mercredi 28 mars 2018

Pourquoi Moïse est-il absent du récit de la Haggadah ?


Pourquoi Moïse, personnage central de la narration biblique, est-il quasiment absent du récit de la Haggadah ?

Le soir de Pessah, nous lisons la Haggadah, le récit de la sortie d’Egypte. Ce récit construit sous forme de questions / réponses explique les conditions de la sortie d’Egypte, et rapporte les différentes opinions des sages sur le Seder et le sens de la fête de Pessah.
Il contient également des louanges et des prières en relation avec la grandeur de D.ieu, ses miracles et le souhait que nous avons tous de voir l’Exil se terminer ” l’an prochain à Jérusalem”.
Aucune persécution, aucun emprisonnement ne peut annuler ce qu’inaugure pour toujours la sortie d’Egypte : la naissance d’un peuple et l’avènement de sa liberté de conscience.
A travers le cérémonial du Seder et de la Haggadah, il nous faut concrètement ressentir le goût de l’émancipation et de la liberté. La parole et le questionnement qui scandent les différentes étapes de la soirée doivent nous aider à y parvenir.
Par définition, un homme asservi est un homme qui ne pose pas de question, qui se soumet sans discuter. Le soir de Pessah, plus on parle, plus on interroge, et plus on touche à l’essence de la fête…
Il est fondamental que chaque génération ressente avec la plus vive acuité que la sortie d’Egypte a fait de nous un peuple à part entière, libre d’une liberté fondamentale et inaliénable. Aucune persécution, aucun emprisonnement ne peut annuler ce qu’inaugure pour toujours la sortie d’Egypte : la naissance d’un peuple et l’avènement de sa liberté de conscience.
La Haggadah plus qu’un simple récit de libération nous confronte à l’expérience de la sortie, du passage vers quelque chose d’autre…
Elle montre très concrètement comment l’esclave inconscient de son aliénation se métamorphose en homme libre de ses choix et de sa foi.
Durant tout le Seder, nous conjuguons et superposons les symboles contradictoires de libération et d’aliénation, justement pour mieux percevoir cette métamorphose. La liberté n’arrive pas comme un cadeau, elle se conquiert, elle se recherche…
A nous donc d’élucider les oppositions antinomiques contenues dans la juxtaposition des quatre coupes de vin avec les herbes amères, ou de la position accoudée avec la ‘Harosset…
La Matsa, symbole par excellence de la soirée de Pessah, synthétise, à elle seule, tous les contraires : elle est à la fois le pain de pauvreté que nos ancêtres ont mangé en Egypte et le pain de liberté qui n’a pas eu le temps de lever au moment où les Enfants d’Israël ont quitté l’Egypte…
En condensant tous ces symboles, le récit haggadique n’est pas un récit historique au sens traditionnel du terme.
Dans les livres d’Histoire, l’accent est souvent mis sur l’homme providentiel, celui par qui les événements arrivent, celui qui par sa force charismatique se fait le catalyseur des aspirations de tout un peuple.
Dans la narration haggadique, Moïse, l’homme qui incarne au plus haut point la sortie d’Egypte, ne tient pas, loin s’en faut, une place de premier plan. A peine est-t-il mentionné une seule fois et encore de façon annexe : “… le peuple révéra D.ieu et eut foi en D.ieu et en son serviteur Moïse “.
La Haggadah pour raconter la sortie d’Egypte laisse de côté le récit détaillé de l’Exode où les événements, racontés de façon extrêmement précise, font évidemment la part belle à Moïse, notre maître, pour chercher ses sources dans de courts passages du Deutéronome et du livre de Josué relativement concis et allusifs.
Plus encore, cette réticence à citer Moïse semble confiner à la censure lorsque sur les six versets du chapitre 24 de Josué, la Haggadah n’en mentionne que les trois premiers pour s’arrêter au moment précis où le nom de Moïse doit apparaître.
Prendre ses sources dans le livre de l’Exode aurait fait de Moïse le héros incontournable de la soirée et du récit de la Haggadah.
Le Gaon de Vilna explique que cette “mise à l’écart” de Moïse, notre maître, est volontaire. Prendre ses sources dans le livre de l’Exode aurait fait de Moïse le héros incontournable de la soirée et du récit de la Haggadah, un récit apologétique centré autour de la personne de Moïse.
Dès lors, la Haggadah aurait manqué son but essentiel, faire comprendre que les juifs sont sortis d’Egypte, par la seule volonté et le seul pouvoir de D.ieu.
Citer Moïse ne serait-ce qu’une seule fois (dans le verset de Josué) c’était également prendre le risque de faire croire que D.ieu avait agi en association avec lui.
C’est la raison pour laquelle la seule occurrence du nom de Moïse dans la Haggadah est suivie de l’apposition : “son serviteur” ; le serviteur de D.ieu par opposition à Son associé.
De plus, si l’enjeu du Seder consiste en cette perception d’une liberté de conscience donnée par D.ieu – en nous émancipant du statut d’esclave sans Thora – ce sentiment de liberté ne pourrait être pleinement perçu dans un rapport de soumission et de glorification à l’égard d’un homme, fût-il Moïse, notre maître.
Le soir de Pessah, c’est à l’échelle individuelle, personnelle et familiale que nous devons vivre l’expérience de liberté que nous proposent le Seder et la Haggadah. Tout en étant capable de percevoir que les grands bouleversements ne sont pas le fait d’un homme quel qu’il soit, mais que D.ieu reste par delà les apparences le seul instigateur de l’Histoire.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

LE CARDINAL SARAH AUX 12.000 PÈLERINS DE CHARTRES : TERRE DE FRANCE, RÉVEILLE-TOI !

Peuple de France, retourne à tes racines ! On peut décider de ne pas en parler. C’est, d’ailleurs, le choix d’une grande partie de la...