mardi 2 août 2016

En finir avec l’aide américaine à Israël. Daniel Pipes.......


Il y a exactement vingt ans, un Premier ministre israélien fraîchement élu, un certain Benyamin Netanyahou, annonçait de façon spectaculaire devant le Congrès américain réuni :
Nous sommes profondément reconnaissants pour tout ce que nous avons reçu des États-Unis, pour tout ce que nous avons reçu de cette assemblée, de cette institution. Cependant je crois que le plus grand hommage qu’on puisse rendre à l’Amérique pour l’aide économique qu’elle procure depuis si longtemps à Israël, c’est que nous soyons en mesure de dire :

« Nous sommes sur le point d’acquérir notre indépendance économique. Nous sommes sur le point d’y arriver. Dans les quatre prochaines années, nous allons entamer le processus à long terme de réduction progressive de l’aide économique généreuse que vous procurez à Israël. » Je suis convaincu que notre politique économique va poser les fondations d’une autosuffisance complète et d’une économie forte et robuste.

 Netanyahou s’adressant au Congrès américain en juillet 1996.

Même si Netanyahou a occupé la fonction de Premier ministre pendant environ la moitié des années qui nous séparent de ce discours de juillet 1996, et même si l’aide économique a pris fin en 2007, l’aide militaire de l’Amérique à Israël a pratiquement doublé et est en constante augmentation. Si bien que les services du Premier ministre Netanyahou viennent d’annoncer l’envoi d’un émissaire à Washington chargé de signer « un nouveau protocole d’accord entre les deux pays dans les plus brefs délais » en vue d’expédier un transfert annuel de 3,8 milliards de dollars d’aide américaine à Israël pour les dix prochaines années.
Pourtant, l’objectif de Netanyahou d’autosuffisance était déjà à l’époque pertinent (je considère l’aide économique et l’aide militaire comme équivalentes dans la pratique étant donné que l’une et l’autre impliquent des transferts d’argent fongible). Quantité de recherches ont montré que l’aide au développement, pratique qui a débuté après la Seconde Guerre mondiale, a eu un impact négligeable sur la croissance économique. Des politiques saines – marché libre, prix équitables, encouragement à l’exportation, respect strict des règles macroéconomiques – pèsent par contre bien plus dans la balance. Les pays qui mènent une politique raisonnée sont en bonne place dans la course au développement ; par contre ceux qui ne disposent pas d’une telle politique peinent, indépendamment de l’aide qu’ils reçoivent, à se maintenir dans la course.
Déjà en 1966, l’économiste Albert O. Hirschman indiquait que les projets de développement sont tous des projets à problèmes. Au cours de sa brillante carrière, Peter T. Bauer a montré que l’aide au développement (qu’il définissait avec une piquante ironie comme le « processus par lequel les pauvres des pays riches subventionnent les riches des pays pauvres ») non seulement n’a pas fonctionné mais en plus a engendré de nombreux effets indésirables sur les pays bénéficiaires.
Ce mécanisme n’est pas moins vrai en ce qui concerne Israël. Dans un article paru en 1995 dans le Middle East QuarterlyJoel Bainerman, un journaliste spécialisé dans les questions économiques, a montré que l’aide américaine « a, sur le court terme, des effets bénéfiques mais constitue, sur le long terme, un handicap pour la compétitivité du pays » en faussant l’économie. L’aide a par exemple conduit à la construction de logements dans des endroits inadéquats et a provoqué une hausse artificielle de la consommation. Elle a également nui à la souveraineté d’Israël, Jérusalem étant redevable envers Washington, son protecteur.
Heureusement, même si Netanyahou a perdu de vue ce qu’il avait déclaré naguère, d’autres l’ont bien gardé en mémoire. C’est notamment le cas d’un ancien général qui, comme l’a montré Barbara Opall-Rome dans un article intitulé « Ex-Israeli General : US Aid Harms and Corrupts », estime que son pays serait de loin meilleur – et l’alliance entre Israël et l’Amérique plus forte – si on réduisait l’aide militaire américaine.
Le général major de réserve Gershon Hacohen, qui fut commandant du Corps Nord d’Israël et est à présent chercheur au Begin-Sadat Center for Strategic Studies (BESA), pense que l’aide américaine « corrompt et fait du tort » à Israël et plaide en faveur d’une réduction de cette aide : « si cela pouvait se faire d’une façon calculée et planifiée, notre souveraineté, notre autosuffisance militaire et nos capacités industrielles seraient restaurées. »
Hacohen pointe du doigt le fait que, contrairement à ce qu’on pense, la dépendance d’Israël vis-à-vis de l’aide militaire américaine à long terme sert davantage les intérêts américains que les intérêts israéliens. Cela est dû au fait que ce qu’il appelle la « dépendance totale » d’Israël vis-à-vis de l’aide américaine augmente la confiance aveugle d’Israël en la puissance aérienne et décourage toute pensée innovante en matière de guerre au sol.
« Israël a une telle addiction pour les plates-formes avancées américaines et à l’armement que celles-ci fournissent, que nous avons arrêté de faire preuve de créativité sur le plan des concepts opérationnels. Depuis des générations, nous sommes prisonniers de l’idée de savoir comment améliorer notre technologie alors que ce n’est pas nécessairement la façon adéquate de penser quand il s’agit d’affronter des ennemis qui innovent constamment dans des conflits asymétriques. … L’amertume des choses que nous réalisons nous-mêmes est préférable au goût suave de privilèges qui peuvent nous emprisonner. »
Par ailleurs, le fait de se libérer de l’aide américaine permettrait l’évacuation d’une source majeure de tension : « Une fois que nous ne dépendrons plus d’eux sur le plan économique, le partenariat pourra s’épanouir. »
Les individus ne sont jamais aussi bien que quand ils sont autonomes. Cela vaut aussi pour les pays. Israël dispose d’un PIB de plus de 300 milliards de dollars et d’un revenu par habitant d’environ 40.000 dollars. L’Amérique aura un meilleur allié en mettant fin de façon intelligente à sa politique d’aide au développement. 

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