jeudi 21 juillet 2016

Turquie : l'Europe, "idiot utile" d'Erdogan......


Le président turc avait liquidé l'héritage kémaliste sous le regard attendri des Européens. Le putsch raté lui offre le prétexte de neutraliser l'opposition.


« Idiot utile » : l'expression est attribuée à Lénine. Le concepteur de l'URSS aurait ainsi désigné les naïfs compagnons de route qui contribuaient à asseoir le sanglant pouvoir des communistes avec les meilleures intentions du monde. L'expression est peut-être apocryphe, Lénine, selon les archives, utilisait plutôt le mot « imbécile », qui n'est guère plus flatteur. La démarche politique est, en tout cas, limpide et s'applique avec pertinence aux rapports entre l'Europe et la Turquie d'Erdogan.


Dès son arrivée au pouvoir en 2003, comme Premier ministre, Recep Tayyip Erdogan proclame la main sur le cœur sa farouche volonté d'arrimer son pays à l'Union européenne. Le processus est déjà amorcé : accord d'association en 1963, Union douanière en 1996. Depuis le sommet d'Helsinki de 1999, Ankara a été officiellement admis comme candidat à l'UE.
Erdogan veut accélérer le mouvement. Il est prêt, dit-il, à respecter les fameux « critères de Copenhague », une condition posée par les Européens : démocratie, État de droit, libertés publiques, droits de l'homme, économie de marché. Erdogan souscrit à tout. Sans sourciller le moins du monde.
Pour parvenir à remplir ce cahier des charges, il faudra, bien sûr, démanteler en partie le système mis en place par Moustapha Kemal, le père fondateur de la Turquie moderne. Un système avec beaucoup de défauts, mais qui garantit le caractère laïc de l'État et de l'administration. Avec, comme chien de garde, une armée omniprésente dans tous les secteurs de la société et de l'économie. Les Européens applaudissent ces nobles intentions.

L'« agenda caché » d'Erdogan

En décembre 2004, un Conseil européen (à Bruxelles) décide que les négociations pour l'adhésion de la Turquie commenceront l'année suivante. C'est chose faite en octobre 2005. Mais les ennuis commencent : la Turquie refuse de reconnaître la République de Chypre. Un détail.
En vérité, Erdogan, réaliste, ne croit sans doute pas un instant que son pays puisse un jour devenir membre de l'UE. À ce jour, un seul (Science et recherche) des 35 chapitres de la négociation a été conclu.
L' « agenda caché » de l'ancien (?) Frère musulman est ailleurs : liquider l'héritage kémaliste, redonner une place centrale à l'islam, neutraliser les contre-pouvoirs, rétablir la puissance ottomane. Il modifie la Constitution, se fait élire président de la République, musèle l'opposition, met au pas les médias. Il utilise le flux des malheureux migrants comme moyen de pression sur l'Europe, ouvrant ou fermant le robinet en fonction du marchandage avec l'UE. Avec succès : 6 milliards d'euros devaient être versés à la Turquie d'ici 2018 en échange de sa récente « bonne volonté ». Sur la Syrie, il navigue dans l'ambiguïté, jouant un jeu trouble avec Daech avant de durcir le ton à la suite des attentats meurtriers commis par le groupe État islamique sur le sol turc.
L'échec de la récente tentative de putsch lui donne l'occasion de parachever ses ambitions. On embastille à tout-va : 6 000 militaires, dont 133 généraux, 755 magistrats. On limoge comme on déboise : plusieurs dizaines de milliers de fonctionnaires sont remerciés. On parle de rétablir la peine de mort. La Turquie s'éloigne de l'Europe à tire d'aile. A-t-elle vocation à demeurer dans l'Otan si les dérives actuelles se poursuivent ? La question mérite, au moins, d'être posée.

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