dimanche 19 novembre 2017

Netanyahou ou un autre, Israël peut-il changer ?


En Israël, où plusieurs scandales liés à des cas allégués de corruption défraient la chronique, l’opinion retient son souffle et se demande si son éternel Premier ministre, le très nationaliste Binyamin Netanyahou (en place entre 1996 et 1999 puis depuis 2009), sera ou non bientôt poursuivi par la justice. L’intéressé y voit une conspiration de la gauche et des médias qui lui sont inféodés, et jure de survivre à cette « obsessionnelle chasse aux sorcières ». L’avenir dira s’il devra suivre les traces de son prédécesseur, Ehoud Olmert, en prison pour corruption, ou s’il échappera à ce sort funeste.
Une autre population suit l’actualité israélienne en direct. Les péripéties de la vie politique israélienne ont en effet toujours concerné les Palestiniens, non loin de là. Au titre de population occupée depuis cinquante ans. Occupée mais aussi colonisée. Quelque 650.000 Israéliens juifs sont installés dans les territoires que l’armée d’Israël avait conquis lors de sa victoire éclair en 1967. Souvent, lorsque l’on demande aux Palestiniens leur opinion sur la vie politique israélienne, ils admettent se tenir au courant mais ajoutent toujours que tous les gouvernements israéliens, qu’ils fussent dominés par la droite ou par la gauche, ont toujours suivi la même ligne, qui consiste à nier leurs droits.

Une ligne politique forte

Jusqu’à preuve du contraire, ils n’ont hélas ! pas tort. A l’exception de la brève fenêtre d’espoir que constituèrent les accords d’Oslo entre leur signature en 1993 et l’assassinat du Premier ministre Yitzhak Rabin par un Israélien extrémiste deux ans plus tard, les exécutifs israéliens se sont succédé sans mettre en œuvre la volonté de mettre fin à l’occupation et à la colonisation ou à leur corollaire, la répression. Tout au contraire. Avec Netanyahou, il n’y a au moins aucune ambiguïté. N’a-t-il pas déclaré le 3 août à Beitar Illit, une colonie proche de Bethléem, qu’aucun gouvernement n’avait fait autant pour la colonisation que celui qu’il dirigeait ? Il serait incongru de le contredire puisqu’il dit en l’occurrence la vérité.
Et même si Netanyahou venait à démissionner, tout indique, et d’abord les sondages, que son successeur assumerait la même ligne politique. Les formations nationalistes, voire extrémistes et racistes, font le plein de leurs partisans. Les Israéliens, en majorité, ont intégré la colonisation, ou ils l’ont oubliée. Les Palestiniens sont déshumanisés, assimilés à des terroristes, leur sort misérable importe peu. La population israélienne vote donc pour des partis qui promettent la sécurité, gèrent l’économie nationale avec succès et qui, aussi, promeuvent la colonisation.
La communauté internationale pourrait bousculer ce statu quo déprimant, mais qui en prendra jamais la responsabilité ?

Face aux accusations de corruption, Netanyahou dénonce un «putsch»

Binyamin Netanyahou et son épouse Sara, mercredi soir, au meeting de soutien organisé par le Likoud
: une défense «
classique
» arc-boutée sur le «
complot
» et la «
tentative de putsch
»... © Reuters.
Binyamin Netanyahou et son épouse Sara, mercredi soir, au meeting de soutien organisé par le Likoud : une défense « classique » arc-boutée sur le « complot » et la « tentative de putsch »... © Reuters.
De notre correspondant à Tel-Aviv.
Une « tentative de putsch de la gauche et de la presse à ses ordres ». C’est en ces termes que Binyamin Netanyahou a justifié mercredi soir, devant trois mille cadres du Likoud réunis au palais des expositions de Tel-Aviv, les différentes enquêtes judiciaires en cours pour « corruption », « fraude » et« abus de confiance » le concernant lui et son entourage.
A l’entendre, la police et les magistrats chargés de ces dossiers sensibles seraient instrumentalisés par ses ennemis politiques. Des propos virulents mais plus modérés comparés à ceux du député Likoud Oren Hazan pour lequel le Parquet anti-corruption « n’est rien d’autre qu’une écurie remplie de merde ».
Pourtant, le chef du gouvernement israélien n’est pas la seule personnalité politique à devoir rendre des comptes à la justice de son pays. En effet, indépendamment de lui, le leader du parti ultra-orthodoxe Shas et ministre de l’Intérieur Arié Dery, qui avait déjà purgé une peine de prison pour corruption au début des années 2000, se retrouve cette fois au cœur d’un dossier de fraude fiscale et de blanchiment. Quant à son collègue des Affaires sociales Haïm Katz (Likoud), la police demande son inculpation pour des malversations financières ainsi qu’un trafic d’influence.
« Il s’est développé dans ce pays une culture du “tout est permis” tant que ça rapporte », fulmine la députée d’opposition et ex-ministre de la Justice Tzipi Livni. « Dans les sphères haut placées, certains se servent en croyant bénéficier de l’impunité. Puis, lorsqu’ils se font prendre, ils hurlent au complot de la police parce qu’ils ne comprennent pas ce qu’ils ont fait de mal ».

Phénomène historique

Certes, la corruption n’est pas un phénomène nouveau en Israël puisque les premières affaires ont éclaté peur après la création de ce pays en 1948, y compris dans l’entourage du « père de la nation » David Ben Gourion. Cependant, le phénomène s’est aggravé à partir du début des années 2000, lorsqu’Ariel Sharon (Likoud) est devenu Premier ministre.
Depuis lors, le successeur de Sharon, Ehoud Olmert, a été condamné à dix-huit mois de prison pour avoir touché des enveloppes dans le cadre d’un projet immobilier à Jérusalem. Et ce mardi, l’ex-vice-ministre de l’Intérieur Faina Kirschenbaum a été inculpée pour corruption, abus de confiance, fraude et blanchiment.
Figure de proue du parti d’extrême droite « Israël notre maison » présidé à vie par l’actuel ministre de la Défense Avigdor Lieberman, Kirschenbaum avait, avec l’aide de cadres de son parti, mis au point un système grâce auquel elle et ses proches, mais également sa formation, prélevaient un pourcentage sur les subsides accordés par l’Etat aux collectivités locales ainsi qu’aux associations.
« De la fédération sportive à l’ASBL culturelle en passant par la colonie de Cisjordanie, tout le monde devait passer à la caisse, voire trouver un emploi aux membres de la famille de la ministre, s’il voulait recevoir des subsides », explique le chroniqueur judiciaire Barouh Kra. « A elle seule, cette affaire montre à quel point la moralité publique s’est dégradée puisque les associations et les municipalités rackettées ont fini par trouver les exigences de Kirschenbaum normales : elles rétrocédaient des commissions sans se poser de questions et se disant que c’est comme cela que le système fonctionne, donc qu’il faut s’en accommoder ».
Ces dernières années, la police israélienne et le Parquet ont pourtant accentué leurs efforts dans la lutte contre la corruption des mandataires publics. Plusieurs maires, dont ceux d’Ashkelon et de Natanya, ont ainsi été arrêtés pour diverses combines lucratives. « Mais il reste encore beaucoup de pain sur la planche car, obsédé par les problèmes de sécurité et la lutte anti-terroriste, le système judiciaire a laissé faire pendant trop longtemps en se disant qu’un responsable public qui s’en met plein les poches est moins dangereux qu’un kamikaze prêt à se faire exploser dans un autobus bondé », estime Meni Naftali, l’un des organisateurs des manifestations anti-corruption organisées chaque samedi soir à proximité du domicile du procureur général de l’Etat. « Heureusement, l’opinion se réveille doucement. Elle ne tolère plus les pratiques douteuses et, de son côté, le Parquet se déclare décidé à “nettoyer” ce qui doit l’être. Si c’est vrai, c’est ce qui pouvait nous arriver de mieux ».

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