mercredi 12 octobre 2011

Le printemps arabe mis à l’épreuve ??

Le printemps arabe mis à l’épreuve ??

par Mathias Mellul -


En Egypte, des Chrétiens coptes se sont fait massacrés par l’armée. En Tunisie, des salafistes s’en sont pris à une chaine de télévision privée ayant diffusé le film « Persepolis ». Avec l’approche d’échéances électorales dans les deux pays, une vraie démocratie va-t-elle vraiment réussir à se mettre en place ?


En Egypte
Des milliers d’Egyptiens ont entamé une marche funéraire, tôt ce mardi 11 octobre, après la mort de 26 personnes dans des affrontements entre Chrétiens coptes et l’armée. Les endeuillés ont transporté le cercueil de Mina Daniel, un jeune homme tué dans les affrontements, où plus de 300 personnes ont également été blessées, d’après le ministère de la Santé égyptien. La marche est notamment passée par le Place Tahrir, haut lieu des protestations qui avaient menés à la chute d’Hosni Moubarak le 11 février 2011.
Les Chrétiens représentent 10% de la population égyptienne qui totalise environ 80 millions d’habitants. Les tensions interreligieuses, entre Chrétiens et la majorité musulmane, ne sont pas communes en Egypte. Pourtant, la répression de ce dimanche est la plus meurtrière depuis la fin de la révolution. La situation a dégénéré sans vrai raison après un rassemblement visant à protester contre l'incendie d'une église dans le sud de l'Egypte.
Ces événements ravivent les tensions entre l’armée et le reste du pouvoir exécutif qui souhaitent la bonne tenue des prochaines élections du 28 novembre prochain. Le Premier ministre actuel, Essam Charaf, estime qu’il s’agit « complot pour éloigner l'Egypte des élections ». Il explique qu'il y a « des mains cachées derrière ces évènements ». Par ces propos, il vise très certainement le maréchal Hussein Tantaoui, chef du Conseil suprême des forces armées. D’après une bloggeuse égyptienne, Shahinaz Abdel Salam, les chaines satellites et journaux en ligne auraient été coupées par l’armée. Selon elle, « la télé égyptienne a presque appelé les musulmans à protéger l'armée attaquée par les coptes».
De nombreux Egyptiens accusent l’armée et les autorités de transition, menées en grande partie par le maréchal Tantaoui, de vouloir fomenter violences et tensions entre religions afin de se maintenir au pouvoir. Ils voudraient changer le régime tout en gardant les mêmes personnes. Comme le faisait Hosni Moubarak lorsqu’il contrôlait l’Egypte, ils brandissent la menace d’un chaos total quand ils se retireront du pouvoir. Au même moment le discours islamiste salafiste continue de prospérer et des élections législatives pourraient mener à l’avènement d’un pouvoir islamiste (sous l’impulsion des Frères musulmans), ce que redoutent aussi bien l’armée que la minorité copte. Les enjeux de ces futures élections sont d’une importance fondamentale et la réalisation d’une réelle démocratie en Egypte s’avère être extrêmement complexe.
En Tunisie

A Tunis, des islamistes ont manifesté contre la diffusion du film d’animation franco-iranien « Persepolis », le 7 Octobre, sur la chaîne indépendante Nessma TV. Lors de ces manifestations une cinquantaine de salafistes, musulmans fondamentalistes sunnites, ont tenté de mettre le feu aux locaux de la chaîne. A la suite de la diffusion du film basé sur les bandes dessinées autobiographiques de Marjane Satrapi, un débat sur l’intégrisme religieux devait avoir lieu. Les manifestants salafistes jugent le film ainsi que le débat blasphématoire. Ils reprochent au film Persepolis de personnifier Dieu, ce qui est proscri par la religion musulmane.
Le PDG de la chaine Nessma TV, Nabil Karaoui, a réagi à cet assaut sur Mosaique FM en estimant que «ces extrémistes veulent imposer une nouvelle dictature, mais nous continuerons notre tâche conformément à notre ligne éditoriale indépendante».
D’autres affrontements ont eu lieu dans d’autres secteurs de la capitale tunisienne. La police a repoussé à coup de gaz lacrymogène des manifestants islamistes qui lançaient des pierres, bâtons, couteaux et autres projectiles. Dans ce cas, les manifestants extrémistes réclamaient la levée de l’interdiction du voile islamique, le niqab, dans les universités.
La première élection depuis la chute de Ben Ali se tiendra dans deux semaines. Elle verra s’opposer près de 100 partis différents pour désigner la future assemblée constitutionnelle nationale tunisienne. Selon l’hebdomadaire égyptien Al-Ahram, le parti islamiste modéré Ennahda est en tête des sondages pour ces élections. Le leader de ce parti, Rached Ghannouchi, qui est récemment revenu d’exil, se dit proche dans son idéologie du Parti du Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan, le Parti pour la Justice et le Développement (AKP). Dans ses écrits, Rached Ghannouchi cite largement Sayyid Qutb, Hassan El-Banna (fondateur des Frères musulmans). Il est également lié aux islamistes soudanais. Il se dit, en effet, proche de Hassan al-Tourabi (leader des islamistes soudanais), qu’il considère comme son ami proche. Il aurait « reçu » la sœur de ce dernier comme deuxième épouse ainsi qu’un passeport diplomatique soudanais.
Les tensions entre les partisans d’une Tunisie basée sur la religion et ceux d’une Tunisie laïque sont de plus en plus en palpables. Le parti Ennahda, s’inspirant de M. Erdogan, ne devrait pas immédiatement inclure de préceptes religieux dans e paysage politique tunisien, s’il remporte les élections. La constitution qui sera rédigée à la suite des élections devrait garder un ton détaché de la religion afin de ne pas indisposer les occidentaux et les partisans d’un Etat totalement laïc. Cependant, tout comme Recep Tayyip Erdogan, il pourrait introduire la religion graduellement dans la sphère politique tunisienne. Cela ne ressemblerait donc pas à la réelle démocratie moderne voulue par une partie du pays.

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