mercredi 15 novembre 2017

Lassé de diriger Gaza, le Hamas pourrait viser un rôle semblable à celui du Hezbollah.......


Il est difficile de garder la trace du nombre de fois où le Hamas et le Fatah auraient été sur le point de se réconcilier. Et il est presque impossible de se rappeler du nombre d’articles qui ont été écrits dans la presse palestinienne et la presse arabe en général par d’importants responsables sur l’impératif de la réconciliation et l’unité nationales entre la bande de Gaza et la Cisjordanie...

A présent, l’unité palestinienne est de retour à la Une des journaux. Une importante délégation de 460 membres du gouvernement de l’Autorité palestinienne (AP) à Ramallah, dirigée par le Premier ministre Rami Hamdallah et composée de fonctionnaires, de gardes de sécurité et d’experts en eau, en électricité, et de bien d’autres domaines, doit arriver lundi à Gaza pour symboliser le « retour du gouvernement de l’AP et dans la bande de Gaza. » Certains membres sont déjà arrivés jeudi.

Un peu plus de dix ans après le schisme entre la Cisjordanie et la bande de Gaza, quand le Hamas a renversé avec sang le régime de l’AP dans l’enclave palestinienne, un moment d’unité historique serait à notre portée. La délégation, qui a loué des salles dans certains hôtels de Gaza, prévoit d’organiser différentes réunions, principalement pour le protocole et les caméras, afin de présenter au moins l’apparence de la réconciliation.
Il est impossible d’éviter un sentiment de déjà vu. N’avons-nous pas déjà vu quelque chose de semblable en avril 2014, avec la signature d’un accord d’unité et la mise en place d’un « gouvernement de consensus national » ? L’unité n’a pas suivi. Après l’installation du gouvernement de « consensus », le président de l’AP Mahmoud Abbas a fermement refusé de financer les salaires des fonctionnaires du Hamas dans la bande de Gaza. Ensuite sont arrivés l’enlèvement et le meurtre de trois adolescents israéliens, et la guerre entre le Hamas et Israël, l’opération Bordure protectrice.
Le premier ministre de l'Autorité palestinienne Rami Hamdallah, à gauche, et l'ancien Premier ministre et dirigeant du Hamas à Gaza Ismail Haniyeh, à Gaza Ville, le 9 octobre 2014. (Crédit : Said Khatib/AFP)
Le premier ministre de l’Autorité palestinienne Rami Hamdallah, à gauche, et l’ancien Premier ministre et dirigeant du Hamas à Gaza Ismail Haniyeh, à Gaza Ville, le 9 octobre 2014. (Crédit : Said Khatib/AFP)
Alors pourquoi la situation d’aujourd’hui serait-elle différente ? Elle peut ne pas l’être. Les détails des accords entre les parties ne sont pas clairs. Il est difficile d’imaginer que l’un des deux recule sur les questions de fond, comme l’armement du Hamas et le contrôle des frontières de la bande de Gaza. Nous pourrions voir à nouveau un schéma familier : un festival d’unité suivi de difficultés dans les négociations et finalement un approfondissement de la fracture et une détérioration des rivalités.
Mais certaines choses ont réellement changé.
D’abord, la direction du Hamas a changé ces derniers mois. Khaled Meshaal et sa bande de dirigeants vivant à l’étranger ne sont plus au pouvoir. Le Hamas est maintenant dirigé par deux hommes qui vivent dans la bande de Gaza et sont nés dans ses camps de réfugiés. Ismail Haniyeh, du camp de Shati, dirige la branche politique du groupe terroriste, et Yahya Sinwar, né dans le camp de réfugiés de Khan Younes, dirige le Hamas dans la bande de Gaza.
Haniyeh et Sinwar soutiennent l’unité palestinienne, même si l’on ne sait pas ce qu’ils ont exactement en tête. Ils parlent sans cesse de cet impératif, et ont tenté de prendre plusieurs mesures pour instaurer la confiance du Fatah et de son chef, Abbas. Abbas a parlé à plusieurs reprises avec Haniyeh ces dernières semaines, un dialogue s’est ouvert.
 Yahya Sinwar, à droite, nouveau chef du Hamas dans la bande de Gaza, et Ismail Haniyeh pendant l'enterrement de Mazen Foqaha, dans la bande de Gaza, le 25 avril 2017. (Crédit : Mahmud Hams/AFP)
Yahya Sinwar, à droite, nouveau chef du Hamas dans la bande de Gaza, et Ismail Haniyeh pendant l’enterrement de Mazen Foqaha, dans la bande de Gaza, le 25 avril 2017. (Crédit : Mahmud Hams/AFP)
Les responsables en charge des forces de sécurité de chaque groupe ont aussi parlé, d’abord pour coordonner l’arrivée de l’importante délégation de lundi. Les responsables du Hamas ont annoncé le démantèlement du « comité de gestion » qu’ils avaient établi dans la bande de Gaza pour remplacer le gouvernement de Hamdallah. Le comité a été abandonné sans conditions préliminaires, alors même que le Hamas avait dans le passé cherché à imposer quelques garanties, notamment la levée des sanctions de l’AP contre Gaza.
Il faut aussi tenir compte des propos tenus jeudi par Sinwar, qui était jusque très récemment l’un des dirigeants les plus radicaux du Hamas, devant un groupe de jeunes Gazaouis.
« Je briserai le cou de quiconque s’oppose à la réconciliation, qu’il soit du Hamas ou d’un autre groupe, a-t-il dit. La décision de mettre fin à la division est une décision stratégique. Il est impossible de faire machine arrière. »
Il a également dit que Mohammed Deif, le chef terroriste du Hamas, à la tête des Brigades Ezzedine al-Qassam, était favorable à la réconciliation. « Les dirigeants de l’Autorité palestinienne doivent mettre fin à cette période de division et se tourner vers l’avenir afin de construire un projet national, a-t-il dit. Le Hamas fera des concessions douloureuses, chacune plus difficile que la précédente, afin de parvenir à la réconciliation. »
Yahya Sinwar, au centre, chef du Hamas dans la bande de Gaza, pendant une rencontre avec les jeunes à Gaza Ville, le 28 septembre 2017. (Crédit : Mohammed Abed/AFP)
Yahya Sinwar, au centre, chef du Hamas dans la bande de Gaza, pendant une rencontre avec les jeunes à Gaza Ville, le 28 septembre 2017. (Crédit : Mohammed Abed/AFP)
Et, cerise sur le gâteau : « Le Hamas a démantelé le comité de gestion avant même qu’Abu Mazen [Abbas] ne parle aux Nations unies [devant l’Assemblée générale le mois dernier] parce que le Hamas pense qu’un président fort est dans l’intérêt de la nation et des Palestiniens. »
Sinwar a dit que le Hamas maintenait une coordination totale avec de nombreux groupes rivaux dans la bande de Gaza, et précisé que « nous espérons les intégrer tous dans l’armée nationale palestinienne. »
Le changement de personnes et de ton à la direction du Hamas est lié à une réalité inconfortable pour le groupe terroriste islamiste : le Hamas a été forcé de reconnaître son échec lié à sa gestion au niveau civil – la vie à Gaza est restée sinistre sous son règne – en conséquence un danger que les habitants de la bande de Gaza se soulèvent contre lui.
La volonté de démanteler sans conditions le comité de gestion, et de remettre les clés au gouvernement de Hamdallah en ce qui concerne les affaires civiles, revient à admettre publiquement son échec.
Le Hamas a tenté par tous les moyens possibles de maintenir son contrôle sur la bande de Gaza pendant dix ans, mais montre à présent des signes clairs de sa volonté de se mettre en retrait, du moins dans la sphère civique.
Les épouvantables coupures de courant (les Gazaouis ont actuellement seulement cinq heures d’électricité par jour), la fermeture des arrivées d’eau (ils n’ont de l’eau courante qu’une fois tous les quatre jours en moyenne), le taux de chômage astronomique (près de 44 %), la lente reconstruction de la bande de Gaza après le conflit de 2014 contre Israël, la fermeture par l’Egypte du poste-frontière de Rafah, tous ces facteurs combinés ont poussé le Hamas, et principalement Sinwar et Haniyeh, à repenser la question du contrôle de l’enclave côtière.
Une Palestinienne aide son fils à faire ses devoirs à la lumière des bougies, alors qu'une crise électrique touche la bande de Gaza, dans le camp de réfugiés de Khan Yunis, le 19 avril 2017. (Crédit : Mahmud Hams/AFP)
Une Palestinienne aide son fils à faire ses devoirs à la lumière des bougies, alors qu’une crise électrique touche la bande de Gaza, dans le camp de réfugiés de Khan Yunis, le 19 avril 2017. (Crédit : Mahmud Hams/AFP)
Ceci est réellement spectaculaire. Le Hamas était né des Frères musulmans comme preuve présumée que « l’islam est la réponse. » A présent, il reconnaît ses limites. Cela est peut-être dû à l’attitude du parti Ennahdha de Tunisie, qui a sagement réalisé qu’il ne pouvait pas être le souverain ou le gouvernement, et est mieux dans l’opposition. Mais le Hamas pourrait préférer l’exemple libanais : agir comme le fait le Hezbollah, dans la mesure du possible.
C’est une idée simple, du moins en théorie : permettre à l’Autorité palestinienne de gérer les affaires courantes dans la bande de Gaza, s’inquiéter de l’électricité, de l’eau, des eaux usées, des aides sociales, du chômage, etc., tout en s’assurant que la branche armée du Hamas garde tout son armement.
De cette manière, le Hamas peut continuer à être le moteur sur le terrain dans la bande de Gaza, pendant que l’AP devra gérer les affaires quotidiennes ingrates et mornes. Malgré tout leur soutien à l’unité palestinienne, les responsables du Hamas ont clairement dit qu’ils ne comptaient pas abandonner les « armes de la résistance », le terme même qu’utilise le Hezbollah au Liban.
Les deux parties peuvent potentiellement atteindre un accord sur plusieurs des points cruciaux du conflit. Le problème des fonctionnaires embauchés par le gouvernement du Hamas après le coup de 2007, environ 45 000 personnes, peut être résolu. Si les deux parties le veulent, un mécanisme peut être trouvé (peut-être selon le « modèle suisse » proposé par un diplomate helvétique qui s’est rendu plusieurs fois dans la bande de Gaza.) Près de 20 000 d’entre eux sont membres de la force de police civile, des agences et une force civile créées pour s’occuper de la sécurité personnelle des Gazaouis. L’AP peut les embaucher au sein de ses agences officielles, même si elles comptent déjà beaucoup de personnel.
Ouvriers palestiniens dans une usine de ciment, pendant les quelques heures par jour d'électricité, au camp de réfugiés de Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, le 24 septembre 2017. (Crédit : Said Khatib/AFP)
Ouvriers palestiniens dans une usine de ciment, pendant les quelques heures par jour d’électricité, au camp de réfugiés de Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, le 24 septembre 2017. (Crédit : Said Khatib/AFP)
Autre facteur à garder à l’esprit à cet égard : la réponse de la communauté internationale. La réconciliation avec le Hamas, et un accord pour que l’AP paie les salaires de 16 000 à 20 000 membres des forces de sécurité qui étaient jusqu’à présent des fonctionnaires du Hamas poseront certainement un problème au versement de l’aide financière à l’Autorité palestinienne.
Le Taylor Force Act, qui limitera l’aide américaine à l’AP tant qu’Abbas paiera les familles des terroristes, devrait être adopté en décembre par le Congrès américain. Ceci pourrait être l’un des facteurs poussant Abbas à accélérer le processus de réconciliation.
Le sujet de la présence de l’AP aux postes-frontières de Gaza est lui aussi soluble. Des responsables du Hamas ont sous-entendu qu’ils accepteraient que les forces de l’AP prennent le contrôle officiel des frontières, et peut-être même qu’elles soient déployées le long de la frontière avec Israël et l’Egypte. Ceci permettrait l’ouverture permanente du poste-frontière de Rafah, et une amélioration immédiate de la situation économique de la bande de Gaza. Washington soutiendrait largement une telle mesure, et même Israël pourrait y être favorable.
Pendant une récente visite à la frontière de la bande de Gaza, Jason Greenblatt, envoyé américain pour la paix au Moyen Orient, a déclaré, accompagné du général de division israélien Yoav Mordechai, coordinateur des activités gouvernementales dans les territoires (COGAT), que l’AP devait revenir aux postes-frontières.
L'envoyé pour la paix du président américain Donald Trump, Jason Greenblatt (à gauche), dans un tunnel terroriste du Hamas près de la bande de Gaza avec le coordonnateur des activités gouvernementales dans les territoires (COGAT) Yoav 'Poly' Mordechai le 30 août 2017 (Crédit : bureau du porte-parole du COGAT)
L’envoyé pour la paix du président américain Donald Trump, Jason Greenblatt (à gauche), dans un tunnel terroriste du Hamas près de la bande de Gaza avec le coordonnateur des activités gouvernementales dans les territoires (COGAT) Yoav ‘Poly’ Mordechai le 30 août 2017 (Crédit : bureau du porte-parole du COGAT)
La question critique de l’unité entre le Fatah et le Hamas, qu’Israël suivra avec attention, et qui pourrait déterminer la viabilité et le sérieux de tout accord de réconciliation, est le devenir de la branche armée du Hamas.
Abbas sait très bien qu’un accord qui ne toucherait pas à la branche armée du Hamas sera un problème : pour Israël, pour la communauté internationale, et pour ses propres intérêts. Il est difficile de prévoir s’il l’acceptera. Abbas a autrefois affirmé que le désarmement du Hamas était un pré-requis non négociable à un accord d’unité.
Abbas est aussi un homme connu pour ne pas pardonner facilement à ses rivaux. De hauts responsables de l’AP disent qu’il ne se précipite pas pour accepter le Hamas à Gaza. Il existe toujours une suspicion profonde entre le Fatah et le Hamas, ainsi que des ressentiments des habitants de la Cisjordanie et de la bande de Gaza entre les deux groupes.
Et pourtant la mauvaise image d’Abbas, reflétée par les sondages d’opinion menés chez les Palestiniens de Cisjordanie, ainsi que le désespoir face aux perspectives de processus de paix, pourrait cependant le mener à permettre aux Brigades Ezzedine al-Qassam de garder leurs armes.
L’un des signes qui montrent qu’Abbas est sérieux sur l’unité cette fois, est la présence de Majed Faraj, son proche et confident qui dirige les renseignements de l’AP, dans la délégation envoyée à Gaza. Faraj est un genre de combinaison palestinienne de Yitzhak Molcho, le diplomate personnel du Premier ministre Benjamin Netanyahu, et de Yossi Cohen, le directeur du Mossad. C’est Faraj, dont la politique stricte et sans compromis à l’égard du Hamas est bien connue, qui dirige le processus de réconciliation à Gaza.
Pour son analyse finale, Abbas voudra savoir précisément ce qu’offre le Hamas, et il ne se précipitera probablement pas dans un accord avant de connaître le plan de paix proposé par les Etats-Unis. S’il doit y avoir une réconciliation sincère, cela sera probablement un processus progressif, avec des mois de débats sur les moindres détails de nombreux sujets controversés.
Et, comme on le sait, le diable est dans les détails.

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