtes juives comme une tradition familiale qui rassemble.
Il y a d’ailleurs des personnalités célèbres de prêtres orthodoxes eux-mêmes d’origine juive, comme le père Alexandre Men, assassiné il y a quelque années à Moscou par des extrémistes antisémites. Le père du député israélien Edelstein à la Knesset était lui-même prêtre de l’Eglise orthodoxe et juif. A Tel Aviv, des Russes de double appartenance vont prier à l’église de l’archiprêtre Winogradsky lui-même d’origine juive.
Globalement, il s’opère un rééquilibrage favorable à l’Eglise orthodoxe en Israël, maintenant majoritaire ; cela, face aux catholiques jusqu’à il y a peu les plus nombreux et qui étaient soutenus par des aides de l’Occident. Les russophones sont le 20% de la totalité des chrétiens en Israël.
Les ouvriers étrangers représentent une part significative de chrétiens nouvellement arrivés en Israël. Parmi les 250000 travailleurs étrangers vivant en Israël, un grand nombre sont des orthodoxes, surtout des Erythréens, d’autres sont des catholiques : des Philippins, des Latino- Américains, des ressortissants de l’Inde, des Ukrainiens.
L’Eglise catholique locale parlant hébreu déploie ses services pour accompagner ces populations dont les enfants sont enseignés en hébreu à l’école. L’Eglise habituellement très présente aux chrétiens arabes a dû rééquilibrer sa pastorale vers des ethnies culturelles venues de plus loin. Beaucoup de ces chrétiens non arabes vivent à Tel Aviv. La loi obligeant tous les enfants étrangers à aller à l’école, même ceux des demandeurs d’asile et des réfugiés, ils entrent rapidement dans la culture israélienne, parlent hébreu. Les messes en hébreu sont de plus en plus importantes, comme à Tel Aviv avec des centaines de personnes à chacun des sept offices dominicaux.
De ce fait, les chrétiens non européens et non arabes ouvrent des voies nouvelles dans la rencontre entre chrétiens et juifs, car dans ce cas de figure on ne retrouve plus les contentieux et blocages habituels, soit avec une Europe disqualifiée par la shoah, soit avec l’antisémitisme congénital de la culture arabe, et par conséquent des dialogues spirituels sur d’autres bases sont possibles entre un juif israèlien et un philippin, un indien ou un africain de confession chrétienne.

Rapprochement juifs/chrétiens en Israël

En 1925, fut fondée l’Université hébraïque de Jérusalem. Cette université s’est aussitôt intéressée au christianisme. Joseph Klausner, professeur d’histoire et de littérature hébraïque a ouvert la réflexion avec son ouvrage : « Jésus de Nazareth, son temps, sa vie, sa doctrine* ». L’auteur voulait présenter aux juifs un Jésus fondateur du christianisme pleinement issu du judaïsme ; il l’a fait avec une méthode objective qui s’éloigne clairement des deux écueils habituels qui consistent soit à éloigner les juifs du christianisme, soit à les y convertir.
L’un de ses élèves, David Flusser, est devenu l’un des meilleurs spécialistes juifs du Nouveau Testament, selon l’expression du cardinal Martini lors de sa retraite à Jérusalem. Le professeur Flusser a aussi été l’un des fondateurs en 1956 du département d’étude des religions comparées à l’Université hébraïque de Jérusalem. Il y a actuellement sur ce campus, un centre d’études juives sur le christianisme créé en lien avec des catholiques belges.
De même qu’il y a à Jérusalem l’Institut Albert Decourtray, qui est un centre chrétien d’études juives ! Cet institut est dirigé par le père Michel Remaud, grand spécialiste de la littérature rabbinique et intertestamentaire. Il se trouve que des spécialistes juifs s’intéressent de plus en plus aux écrits du Nouveau testament comme témoins d’une période juive significative.
Il y a eu également l’impact du dominicain Marcel Dubois, responsable du département de philosophie à l’université hébraïque de Jérusalem.
Tout ce travail de compréhension mutuelle entre juifs et chrétiens, patiemment conduit depuis plus d’un demi-siècle en Israël dans la réciprocité, fait qu’aujourd’hui beaucoup de juifs israéliens ont – malgré les contentieux du passé – une perception positive du christianisme et des chrétiens.
L’Etat d’Israël subventionne de la même manière les écoles chrétiennes que celles de l’éducation nationale. Même option pour la construction et l’entretien des églises ou des cimetières.

Chrétiens en territoires palestiniens

Peut-on encore parler globalement des chrétiens d’Orient comme si leur situation et leurs conditions d’existence étaient partout semblables en Territoires palestiniens, en Israël, en Jordanie, au Liban ?…
Comparativement, en Irak, le nombre des chrétiens s’est effondré à moins de 200 000. En Israël, en revanche, ce nombre ne fait qu’augmenter régulièrement, c’est là qu’il y a le plus de chrétiens !
A l’inverse, en Territoire palestinien, depuis la montée en puissance du Hamas à Gaza, les conditions se sont détériorées pour les chrétiens. Il y a partout la menace de l’islamisme radical inspiré des Frères musulmans, et les règlements de compte fréquents entre membres du Hamas et du Fatah autour du pouvoir ont envenimé les choses. C’est ainsi que le responsable de la seule librairie chrétienne de Gaza a été assassiné. (On estime actuellement à un nombre entre seulement 1 500 à 2 000 personnes les chrétiens vivant au milieu d’un million deux cent mille musulmans gazaouis).
Dans l’ensemble des Territoires, Gaza et Cisjordanie, Jérusalem-est, ce ne serait maintenant pas plus de 45 000 chrétiens qui vivraient au milieu des 5 millions de palestiniens musulmans.
Pour l’ensemble des chrétiens, on évalue une répartition avec 50% d’orthodoxes, 30% de catholiques, et 20% de protestants.
L’ancien nonce apostolique en terre sainte, Mgr Pietro Sambi disait :
« En Israël, être arabe chrétien veut dire être à la fois arabe, et israélien, entouré par une majorité culturelle de juifs et de musulmans.
Et du côté palestinien, être arabe chrétien, cela signifie lutter avec la majorité de la population pour l’indépendance nationale, mais au milieu d’une majorité musulmane qui montre des attitudes anti-chrétiennes. »
Les chrétiens des Territoires palestiniens sont tiraillés entre deux pôles :
  • ceux que le discours officiel appelle les « occupants juifs » d’une part,
  • et les militants islamistes, d’autre part.
On sait que la constitution du futur Etat palestinien prévoit l’islam comme religion d’Etat, avec la charia comme base de la législation. Les jeunes chrétiens palestiniens sont souvent d’un niveau culturel plus évolué que les musulmans. Leurs familles (qui n’ont que 2 ou 3 enfants, pour plus d’une dizaine chez les musulmans) ont souvent plus de moyens, c’est ainsi qu’ils parlent fréquemment une langue étrangère en plus de l’arabe.
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Confrontés culturellement, économiquement, les chrétiens palestiniens expriment leur déconvenue, ce que reflètent les propos d’un catholique de Bethlehem :
« Les musulmans nous considèrent comme des infidèles, des athées, car pour eux un arabe ne peut être que musulman. Les juifs nous considèrent comme des arabes, donc comme des partenaires potentiels des islamistes ».
Et il dénonce l’emprise islamiste sur la ville de Bethlehem qui est devenue à majorité musulmane à 80% alors qu’elle était à 80% chrétienne en 1950.
La période Arafat a contribué à ces bouleversements démographiques et à ces changements au détriment des chrétiens. A Bethléem, le Raïs avait nommé un gouverneur musulman, et avait converti le monastère grec orthodoxe près de l’église de la Nativité en résidence personnelle pour ses soirées particulières.
Les chrétiens palestiniens se plaignent de la pression islamiste qu’ils ressentent de plus en plus dans les Territoires. Ils subissent des violations constantes de leurs droits humains. Incivilités, insultes, crachats sont le lot quotidien pour beaucoup, sans parler du grignotage foncier et des extorsions qui les isolent de plus en plus. A Ramallah, à Taibeh, des incidents très graves ont opposé des chrétiens à des agresseurs musulmans à plusieurs reprises.
Lorsqu’on dialogue avec des chrétiens palestiniens qui parlent avec sincérité, on sent une crainte que leurs propos ne soient publiés. Ils se sont habitués à souffrir en silence et ont peur d’aggraver leur situation s’ils la font connaître en Occident. (J’ai eu l’occasion de partager toute une journée avec le P. Yakoub AbdenNour, curé de Beit-Jala durant 30 ans, et qui m’a confirmé dans le détail ces conditions de vie épuisantes).
Beaucoup quittent discrètement les Territoires, et une diaspora considérable de chrétiens de la région vit aujourd’hui à Sidney, Berlin, Santiago, Detroit et Toronto…
Le pasteur Naim Khoury, arabe chrétien de la vieille ville de Jérusalem, a écrit un témoignage sur la maltraitance de la minorité chrétienne dans la société palestinienne. Il souligne la dissymétrie entre les écoles chrétiennes et les écoles musulmanes : dans les écoles chrétiennes protestantes, les élèves musulmans ont libre accès au cours de coran et ne sont pas obligés de suivre le catéchisme. Dans les écoles musulmanes, les élèves chrétiens n’ont pas droit au cours de Bible et doivent impérativement se faire enseigner le coran !
80% des enfants qui fréquentent les écoles chrétiennes sont musulmans, du fait que leurs parents estiment que l’enseignement est de meilleure qualité.
Sans doute n’y a-t-il pas que des données actuelles ou conjoncturelles pour expliquer ces problèmes que vivent les chrétiens au milieu des musulmans.
C’est initialement après la conquête islamique au 7ème siècle, que le statut des chrétiens (dhimmi) s’établit sur la base du pacte d’Omar et qu’ils sont réduits à une position de second plan, arbitraire et instable. L’opinion musulmane a tendance à voir dans les chrétiens des étrangers et des traîtres, alors qu’ils étaient là bien avant l’arrivée des conquérants musulmans. D’où la tendance des chrétiens à camoufler leurs difficultés de cohabitation avec les musulmans et à les minimiser tout en en souffrant profondément.
Il y a une pression permanente de l’islam sur les milieux chrétiens, on fait comprendre à ceux-ci que l’appartenance au monde arabe a un prix lorsque l’on est chrétien. Dans la poésie arabe, on trouve par exemple ce poème racoleur de Wadi El Boustani :
« Oui je suis un chrétien,
Demande-le moi aujourd’hui et demain
Mais je suis un arabe qui aime Mahomet… »
Dans la même veine, un penseur chrétien orthodoxe, Khalil Iskandar al Qubrusi écrit un étrange ouvrage dédié aux chrétiens de Palestine, dont le titre est :
« Un appel aux arabes chrétiens pour qu’ils embrassent l’islam » Et il dénonce le christianisme des Européens comme étant une religion corrompue, et il montre l’islam comme religion bienveillante, égalitaire et démocratique, base de l’unité arabe et de la revendication de la nation arabe en Orient.
Dans le sens inverse, sous la période mandataire britannique, en 1932, le chrétien Khalil al Sakakini écrivait cette déclaration désabusée pour mettre en garde son fils :
« Qu’importe que mon patriotisme soit sincère ou non, qu’importe ma contribution à la renaissance de cette nation, tant que je ne suis pas un musulman, je ne suis rien !
 Si les gens m’aiment et me respectent, c’est lorsqu’ils pensent que je suis plus proche de l’islam que du christianisme»
C’est cette pression continuelle de l’islam sur les chrétiens qui a abouti à la mise en place d’une sorte de front islamo-chrétien en Palestine, ligne de pensée politico-religieuse qui structure encore beaucoup de réalités locales dans la région. L’antisémitisme séculaire recoupe ici la lutte politique.
Le retour des juifs en Terre sainte déjà annoncé au cours des siècles précédents et commencé à la fin du 19ème siècle, a abouti à la proclamation d’un état-nation moderne en 1948 ; et cette réalité est vécue par beaucoup d’arabes de la région – musulmans mais aussi chrétiens – comme une parenthèse malheureuse de l’histoire. La Nakba (catastrophe).
Il y a d’ailleurs en Territoire palestinien un centre tenu par un religieux anglican, le révérend Ateek, particulièrement agressif et qui remet en selle la vieille théorie du remplacement, se basant sur l’idée que les juifs n’ont pas de légitimité dans la région. Il développe à partir de là une « théologie de la libération palestinienne », où son Jésus est une sorte de Che Guevara, totalement déjudaïsé, qui chasse les intrus juifs, et dont le combat consiste à en faire une terre arabe…
Le père Michel Remaud, directeur de l’institut Albert Decourtray à Jérusalem, dit ceci :
« Ce pays est la terre natale du peuple juif qui retrouve ses racines après des années d’exil, et c’est aussi la patrie du christianisme, qui se sentquelque peu délogé par ce retour ».
Mais dit-il, en développant ce que dit par ailleurs le Magistère
« Si Dieu est fidèle à sa promesse à l’égard du peuple juif, c’est que l’histoire n’est pas achevée. Nous chrétiens, avons seriné le thème de l’aveuglement du peuple juif pendant des siècles, alors que nous étions nous-mêmes aveugles, nous qui n’avons pas su voir que la pérennité de ce peuple était le signe de la fidélité de Dieu. »
Le curé palestinien de Nazareth, Emile Shoufani, met lui aussi le doigt sur le point sensible du problème :
« Si les tensions politiques n’arrangent rien, elles n’expliquent pas tout. Il subsiste un fond antijuif dans l’esprit chrétien, ici comme en Occident »
Il est vrai, et c’est une autre clé de lecture, que l’esprit du concile Vatican II n’a pas réussi à beaucoup faire évoluer les mentalités en Terre Sainte.
Vatican II avait mis fin à la théorie pseudo-théologique de la substitution (l’Eglise remplace Israël le déicide) mais même si ces accusations séculaires ont été dénoncées par les travaux du Concile et ne sont plus enseignées au catéchisme, elles continuent d’imprégner les attitudes des chrétiens arabes envers les juifs et le judaïsme. Lors du jubilé de l’an 2000, le geste de Jean-Paul II insérant sa prière dans le mur du Kottel à Jérusalem, s’il a bouleversé les téléspectateurs israéliens, n’a pas spécialement plu aux chrétiens palestiniens qui se sont demandé ce que cela signifie. Les « juifs nos frères aînés, les promesses irrévocables », qu’est-ce que c’est que cette histoire ? Est-ce que cela signifie leur retour sur cette terre ?
Le père Shoufani analyse très bien la situation :
« Le problème majeur de l’Eglise est qu’elle ne voit dans le peuple juif que le peuple de la Bible. Or, il existe un Etat juif, un peuple juif, qui respecte ses fêtes. Il est difficile à l’Eglise de reconnaître que le peuple juif est vivant dans sa tradition. On croyait que les juifs devaient disparaître ou se convertir…Cet enseignement multiséculaire de l’Eglise est en contradiction avec la réalité actuelle… »
Jean Paul II a en effet montré une voie de reconnaissance mutuelle entre chrétiens et juifs. Il a clairement fait comprendre qu’Israël n’est pas un simple avatar de la seconde guerre mondiale, mais la réalisation moderne, à l’époque des états-nations, d’une aspiration légitime ininterrompue depuis la destruction du temple de Jérusalem au 1ersiècle.
Le pape Benoît XVI qui a poursuivi dans la ligne de son prédécesseur, a manifesté son souci de redéfinir les points de repères essentiels du dialogue œcuménique dans lequel est impliqué le judaïsme, d’une part, et les critères du dialogue interreligieux, en particulier avec l’islam, d’autre part.
Pour terminer sur ce chapitre des ambiguïtés, deux documents émanant de milieux chrétiens :
  • le premier est issu du Synode des évêques du Moyen Orient à Rome, fin 2011,
  • le second est une Déclaration récente du Conseil Œcuménique des Eglises de Genève.  
Le premier texte, comme le second d’ailleurs, est problématique : le document s’appellecairos, « un moment de vérité », il est signé par des personnalités chrétiennes de Terre sainte et conclut que le seul problème pour les chrétiens palestiniens est l’occupation par Israël des Territoires, situation qu’il définit comme « un péché contre Dieu et l’humanité ». Ce document controversé a été clairement récusé par le P. Pizzaballa, Custode de Terre Sainte, le plus haut responsable à Jérusalem, qui déclare : « ce document n’est pas un document officiel de l’Eglise catholique ni de l’Eglise de Terre sainte. »
Le second texte, celui du COE, se nomme « la foi sous occupation ». Il désigne également l’Etat hébreu comme source de tous les problèmes et souligne que les chrétiens palestiniens sont allergiques au sionisme chrétien, très développé dans des milieux évangéliques aux USA, en Corée et dans certains pays africains, mais aussi en Europe.
Enfin, sous le pontificat du pape François, il faut mentionner l’impact du document romain (Les dons et l’appel de Dieu sont irrévocables) promulgué fin 2015, tout récemment, et qui reprend la thématique fondamentale des liens intrinsèques entre judaïsme et christianisme. Clarifier les bases communes et éclairer les différences et les désaccords fondamentaux, analyser les faits et les témoignages du terrain au regard de l’histoire et de la théologie, c’est aussi une manière de poursuivre l’indispensable marche en avant vers la paix, et cela s’accompagne d’initiatives constructives de dialogue, d’échanges, de réalisations, cela nous concerne tous.
Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Abbé Alain René Arbez pourDreuz.info.
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