mardi 26 juillet 2016

A Nouakchott, la Ligue Arabe confirme son inutilité.....


La Ligue arabe fut fondée le 22 mars 1945 au Caire par sept pays, l'Égypte, l'Arabie saoudite, l'Irak, la Jordanie, le Liban, la Syrie et le Yémen du Nord, et compte aujourd'hui vingt-deux États membres. À l’origine, l'association visait à affirmer l'unité de la nation arabe et l'indépendance de chacun de ses membres. C’est pourquoi l'action de la Ligue fut d'abord dirigée contre l'ingérence des puissances coloniales européennes dans la région, en l'occurrence la France et le Royaume-Uni.



            Mais à partir de 1948, l'État d'Israël fut considéré comme un intrus dans le monde arabe, rendant son existence illégitime. La noble cause initiale de la Ligue Arabe, consistant à se battre pour libérer ses membres du colonialisme, a été dévoyée.  Presque tous les sommets de la Ligue arabe auront alors pour thèmes les événements spécifiques du conflit avec Israël et les résolutions les plus importantes concerneront d'ailleurs la Palestine. 

          Mais lorsque le 17 septembre 1978, l'Égypte signa les accords de Camp David avec Israël, la Ligue décida du transfert de son siège du Caire à Tunis tout en se privant de son membre le plus puissant, l’Égypte qui fut exclue pendant 10 ans. Cela entraîna une baisse notable de l’influence de la Ligue bien qu’elle n’ait jamais fait ses preuves.

Un nouveau sommet s’est tenu à Nouakchott, en Mauritanie, le 25 juillet 2016, sans les deux plus importants pays arabes, l’Arabie saoudite et l’Égypte, en raison des divisions qui secouent l’organisation. Contrairement aux époques fastes, seuls six chefs d'État étaient présents auprès du président mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz, ce qui a poussé les organisateurs du sommet à réduire sa durée à une seule journée. Les émirs du Qatar, du Koweït, les présidents du Yémen, du Soudan, des Comores et de Djibouti ont fait le déplacement ainsi que le Tchadien Idriss Deby Itno, président en exercice de l'Union africaine (UA). Le Liban et la Libye étaient représentés par leur premier ministre. Tout ceci pour constater qu’il n’y a plus d’engouement.

Le roi Salman d’Arabie qui n’est pas très fervent de ces réunions s’est excusé pour «raisons de santé»tandis que l’égyptien Al-Sissi a eu vent d’un complot pour attenter à sa vie et a préféré rester chez lui.    

Les pays arabes ne sont plus monolithiques tandis que les rivalités personnelles prennent le dessus sur l’intérêt commun. Le Maroc vient de manifester sa mauvaise humeur en constatant que l'affiche de la réunion présentait une carte du Maroc tronquée de son Sahara. Le conflit syrien a fini par détruire tout ce qui pouvait faire un minimum de consensus. Le premier ministre égyptien Chérif Ismaïl a cherché à sensibiliser l’assistance en appelant à une «stratégie arabe de lutte contre le terrorisme. Nous devons réorienter le discours religieux que des éléments terroristes exploitent à leurs fins pour semer la terreur, la mort et la destruction ; ils dévient l'islam de sa mission première qui est celle de la paix et de la miséricorde». Vœu pieux.

Heureusement qu’Israël est là pour réunir tant de différences. Le président mauritanien a estimé que«les interventions extérieures alimentent l'instabilité dans le monde arabe qui continuera tant que la question palestinienne ne sera pas réglée». Il aussi dénoncé «les exactions d'Israël en Palestine et la poursuite de sa politique de colonisation». Le contraire aurait étonné.

La Ligue arabe est devenue une organisation anachronique. Sa seule prise de position originale date de 2002, lorsque le prince d'Arabie saoudite, Abdallah ben Abdelaziz Al Saoud, avait élaboré une initiative de paix arabe, fondée sur l'idée d'une paix globale au Moyen-Orient. En échange d'une normalisation des relations entre Israël et chacun des pays de la Ligue arabe, l'État hébreu se retirerait de la Cisjordanie, de la bande de Gaza et du plateau du Golan. En 2007, au sommet de Riyad, cette proposition fut relancée sans résultat notable car Israël n'a jamais approuvé toutes les clauses de cette initiative de paix arabe; mais il n’y eut aucune contre-proposition.

            Aujourd’hui le Moyen-Orient est en recomposition totale avec l’arrivée de l’Iran comme élément perturbateur et avec tous les conflits sanglants qui remodèlent les alliances. La guerre fait rage en Syrie, en Libye et au Yémen tandis que les pays du Golfe acceptent de mauvaise grâce la capacité de nuisance iranienne et le désengagement des États-Unis de la région. Ces troubles auraient pu être l’occasion pour la Ligue Arabe de s’affirmer comme nouvel élément moteur de la région mais pendant cinq ans elle est restée passive, tétanisée par les décisions à prendre. Par ailleurs elle se sclérose parce que les dinosaures politiques continuent à régenter la Ligue au lieu de la revitaliser avec des jeunes dirigeants. La Ligue devient le clan des retraités. 

            La Ligue n’a plus de raison d’être car jusqu’à présent elle faisait consensus dans son opposition constante à Israël. Or sa structure et son idéologie sont obsolètes. Ce qui répondait aux impératifs d’après-guerre et au démantèlement des deux puissances coloniales n’est plus d’actualité. Le nationalisme arabe n’a plus les mêmes critères. La Ligue arabe n’a même pas pu réunir sous son nom une coalition pour mener la lutte contre Daesh. Elle est devenue une coquille vide dont le seul élément commun est la langue arabe, et encore. Le djihadisme a tué le nationalisme arabe qui est soumis à une guerre de clans.

            La Ligue Arabe ne vit que sur sa gloire perdue. Elle aurait pu au moins s’affirmer sur le plan économique en devenant une structure capable de rivaliser avec l’Union européenne. Elle disposait d’une puissance économique infinie avec ses réserves d’hydrocarbures et ses milliards de dollars. Mais sa stratégie politique a été ratée et il en est de même du renforcement des relations économiques, culturelles et politiques entre États-membres.
Etudiante arabe du Technion en Israël

            Le fiasco est aussi total sur le plan culturel car il est difficile de trouver de réels projets communs. Aucun effort n’a été fait pour promouvoir et encourager les échanges scolaires inter-états membres afin de renforcer les liens culturels et revaloriser l’utilisation de la langue arabe de plus en plus éclipsée au profit des langues étrangères. Une grande rivalité entre États arabes persiste et envenime le développement de partenariats stratégiques. Les États arabes paraissent aujourd’hui en constante concurrence pour la très convoitée place de leader. De son côté, l’Arabie Saoudite consolide son influence, notamment à travers sa doctrine wahhabite et l’émergence de mouvements islamistes qu’elle finance.

            Mais de nouveaux acteurs font leur arrivée sur la scène arabe ce qui ne facilite pas l’union au sein des pétromonarchies du Golfe. Le Qatar est devenu l’un des pays les plus riches en matière de PIB mais refuse son inféodation à la Ligue Arabe qui ne pourra jamais devenir une organisation supranationale car les régimes en place craignent qu’elle intervienne directement dans leurs affaires locales.

            La paralysie de la Ligue Arabe est liée aux divergences entre ses membres et à son manque de pouvoir. Les relations nouées ou qui se nouent avec Israël font que ses objectifs du départ sont dépassés. Une refonte totale devient indispensable et son salut ne peut provenir que d’une transformation de la Ligue en une institution qui participe au bon développement économique du monde arabe pour éviter qu’elle ne sombre dans l’agonie. Le sommet qui s’est tenu à Nouakchott préfigure déjà une planification de sa disparition.

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