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dimanche 4 septembre 2011

Dominique Strauss-Kahn, de retour à Paris, garde le silence..


Dominique Strauss-Kahn, de retour à Paris, garde le silence..

mercredi 31 août 2011

Dominique Strauss-Kahn, taclé par Michel Rocard, fait ses adieux au FMI

Dominique Strauss-Kahn, taclé par Michel Rocard, fait ses adieux au FMI

L'ex-Premier ministre Michel Rocard a estimé lundi que Dominique Strauss-Kahn était atteint d'une "maladie mentale" qui l'empêchait de "maîtriser ses pulsions". Lors de l'émission Le Grand Journal deCanal+, Michel Rocard a déclaré : "Cet homme a visiblement une maladie mentale", éprouvant des "difficultés à maîtriser ses pulsions. C'est dommage, il avait un vrai talent, c'est vrai."

Dominique Strauss-Kahn et Anne Sinclair, après leur visite au FMI, de retour à leur domicile de Washington,
Dans cette photo : Anne Sinclair, Dominique Strauss-Kahn

mercredi 10 août 2011

La plainte au civil pourrait aider les avocats de DSK..

La plainte au civil pourrait aider les avocats de DSK..

Par Adèle Smith

Dominique Strauss-Kahn quittantson domicile new-yorkais, le 6 juillet dernier.
Dominique Strauss-Kahn quittantson domicile new-yorkais, le 6 juillet dernier. Crédits photo : BEHAR ANTHONY/SIPA/BEHAR ANTHONY/SIPA

Ils font oublier l'acte dont Nafissatou Diallo se dit victime en insistant sur ses motivations vénales.

D'un côté dix-sept pages et soixante-trois paragraphes de faits circonstanciés, émaillés de termes d'une grande violence, de l'autre une déclaration de quatre lignes dénonçant des motivations uniquement financières, le contraste est toujours aussi saisissant entre les stratégies des avocats de Nafissatou Diallo et ceux de Dominique Strauss-Kahn.

Deux heures après le dépôt d'une plainte au civil de Kenneth Thompson devant un tribunal du Bronx lundi soir, William Taylor et Benjamin Brafman ont publié le communiqué suivant : «Nous affirmons depuis le début que les motivations de Me Thompson et de sa cliente ne sont autres que de se faire de l'argent, le dépôt de cette plainte fait tomber tous les doutes sur cette question. La plainte au civil n'a aucune valeur et M. Strauss-Kahn va la combattre vigoureusement.» Au tout début de l'affaire, ils ont vigoureusement défendu leur client, invoquant notamment un rapport consenti, mais très vite l'attention s'est portée sur la jeune Guinéenne. Dès lors, ils l'ont l'attaquée sur ses motivations.

Le blitz médiatique de Nafissatou Diallo visant à restaurer sa crédibilité et maintenant le procès civil sont du pain bénit pour eux. Pourquoi se perdraient-ils en commentaires sur leur client alors que toute l'attention, entretenue par Kenneth Thompson, est portée sur la victime présumée ? «Leur stratégie est très intelligente, il a été dit tellement de choses, fausses ou vraies sur la plaignante, que tout le travail est fait sans qu'ils aient besoin d'intervenir. Ce sont de très bons avocats. Ils savent que la meilleure approche consiste à ne rien dire sur Dominique Strauss-Kahn», note l'avocat new-yorkais Brian O'Dwyer.

Résignation

Leur approche est parfaitement logique, renchérit Me Bradley Simon. «Ils jubilent de voir le dossier se déliter sous leurs yeux sans avoir à lever le petit doigt. Ils savent que le procureur pourra justifier l'abandon des charges en disant que l'avocat de la plaignante lui a rendu la tâche impossible.» Puisque l'engagement d'une procédure civile avant la fin de la procédure pénale met immédiatement en doute les motivations de la plaignante, «ils n'ont rien d'autre à faire que faire valoir cet argument», explique-t-il. «Ce qui est triste dans cette histoire, poursuit l'avocat, c'est qu'elle a très bien pu être agressée le 14 mai, mais cela, on l'a oublié. Les avocats de Dominique Strauss-Kahn ont réussi à le présenter comme la victime aux yeux du public.»

Pour les deux avocats, il n'y a pas d'autre explication possible à l'attitude de Kenneth Thompson que la résignation. «Je ne vois qu'une raison à cette démarche dénuée de toute logique, il doit penser ou savoir désormais que le procureur va abandonner les charges», conclut Me O'Dwyer.

Cyrus Vance en aurait-il l'intention ? Aurait-il déjà averti Nafissatou Diallo ? Pour certains avocats, le procureur devrait, par décence, la prévenir à l'avance. Bien avant l'audience du 23 août donc. D'autres pensent qu'il ne le fera qu'à la dernière minute.

Dans sa plainte, Kenneth Thompson ne mentionne pas de chiffre particulier. C'est la règle dans l'État de New York, précise Brian O'Dwyer. Il se concentre au contraire sur la «détresse» et «l'humiliation» de sa cliente. Le document fait référence à une agression «violente et sadique». Celle-ci était «intentionnelle, brutale, violente», ce qui a conduit à «humilier, rabaisser, et violer» la dignité de Nafissatou Diallo. Elle pourrait bien ne «jamais se remettre» des blessures «émotionnelles et mentales» qu'elle a subies, dit-il.

C'est bien sûr aux jurés du Bronx que Kenneth Thompson semble s'adresser désormais. Plus le poids des mots est fort, pense-t-il, plus ils seront convaincus. À cette fin, il n'hésite pas à décrire Dominique Strauss-Kahn comme un «criminel» ayant commis un «acte d'une profonde dépravation».

samedi 4 juin 2011

La communauté guinéenne mène son enquête sur «Nafi»...(DSK)



REPORTAGE - Depuis près de trois semaines, des responsables d'une association peule de New York cherchent à savoir si l'accusatrice de Dominique Strauss-Kahn est «digne» d'être soutenue par ses pairs.

L'homme donne rendez-vous dans la rue avant d'entraîner son interlocuteur dans un petit restaurant africain de Manhattan. Souleymane Diallo - ce patronyme est très fréquent parmi les Peuls de Guinée - préside l'association politique Pottal Fii Banthal, qui aide la communauté aux États-Unis. À intervalles réguliers, des hommes ou des femmes traversent la salle à l'étage pour accéder au tapis de prière et se recueillir quelques instants. Le jeune président évoque «l'enquête» que les responsables de son association ont menée après le scandale du Sofitel.
Depuis près de trois semaines, ces hommes ont cherché à savoir «qui était vraiment Nafissatou Diallo» afin de juger si la jeune femme était «digne» d'être soutenue par ses pairs dans l'affaire qui l'oppose à

Dominique Strauss-Kahn, explique-t-il sans détours.
Qu'ont appris ces «sages» en interrogeant les voisins, souvent «latinos», de «Nafi», ses anciens collègues du Sofitel, et d'autres témoins n'appartenant pas à la communauté guinéenne ? Que la femme de chambre menait une existence laborieuse et discrète, préoccupée par l'avenir de sa fille de 15 ans, collégienne qu'elle élève seule depuis leur départ de Guinée il y a environ sept ans.
Mais, surtout, ce qu'on comprend en creux de ses propos, c'est que cette immigrée avait largement coupé les ponts avec sa communauté. Sa grande sœur, qui l'avait aidée à venir aux États-Unis, «ne savait pas que Nafi travaillait au Sofitel depuis trois ans», selon le président de l'association. Pourtant, c'est chez son aînée que la jeune femme s'était installée pendant ses premières années à New York.

Pour quitter le cocon, elle aurait expliqué à sa sœur que, la famille de celle-ci s'agrandissant, l'appartement devenait trop petit. «Mais on se demande toujours comment elle, illettrée, a décroché ce boulot à l'hôtel. Chez nous, les femmes restent plutôt travailler dans des commerces tenus par des Guinéens ou comme aide de personnes âgées», constate Souleymane Diallo.

Le jeune homme, très fin et qui affiche lui-même une intégration en douceur dans la culture américaine, n'en tire aucune conclusion. Assurant en revanche avec une fermeté soudaine : «Si on avait appris des choses défavorables sur elle, on l'aurait balancée publiquement et totalement.»

lundi 30 mai 2011

Un acquittement pour viol met New York en émoi.....

Le policier Kenneth Moreno (D) était accusé d'avoir violé une jeune femme pendant son service. Crédits photo : Louis Lanzano/AP


Deux policiers, accusés d'avoir violé une jeune femme en état d'ivresse, viennent d'être acquittés après deux mois d'un procès très médiatisé. Un verdict inattendu qui pourrait bien intéresser la défense de Dominique Strauss-Kahn.

Un sacré revers pour le procureur de Manhattan Cyrus Vance également en charge de l'affaire qui touche Dominique Strauss-Kahn et qui s'était beaucoup investi dans ce dossier. Contre toute attente, un jury de New York vient d'acquitter deux policiers accusés de viol, après un procès de deux mois fortement médiatisé. Un verdict qui, selon le New York Times, risque fort d'intéresser les avocats chargés de la défense de l'ancien directeur du FMI.
Les faits remontent à décembre 2008. En pleine nuit, un chauffeur de taxi compose le 911 pour indiquer que sa cliente est alcoolisée et qu'elle a besoin d'aide pour rentrer dans son appartement. Deux policiers en patrouille, Franklin Mata et Kenneth Moreno, arrivent sur les lieux et prennent en charge la jeune femme, âgée de 29 ans.

Quelques jours plus tard, celle-ci se rend au commissariat pour raconter qu'elle a été violée. Une enquête est ouverte. Les caméras de surveillance de l'immeuble de la victime présumée montrent que les deux officiers du NYPD sont revenus trois fois dans la même nuit dans l'appartement de la jeune femme. En tout, ils y sont restés 97 minutes. Sans en informer leur hiérarchie.
Le récit de la plaignante est flou. Très alcoolisée, elle reconnaît que cette nuit-là, elle a perdu connaissance. Elle avait bu beaucoup d'alcool dans la journée et la soirée pour fêter avec des amis une promotion. Mais, assure-t-elle, elle s'est réveillée à plusieurs reprises et a entendu la radio des deux policiers. Elle raconte également qu'elle a senti qu'on lui enlevait ses collants et qu'on la pénétrait alors qu'elle était couchée sur le ventre.

La plaignante devenue accusée....
Des accusations rejetées par les deux policiers. S'ils sont revenus dans l'appartement, arguent-ils, c'est parce que la plaignante leur avait demandé de venir vérifier qu'elle se portait bien. Kenneth Moreno raconte même qu'il a dû refuser les avances de la jeune femme, qui s'était déshabillée. Il reconnaît toutefois s'être allongé à côté d'elle pour la «câliner» et lui avoir chanté une chanson, Livin' on a Prayer de Bon Jovi, pour la réconforter. Mais rien de plus. Son collègue, pendant ce temps, se trouvait dans le salon.
Problème : la jeune femme, quelques jours après les faits, était allée au commissariat pour s'entretenir avec Kenneth Moreno. Furieuse, elle souhaitait des explications. Elle avait alors secrètement enregistré la conversation. Sur les bandes audio, on entend bien le policier lui indiquer qu'il a utilisé un préservatif. Une révélation sur laquelle le policier est depuis revenu. Au procès, il s'est défendu en disant qu'il lui avait dit ça pour «la calmer» et éviter un esclandre en plein commissariat.

La difficulté de ce dossier résidait principalement dans l'absence de traces ADN. Le fait que le jury ait finalement favorisé les deux policiers prouve en tout état de cause la difficulté, dans des affaires de viol, de faire arriver douze jurés à une «conviction au-delà du doute raisonnable», selon la formule en droit américain qui permet de condamner un accusé. «On n'avait aucune preuve. On a pris la loi à la lettre», a ainsi confié un juré au New York Times une fois le procès terminé.
Au cours des audiences, près de 40 témoins ont été appelés à témoigner. La jeune femme a craqué à de nombreuses reprises à la barre, face aux interrogatoires musclés de la défense. Plusieurs journaux américains ont estimé qu'en fin de compte, la plaignante avait fait figure d'accusée à de multiples reprises, comme c'est souvent le cas dans les affaires de viol fortement médiatisés.
«Les jurés sont très avertis»

Il y a évidemment de grandes différences entre cette affaire et celle qui touche Dominique Strauss-Kahn, accusé de viol et d'agression sexuelle par une employée de l'hôtel Sofitel de Manhattan. Mais l'acquittement inattendu des deux policiers a provoqué des dizaines de commentaires de journalistes, d'avocats et d'experts sur les chances qu'aurait l'ancien patron du FMI de lui aussi échapper à la prison en cas de procès. Le bureau du procureur craint que le public fasse un amalgame entre les deux affaires, ce qui pourrait encourager les avocats de Dominique Strauss-Kahn à aller jusqu'au procès.

Brenda Smith, professeur à la faculté de droit de l'American University de Washington et spécialiste des violences sexuelles, considère en tout cas que cet acquittement est une décision «encourageante» pour le camp de Dominique Strauss-Kahn. «Dans des villes comme New York, les jurés sont très avertis, ils ne vont pas croire d'emblée une histoire rebattue, ils analysent au cas par cas».
Les tabloïds américains se sont quant à eux déchaînés. «Bienvenue aux prédateurs en uniforme, la saison est ouverte», a ainsi écrit le New York Post. Michael Daly, du New York Daily News, est allé plus loin encore et a estimé que «Le Perv» - abréviation de «pervers» et surnom donné à DSK dans ces journaux populaires - allait certainement fêter la nouvelle depuis son domicile où il est en résidence surveillée. «On peut parier que Le Perv pense maintenant que si les jurés ont cru ces deux policiers, ils vont tout croire», écrit le journaliste.

samedi 28 mai 2011

DSK : pourquoi ils n'ont rien dit...



Par Carl Meeus

Ceux qui savent ne parlent pas. Ceux qui parlent ne sont pas entendus. Connivence ? Autocensure ? Légitime respect de la vie privée et de la loi ? Le «cas DSK» pose la question de l'omerta à la française.

Quinze jours après l'annonce de l'arrestation de Dominique Strauss-Kahn par la police de New York, la stupéfaction a laissé place à la polémique. Pour la grande majorité des Français, c'est une certitude: journalistes et politiques savaient et n'ont rien dit. Ils ne pouvaient ignorer les pulsions de DSK mais, comme d'habitude, ont refusé d'en parler dans leurs médias, dans le seul but de le protéger. La réalité est évidemment plus complexe.

Cette censure volontaire de la presse n'est pas uniquement liée à une volonté de protéger les puissants. Elle est dictée par la nécessité de respecter la loi. L'article 9 du Code civil est souvent brandi pour empêcher la parution d'articles ou de livres dévoilant des secrets intimes: «Chacun a droit au respect de sa vie privée. Les juges peuvent, sans préjudice de la réparation du dommage subi, prescrire toutes mesures, telles que séquestre, saisie et autres, propres à empêcher ou faire cesser une atteinte à l'intimité de la vie privée: ces mesures peuvent, s'il y a urgence, être ordonnées en référé.» De quoi faire réfléchir plus d'un directeur de rédaction ou d'un éditeur avant de faire tourner les rotatives.

Ainsi, pour Dominique Strauss-Kahn, les rédactions n'ont-elles pas souhaité franchir le pas. Si le journaliste Jean Quatremer a publié sur son blog un article où il explique que «le seul vrai problème de Strauss-Kahn est son rapport aux femmes. Trop pressant, il frôle souvent le harcèlement», c'est parce que son journal, Libération, n'a pas voulu le faire, «au nom de la loi sur la protection de la vie privée», explique Laurent Joffrin, son directeur à l'époque. Quand Le Nouvel Observateur veut raconter en 1998 l'histoire du passage de DSK à une soirée particulière dans un club échangiste de la capitale, l'hebdomadaire prend bien soin de ne pas publier de nom. Mais procède par allusions : «Ce soir, il y a un plus: le ministre doit venir. Un vrai ministre. (...) soudain il arrive. C'est bien lui. Un léger frémissement parcourt les troupes. Deux femmes l'accompagnent, jeunes, grandes et minces. "Il fait plus gros qu'à la télé, tu trouves pas?" Son sourire est presque électoral. Il entre dans le salon, serre quelques mains, l'habitude sans doute.

Une blonde d'une cinquantaine d'années le salue par son prénom. Il fait semblant de la reconnaître puis, sans plus s'attarder aux mondanités, s'engouffre dans la pièce du fond, traînant derrière lui ses deux compagnes, dont une qu'il commence à lutiner chaudement, dès le couloir. (...) "Tu crois qu'il peut vraiment devenir président?" murmure une des spectatrices à sa voisine.» Le Tout-Paris politique et médiatique comprend immédiatement. Le lecteur, c'est moins sûr.
Bien sûr, les couloirs des journaux bruissaient des rumeurs d'infidélité chronique qui couraient sur le compte de DSK. Bien sûr, les journalistes qui côtoyaient les services de police revenaient régulièrement avec des «tuyaux» un peu particuliers. DSK aurait été surpris par une patrouille en mauvaise posture un soir dans un endroit fréquenté par des prostituées. Rien d'illégal, même s'il s'agit d'un comportement peu compatible avec celui que les Français peuvent attendre d'un prétendant à l'Elysée.

Mais comment vérifier une telle information? Comment être sûr qu'il ne s'agit pas d'une manipulation politique ? Officiellement, personne n'est au courant d'une telle histoire. Impossible d'avoir une confirmation de l'événement.
Jusqu'à son arrestation à New York, DSK a toujours su ou pu éviter le grand déballage. Grâce à ses communicants bien sûr, mais aussi à son réseau et ses amis. Il suffit de voir comment BHL, Jean-François Kahn et les autres se sont immédiatement mobilisés, cette semaine, pour le défendre, négligeant la victime présumée, une simple femme de ménage.
Dans leur ensemble, les médias français refusent de s'engager dans la voie des tabloïds anglo-saxons pour lesquels la vie privée peut s'afficher en une. Au fond, même les journaux people de France n'ont pas cherché à enquêter sur la vie secrète des hommes politiques en général et de DSK en particulier. Tout le monde s'en tient à la ligne rappelée la semaine dernière par Le Canard enchaîné : «DSK courait les jupons et les boîtes échangistes. La belle affaire! C'est sa vie privée et elle n'en fait pas un violeur en puissance. Pour Le Canard, l'information s'arrête toujours à la porte de la chambre à coucher.»

L'affaire Tristane Banon aurait certes dû alerter davantage. Quand ce jeune écrivain a raconté l'agression dont elle assure avoir été la victime, peu de journaux ont relayé son histoire. Elle l'a racontée dans l'émission de Thierry Ardisson sur Paris Première en présence de journalistes politiques, mais au fond, elle-même ne souhaitant pas porter plainte contre DSK, comment embrayer sur ses attaques? D'autant qu'en face, les équipes de Strauss-Kahn ont su habilement déminer l'affaire. Grâce à ses communicants, DSK réussit à passer entre les gouttes.
«On est resté sur l'idée que ce n'était pas une pathologie et que le comportement de DSK correspondait à l'image d'Epinal de l'homme politique, le séducteur», analyse un spécialiste en communication. Anne Sinclair, l'épouse de DSK, a elle-même mis fin aux débats en répondant à L'Express, qui lui demandait en 2006 si elle ne souffrait pas de la réputation de séducteur de son mari: «Non, j'en suis plutôt fière! C'est important de séduire, pour un homme politique. (...) Je suis un peu blindée sur le pouvoir de la rumeur.»

Une rumeur qui ne l'a pas épargnée. Comment celle qui a été au cœur de la vie politico-médiatique pendant plus de vingt ans pouvait-elle ignorer ce qui se disait ou s'écrivait sur DSK? En 2000 sort le livre de deux journalistes, Vincent Giret et Véronique Le Billon, Les Vies cachées de DSK. Les auteurs racontent dans un chapitre qu'«un soir de septembre 1992, Dominique Strauss-Kahn, ministre de l'Industrie et du Commerce extérieur, et Martine Aubry, ministre du Travail, de l'Emploi et de la Formation professionnelle, sont les invités d'honneur d'une réception donnée par l'ambassadeur de France à Tokyo. (...) Ces deux-là s'adorent. (...) Ils distillent un même humour vachard, se relaient sans temps mort dans les karaokés de la capitale nippone jusqu'aux premières lueurs du jour et rejettent avec le même dédain l'esprit de sérieux de leurs aînés. Ils savourent la douce insouciance de ceux qui savent que l'avenir leur appartient. De cette folle équipée naît une rumeur colportée dans toutes les salles de rédaction: Martine et Dominique filent le parfait amour...»

DSK se situe dans la lignée des grands hommes politiques français qui arborent leurs conquêtes féminines comme les généraux leurs médailles. Après tout, pour ne parler que des présidents de la Ve République, Valéry Giscard d'Estaing et Jacques Chirac n'ont-ils pas aussi une réputation de grands séducteurs? Bernadette Chirac a expliqué dans son livre Conversation, paru en 2001, à propos de son mari, qu'«il avait un succès formidable. Bel homme, et puis enjôleur, très gai. Alors les filles, ça galopait (...). Mon père m'avait dit: "Vous êtes son point fixe." La suite lui a donné raison. Mon mari est toujours revenu au point fixe.»

Et François Mitterrand? L'homme qui a collectionné les conquêtes et réussi à cacher pendant des années l'existence de sa seconde famille. Cette histoire est emblématique du fonctionnement des médias. Tant que c'est l'extrême droite et sa presse, comme Minute, qui évoque ces sujets, aucune reprise n'est tolérée. Ce système a de nouveau fonctionné quand Marine Le Pen a mis en cause le comportement de Frédéric Mitterrand pendant ses voyages en Thaïlande. Au lieu de s'intéresser aux faits, la plupart des commentateurs se sont insurgés contre les attaques de l'extrême droite et ont sommé les politiques comme les médias de ne pas les suivre.

Concernant François Mitterrand, les journalistes se sont retranchés derrière ce prétexte de la vie privée pour justifier leur refus de publier des informations sur l'existence de sa fille Mazarine. Occultant totalement le fait que le Président utilisait allègrement les moyens de l'Etat, donc l'argent des contribuables, pour loger sa seconde famille. Et qu'il a été jusqu'à mettre sur écoute téléphonique des journalistes, notamment Edwy Plenel, alors au Monde, voire des artistes comme Carole Bouquet, totalement étrangère à cette histoire...
Seul moyen de contourner l'obstacle, le roman. Françoise Giroud publie en 1983 Le Bon Plaisir, où elle raconte l'histoire d'un président amené à cacher sa double vie à la presse. Toute ressemblance avec des personnages existants est-elle fortuite? La maison d'édition, Mazarine, est-elle une clé de l'énigme? Difficile d'imaginer que Françoise Giroud, très introduite dans les cercles du pouvoir, ignorait totalement la situation de Mitterrand. Sa biographe, Laure Adler, assure que ce roman n'est pas inspiré de la vie du Président mais raconte une histoire similaire vécue par un dirigeant socialiste encore en activité. Mais son nom ne sera pas dévoilé. Au nom du respect de la vie privée...

Faute de pouvoir donner les informations, on s'en remet alors aux humoristes. Des «Guignols de l'info» à Nicolas Canteloup, de Laurent Gerra à Stéphane Guillon, ceux-ci s'en donnent à cœur joie. Puisant leur inspiration au cœur même des salles de rédaction, à l'affût de tout ce que peuvent leur raconter les journalistes. Ils sont d'autant plus drôles que tout le monde devine que sous leurs exagérations perce un morceau de la vérité. Le 28 mars, Nicolas Canteloup-DSK explique qu'«au FMI, on (lui) a donné une mission en trois points: sauver le monde, aider les pays émergents et repeupler la planète en fécondant les femmes. C'est comme ça, je n'y peux rien, c'est ma mission». Eclats de rire dans le studio de la rue François-Ier. A RTL, Laurent Gerra n'est pas en reste. Le 26 avril, l'humoriste met en scène le directeur du FMI le jour de Pâques. «J'ai beau être directeur du FMI, je suis un homme comme tout le monde. Le week-end de Pâques, je m'emmerde car le FMI est fermé et les secrétaires aussi. Alors j'attends mardi, la réouverture des bureaux, car il y a des stagiaires, des interprètes à talons...» Là encore, les rires éclatent dans le studio de la rue Bayard.

Les humoristes à la place des éditorialistes? En février 2009, Stéphane Guillon n'hésitait pas à endosser ce rôle, quand il officiait sur France Inter le matin. Juste avant l'arrivée de DSK, invité de la matinale, au lendemain des révélations sur l'affaire Piroska Nagy, l'humoriste écrit un billet qui fera date: «Dans quelques minutes, Dominique Strauss-Kahn va pé-né-trer (silence) dans ce studio. Evidemment, des mesures exceptionnelles de sécurité ont été prises au sein de la rédaction. Pardon, sein est un mot que je n'ai pas le droit de prononcer aujourd'hui pour ne pas réveiller la bête. Cinq seuils d'alerte sont prévus dans cette matinale. Le dernier étant l'évacuation pure et simple du personnel féminin d'Inter vers d'autres étages...» DSK est en route vers la station quand il entend la chronique. Son premier réflexe est de faire demi-tour et d'annuler sa participation. Finalement, le directeur général du FMI se rend à la radio mais commence par cette déclaration : «J'ai assez peu apprécié les commentaires de votre humoriste.

Les responsables politiques comme moi ont le droit, même le devoir, sans doute, d'être critiqués par les humoristes. Mais l'humour, c'est pas drôle quand c'est principalement de la méchanceté.»
«S'irriter d'un reproche, c'est reconnaître qu'on l'a mérité», écrit Tacite dans les Annales. Est-ce pour cette raison que la réaction de DSK est aussi virulente? En tout cas, il ne se contente pas de cette remarque et décide de ne plus répondre aux invitations de la station publique. Même quand les journalistes lui proposeront de l'inviter les jours où Stéphane Guillon n'officie pas à l'antenne. Refus catégorique. Pas question de revenir tant qu'il sera employé par la radio.

Cette stratégie du boycott est un moyen de pression relativement classique pour contraindre les médias à éviter les sujets qui fâchent. Quand L'Express a publié la lettre de Piroska Nagy, son directeur, Christophe Barbier, a dû affronter la colère des communicants de DSK. Pressions sur les actionnaires, pressions par l'intermédiaire de la publicité, toutes les armes sont utilisées par les politiques pour contraindre un média à être plus compréhensif. Le contact direct est aussi efficace. Avant d'accéder à l'Elysée, quand Nicolas Sarkozy rencontrait un jeune journaliste, il ne manquait pas de lui dire sur un ton parfaitement courtois qu'il connaissait très bien son directeur de la rédaction, voire son actionnaire. Mais il n'était pas le seul à user de cet artifice pour impressionner les journalistes.

Lors de son dernier passage à Paris, dans le but de préparer sa prochaine candidature à l'Elysée, DSK a déjeuné avec les rédactions de trois journaux: Libération, Le Nouvel Observateur et Marianne. Son objectif était clair, ainsi que Denis Jeambar l'a raconté dans Marianne la semaine dernière: DSK «dit que Mariannen'a pas d'autre choix que de le soutenir dans ce combat. Il se découvre peu soucieux à cet instant précis de l'indépendance des journaux, pas du tout menaçant, mais pressant. Il est clair que son propos est délibéré et pas du tout improvisé. (...) Si la requête est choquante, elle a le mérite d'être claire et de montrer la conception qu'a Dominique Strauss-Kahn de la presse: c'est un rapport de soumission qu'il sollicite, un engagement militant.» En fin de compte, DSK demande à ces journaux de ne pas entrer dans les polémiques que pourrait lancer la droite pendant la campagne présidentielle, même si elles pouvaient être fondées sur des vérités, au nom de leur volonté commune de se débarrasser de Nicolas Sarkozy !
Et, pour les convaincre d'adhérer à sa stratégie, DSK leur révèle, à en croire les propos off qui lui sont attribués, qu'effectivement il en a «sans doute fait un peu trop dans le passé» avec les femmes. Mais qu'au fond, ce n'est plus le sujet. Comme le confirme un dirigeant d'Euro RSCG: «Les études montraient que les Français savaient.

Il n'y avait pas tromperie sur la marchandise puisqu'on n'a jamais cherché à montrer DSK comme un homme vertueux.» Les amis politiques de DSK brossaient le portrait d'un séducteur certes compulsif, mais jamais violent. L'un d'eux assurait même récemment qu'il s'était «calmé» depuis l'affaire Piroska Nagy. «La vraie question, pour un spécialiste en communication, est de savoir pourquoi personne ne lui a conseillé de se soigner si ces pulsions atteignaient de telles proportions.» «Cette page est tournée», assurait DSK.

Comment, dès lors qu'il ferme lui-même la porte, entrer dans sa part d'ombre sans le froisser?
A André Rousselet, qui estimait connaître 30 % de la vie de François Mitterrand, l'ancien Président répondit: «30%, c'est beaucoup!» Pour un ami du couple, Anne Sinclair ne connaissait «que 40% de ce que faisait DSK».

vendredi 20 mai 2011

Affaire DSK : les Guinéens du Bronx réclament justice

«Un viol, chez nous, c'est le déshonneur, dit Souleyman Diallo, président du Fouta Islamic Center. Nafissatou a été souillée. C'est pour cela qu'elle se cache et qu'on ne voit aucune photo d'elle.»

Affaire DSK : les Guinéens du Bronx réclament justice...

Les responsables de la communauté immigrée de Guinée, essentiellement composée de Peuls, connaissent bien la femme de chambre du Sofitel. Et ils sont particulièrement touchés par les accusations de viol.

Pas de minaret ni de coupole. Le Fouta Islamic Center n'est qu'un petit immeuble de brique rouge dont le rez-de-chaussée est défendu par deux rideaux de fer. Une petite porte vitrée ouvre sur un escalier qui conduit à l'étage. Ce n'est qu'à la vue du mur recouvert de casiers à chaussures que l'on comprend qu'il s'agit d'une mosquée. Le vendredi, 500 à 600 Guinéens se pressent dans la vaste salle de prière. Installé dans un bureau contigu, l'imam Abdourahmane Bah tient conseil avec d'autres membres de l'Union pour le développement du Fouta-Djalon, l'association qui a fondé la mosquée. Un seul sujet à l'ordre du jour: l'affaire du Sofitel.

«Bien sûr que nous connaissons Nafissatou Diallo, dit le religieux. Elle fréquente cette mosquée.» La femme de chambre, victime présumée de Dominique Strauss-Kahn, n'habite qu'à un quart d'heure de marche. Le cœur de la communauté guinéenne du Bronx bat ici, au coin de la 3e Avenue et de la 166e Rue. A côté de la mosquée se trouve un centre d'assistance pour les démarches administratives et les transferts d'argent vers le pays natal, puis un restaurant où l'on sert les plats traditionnels et, enfin, une épicerie où, en plus des aliments de base, on peut acheter des baguettes dorées et des croissants bien ventrus.

Le viol, un sujet particulièrement douloureux
Au Fouta Islamic Center, c'est la colère qui domine. «Un viol, chez nous, c'est le déshonneur, dit Souleyman Diallo, président de l'association. Nafissatou a été souillée. C'est pour cela qu'elle se cache et qu'on ne voit aucune photo d'elle. Qu'on ait dévoilé son nom est déjà très grave.» Dans la communauté guinéenne de New York -qui compte plus de 3000 personnes, dont 80% de Peuls qui jouissent de l'asile politique-, le viol est un sujet particulièrement douloureux.

Car le régime de Conakry, quand il a envoyé ses milices contre les populations peules, a incité ses soudards à violer systématiquement les femmes. Qu'une des leurs ait subi le même sort dans un palace de Manhattan plonge les Guinéens dans leurs souvenirs les plus sombres.

«M.» Diallo (il a demandé qu'on ne dévoile pas son prénom) connaît Nafissatou depuis son enfance. Elle a 32 ans, trois ans de plus que lui et ils ont grandi dans le même village, Sagalé, dans le Fouta-Djalon. «En Guinée, dit-il, les gens de Sagalé ont la réputation d'être très pieux, le village est cité en exemple.» «M.» raconte que Nafissatou, fille d'agriculteurs, est arrivée aux Etats-Unis il y a sept ans à l'instigation de sa sœur aînée, qui vit à New York depuis quatorze ans, avant d'obtenir un statut de réfugiée politique.

Elle s'est installée chez elle avec sa fille âgée de 15 ans aujourd'hui, qu'elle élève seule depuis la mort de son mari en Guinée. Grande, discrète, portant toujours un foulard pour couvrir ses cheveux, le visage un peu grêlé par des cicatrices d'acné, la jeune femme a d'abord travaillé dans un restaurant du Bronx, tenu par des Gambiens.

Il y a trois ans, grâce à un contact dans la communauté guinéenne, elle a décroché une place de femme de chambre au Sofitel de Manhattan.«C'est un job enviable, souligne «M.». Ici, tout le monde aimerait travailler dans un grand hôtel comme celui-là. Elle sait à peine lire et écrire!» Tous la décrivent comme une jeune femme sérieuse, assidue au travail et préoccupée par l'éducation de sa fille, scolarisée dans un lycée du Bronx. Les habitués des clubs de musique africaine du Bronx ne l'ont jamais aperçue dans ces lieux de nuit. «Elle vient régulièrement prier au rez-de-chaussée de la mosquée, dans la salle réservée aux femmes», confie Souleyman Diallo.

Jeffrey Shapiro, son avocat, a expliqué à la chaîne de télévision NBC que Nafissatou Diallo était encore sous le coup de ce qui lui était arrivé. Il a indiqué qu'elle était forcée d'aller de chambre d'hôtel en chambre d'hôtel avec sa fille pour échapper aux médias qui font le siège de son appartement du Bronx. «Elle est perdue, a-t-il déclaré, ne sait pas de quoi son avenir sera fait. Elle a peur pour son job.» Il a également répété qu'elle ne savait pas qui était celui qui l'a, selon sa version, agressée. «C'est un ami qui le lui a appris au téléphone quand l'information de son arrestation a été diffusée à la télévision», a raconté Jeffrey Shapiro, quelques heures avant qu'elle dépose devant le grand jury de la cour criminelle de Manhattan.

«Aux Etats-Unis, j'ai autant de droits qu'Obama!»
Au Fouta Islamic Center, on suit la procédure heure par heure. Bien sûr, ces immigrés guinéens sont heureux que la justice américaine poursuive un homme aussi puissant que DSK, suspecté d'avoir violé une petite employée d'hôtel.

«Aux Etats-Unis, j'ai autant de droits qu'Obama!» lance Abdoulaye, enthousiaste, sur le trottoir de la mosquée. Tous redoutent néanmoins que l'avocat de DSK parvienne à contrer les accusations du procureur et que, selon eux, justice ne soit pas rendue. Ils ont peur pour Nafissatou Diallo et sa famille que la défense du directeur général du FMI tente de les présenter sous un jour négatif et les diffame afin de «sauver» ce prestigieux client.

Souleyman Diallo veille tout particulièrement sur la procédure. «Si des poursuites n'avaient pas été lancées immédiatement, confie-t-il, j'étais prêt à organiser des manifestations de Guinéens devant le tribunal de Manhattan.» Cette communauté peule qui a connu les meurtres, les viols, les destructions et l'arbitraire du pouvoir en Guinée sait apprécier l'Etat de droit. Et elle usera de tous les moyens qu'il lui offre pour voir DSK condamné.


mardi 17 mai 2011

Réflexions sur l'affaire Strauss-Kahn - par Guy Millière ...

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J’entends respecter la présomption d’innocence concernant Dominique Strauss-Kahn. Et je n’entends aucunement participer à la curée. Je trouve que certaines personnes se rappelant des souvenirs d’il y a plusieurs années, et désirant d’un seul coup porter plainte, ont une attitude qui n’est pas très saine. Si on doit attaquer un homme, l’attaquer lorsqu’il est à terre n’est pas un signe de courage.

Il semble établi, cela dit, que Dominique Strauss-Kahn avait une forme d’obsession sexuelle qu’il parvenait difficilement à réprimer, et ce depuis de nombreuses années. Il doit être incriminé pour celle-ci. Mais il n’est pas du tout le seul à devoir l’être. Tous ceux qui se sont tus depuis des années sur cette obsession ont, à mes yeux, leur part de responsabilité. Tous ceux qui ne lui ont pas conseillé de se soigner et qui n’ont pas vu là un comportement pathologique ont aussi leur part de responsabilité.

La France est une société où certaines choses se savent mais sont gardées secrètes et ne circulent qu’entre initiés. C’est une société où, au nom de la « tolérance », on se garde de parler de certains sujets, et on excuse certaines pathologies en voyant en elles du libertinage et je ne sais quoi d’autre.

Les mœurs françaises telles qu’elles sont ont leur part de responsabilité. Et avant de dire, comme cela se fait ici ou là, que Dominique Strauss-Kahn fait honte à la France, il faudrait sans doute se demander si ce n’est pas à l’échelle de la France même qu’il y a quelque chose à revoir, et si ce n’est pas la France qui se fait honte à elle-même.

La presse anglaise et américaine a ses défauts, mais lorsqu’elle dispose d’une information, elle la publie. La presse française pratique l’autocensure. Elle y est fortement aidée par la justice et des lois liberticides.

Le monde qui parle anglais a ses défauts lui-même, mais on y a une tolérance infiniment moindre pour la débauche et les comportements de prédateurs sexuels : cela n’évite pas l’existence de la débauche et des prédateurs sexuels, mais cela limite leur capacité de nuire aux autres et de se nuire à eux-mêmes. On ricanait en France lorsque Bill Clinton était confronté à une procédure d’empêchement pour une fellation dans les couloirs de la Maison Blanche et pour ses mensonges à ce sujet. Bill Clinton n’en a pas moins frôlé un effectif empêchement, et il a dû répondre aux convocations d’un juge et répondre de ses actes et de ses propos.

La France est un pays où tout le monde savait que François Mitterrand avait deux familles et les entretenait toutes les deux aux frais du contribuable, mais où cela ne devait pas se dire et se trouvait toléré. C’est un pays où tout le monde sait que divers hommes politiques mènent une vie de luxure qui dénote, pour le moins, un certain cynisme qui en dit long sur leur relation à l’éthique, mais où cela ne se dit toujours pas. Et il faudrait s’étonner du cynisme qui règne dans la politique du pays. C’est un pays où un pédophile avéré peut être ministre, et où des photos de la femme du Président exhibant ses fesses et ses seins circulent sur internet.

Je dirai que Dominique Strauss-Kahn est très français. Ce qui est toléré en France ne l’est pas aux Etats-Unis.

Je ne sais s’il est innocent ou non, mais je pense que la police et la justice américaine n’auraient pas pris le risque de l’incarcérer sans avoir un dossier solide. Je pense que si la police était arrivée quinze ou vingt minutes plus tard, Dominique Strauss Kahn serait en France et resterait le favori de l’élection de 2012.

Je pense que Dominique Strauss-Kahn aurait dû être arrêté ou incité à se soigner avant d’en arriver à la situation présente.

Il sera très difficile aux socialistes de faire des leçons de morale dès lors qu’ils savaient depuis longtemps et n’ont rien dit : ceux qui parleront de gauche vison caviar auront, par ailleurs, toutes les raisons de le faire. Il sera difficile à la quasi-totalité du personnel politique de ne pas être touché par le soupçon : nombreux étaient ceux qui savaient et n’ont rien dit.

Il serait bon que la population française s’interroge sur l’état de déliquescence de la société dans laquelle elle vit.

Qu’est-ce qu’une société où les journalistes se taisent et débitent seulement du prêt-à-penser ? Qu’est-ce qu’une société où le personnel politique pratique les connivences et une forme d’omerta ? Qu’est-ce qu’une société où la débauche et les perversions deviennent banales ? Qu’est-ce qu’une société où on n’interrompt pas la dérive des gens puissants avant qu’il ne soit trop tard et où il y a deux justices, l’une pour l’élite et une autre pour le reste de la population ? Qu’est-ce qu’une société où la parole d’une femme de chambre est considérée comme valant infiniment moins que celle d’un milliardaire ou d’un ministre ? Je pourrais allonger la liste des questions. Nous ne sommes pas sortis de l’Ancien Régime. Nous allons tout droit vers la déliquescence. Tellement de signes l’indiquent qu’il semble inutile de le dire. Mais si peu de gens le disent qu’il faut néanmoins le dire.

Dans cette sordide affaire, la victime est d’abord, bien sûr, la femme de chambre. Elle est ensuite, oui, Dominique Strauss-Kahn qui est sur une pente dérivante depuis longtemps et qui s’est cru protégé par le fait d’appartenir aux plus hautes sphères françaises. Elle est la société française qui est victime consentante de tous ses travers et dysfonctionnements.

Dans sa suite sur Times Square, Dominique Strauss-Kahn a cru qu’il était en France, et s’il avait été en France, tout cela n’aurait été, effectivement, que peccadille. Il n’était pas en France, mais dans un pays où on prend encore l’éthique et la justice au sérieux et où la parole d’une femme de chambre est écoutée.

Guy Millière


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Binyamin Netanyahou était en visite aux Etats-Unis pour la conférence annuelle de l’AIPAC. Cette visite devait être triomphale. Elle a ...