vendredi 22 juin 2018

Solica par Rav Yaakov Levy.........


L’histoire de Solica Hatchuel a été racontée à maintes reprises sous différentes versions et mérite d’être racontée à nouveau. Solica est née en 1817 dans une famille marocaine tangéroise. Certaines sources rapportent qu’elle était d’une beauté inégalée. Le drame commença à partir d’une simple dispute entre elle et sa mère. Pour y mettre fin, Solica alla se réfugier dans la cour d’un voisin musulman. Connaissant la jeune fille, et voulant exploiter la situation, l’individu lui fit miroiter les avantages qu’elle pourrait avoir en devenant son épouse. Elle s’y opposa catégoriquement mais le voisin clama haut et fort que Solica s’était convertie à l’Islam mais qu’elle s’était rétractée, fait considéré par le Coran (Sourate IV, 89) comme crime d’apostasie, et passible de la peine de mort. La rumeur allant bon train, elle fut arrêtée et trainée devant un juge mais répondit calmement à toutes les accusations portées contre elle. Telle une dangereuse criminelle, elle fut jetée dans une cellule dans des conditions épouvantables. Les malheureux parents essayèrent de la sortir de cette prison, en s’adressant en dernier recours au vice-consul espagnol, Don José Rico pour qu’il intervienne, mais rien n’y fit.
Le Pacha de Tanger eut vent de l’affaire et en informa le Sultan Muley Abderrahman résidant à Fès, en lui demandant quelle serait la marche à suivre dans un tel cas. Pour toute réponse, ce dernier lui ordonna de transférer la jeune fille à Fès. Les frais de transport devaient être payés par son père, menacé de 500 coups de bâton s’il ne réglait pas la somme exigée. Dans l’impossibilité de payer, c’est Don José Rico, visiblement par pitié, qui déboursa. Solica fut traînée pieds nus derrière une charrette tirée par un âne de Tanger à Fez, environ 300 kms (!), et le voyage dura près de six jours.
Ce Sultan était dans une situation politique délicate: d’un côté Napoléon III avait conquis l’Algérie en 1830 et menaçait maintenant le Maroc. S’il amnistiait Solica, en cette année 1834, cela signifiait céder à la pression extérieure et pouvait être interprété, par une foule surexcitée, comme une insulte à l’Islam. D’un autre côté, la population juive se trouvait sous sa protection. On lui présenta la jeune fille. Ni la souffrance, ni le chagrin n’avaient réussi à flétrir sa beauté. Il lui proposa monts et merveilles, y compris le trône royal, à condition qu’elle acceptât de ‘revenir’ à l’Islam. Peine perdue. Le souverain pensa alors à une solution ‘miracle’ en chargeant le tribunal islamique de l’affaire. Appliquant à la lettre le Coran, le cadi et sa cour condamnèrent Solica à être décapitée sur la place publique, le jour du marché. La malheureuse fut mise à mort en criant le Chéma Israël. Elle avait dix-sept ans.
Pour récupérer la dépouille de Solica, les membres de la ‘Hevra Kadicha (des héros!) durent jeter ci et là des pièces d’or pour se frayer un passage au milieu d’une foule en délire au risque de leurs vies. Ils chargèrent le corps ensanglanté sur leurs épaules, mais en arrivant au Mellah, ils trouvèrent porte close car les autorités craignaient un pillage. Ils durent faire un immense détour toujours poursuivis par cette foule enragée, tout en continuant à jeter de l’argent. Solica fut enterrée le jour même près de la tombe de Rabbi Eliahou Hassarfati, éminent cabaliste de Fès du XVIIIe siècle.
Rares sont les femmes juives auxquelles on célèbre une Hilloula mais Solica fait exception. Comme la date exacte de son exécution a été oubliée, on célèbre sa Hilloula au cimetière juif de Fès avec celle d’un autre rabbin cabaliste du nom de Rabbi ‘Haïm Hacohen le 27 Yiar. Comble de l’absurde et par un retour de l’Histoire, les musulmans eux-mêmes se recueillent sur la tombe de Solica en invoquant son assistance.
ה’ ינקום דמה

P.s: Vous pourrez toujours consulter avec intérêt le site http://hatchuel-hatchwell.net/solika/solikas-full-story/ (en anglais), Solica de Chelomo Maman (Elad 5778, en hébreu) ainsi que le livre très documenté des professeurs Paul B. Fenton et David G. Littman: L’Exil au Maghreb – La condition juive dans l’Islam (1148-1912).

P.s: Certains prétendent que l’écrivain et dramaturge de langue yiddish I. L. Peretz (1852-1915) s’est inspiré de l’histoire de Solica pour écrire sa célèbre nouvelle: ‘Les trois présents’.
 Rav Yaakov Levy

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