jeudi 3 août 2017

Neymar au PSG : au-delà du foot.....


Mercredi 2 août, 12 h 44 : le suspense en mondovision prend fin avec la publication d’un communiqué on ne peut plus officiel du FC Barcelone expliquant que son attaquant brésilien Neymar da Silva Santos Jr., dit Neymar (25 ans), avait tiré le rideau sur ses années catalanes : «Le joueur est venu s’entraîner comme prévu et a communiqué à ses coéquipiers qu’il s’en allait […]. L’entraîneur lui a donné l’autorisation de ne pas s’entraîner et d’aller s’occuper de son avenir.»
Le Paris-SG (ou plus sûrement Doha, qui a racheté le club de la capitale en 2011) a donc réussi un coup d’un prestige insensé : mettre la main sur le joueur de foot le plus bankable de la planète, le deuxième plus suivi sur Twitter avec quelque 30 millions de followers quand les sept comptes certifiés du PSG en drainent 5,5 millions. Pour l’heure, le montage financier est aussi obscur que les racines du monothéisme, le journal espagnol Sport qualifiant au jugé celui-ci «d’œuvre d’art» dans la mesure où il permettrait au club parisien de rester dans les clous du fair-play financier imposé par l’UE du foot, qui commande d’équilibrer dans une certaine mesure dépenses et recettes.

Produit universel

Les faits : si Neymar a fait ses adieux à Lionel Messi et consorts, rendant dès lors tout retour en arrière impossible, c’est qu’il sait que le Paris-SG a trouvé un moyen de faire sauter sa clause libératoire de 222 millions d’euros, soit le double du précédent transfert le plus cher de l’histoire, celui de l’international tricolore Paul Pogba entre la Juventus de Turin et Manchester en août dernier. Dealée par le club catalan et le père et agent du joueur il y a un an, cette clause avait été calibrée pour être dissuasive. Elle n’a pas empêché le départ du joueur : il n’y a plus de limite, toutes les formes de régulations ou barrières ont explosé. Selon TV Globo, Neymar réclame un salaire net de 30 millions d’euros par an (le double de ce qu’il touche au Barça), ce qui, ajouté à la clause de départ et étendu au quatre ou cinq années de contrat le liant au PSG, coûterait 500 millions au club. Sur un joueur et un seul.
Quand il s’exprimera, Neymar plaidera l’argument sportif : j’étais l’aide de camp de Messi à Barcelone, je serai la tête de pont au PSG. Avant d’atterrir en Europe, son histoire s’est racontée comme on déroulerait celle d’un gamin rescapé d’un crash d’avion : le Brésil, usine à fabriquer des modèles uniques (Pelé, Zico, Sócrates, Ronaldo) et quintuple champion du monde, ne produit guère plus que des maquettes, lesquels peinent de plus en plus à trouver une place dans les grands clubs européens. La belle histoire de bout en bout : à Santos, club du roi Pélé, il y aurait un survivant, Neymar, dont YouTube s’est chargé de faire la promotion pour les consommateurs de foot encore éloignés du miracle. Sur le Web, dès 2009, on voit une brindille transformer le championnat local - quand ce n’est pas l’Amérique du Sud dans les compétitions continentales - en baby-foot. Il dribble, marque, humilie sans forcer et s’amuse comme le héros d’un manga japonais dont le ballon est le meilleur ami.
Le teaser prend forme à mesure que les recruteurs le reluquent de plus près : Neymar Jr (calibré, choyé, rémunéré chaque année un peu plus, pour être un produit universel depuis ses premières poussées d’acné) est le dernier des Brésiliens, chargé d’éviter l’extinction de l’espèce. En 2013, le Barça le recrute officiellement pour 57 millions d’euros (40 pour la famille du joueur, 17 pour Santos). La justice espagnole évaluera la transaction à 83 millions et des poussières et le parquet brésilien mettra Neymar en examen en février 2016 pour évasion fiscale et falsification de documents.

Formule magique

L’attaquant débarque en sélection à 18 ans dans le rôle du guide en toge, un mois après la Coupe du monde 2010 où le Brésil a calé en quart de finale, correct, prévisible et pragmatique, comme si l’Espagne, les Pays-Bas et l’Allemagne lui avaient chapardé la formule magique. Neuf ans plus tard, Neymar a infantilisé (77 sélections, 52 buts) la Seleçao : sans lui, le Brésil est paumé. En mars, il avait largement contribué à rouster le PSG (6-1) en huitième de finale retour de la Ligue des champions (deux buts, une passe décisive). En avril, un quotidien catalan affirmait que le Barça s’interrogeait sur la lourdeur de l’agenda médiatique de Neymar. Il pose pour des campagnes de prévention, des écouteurs, des lunettes, des produits de beauté… au Brésil, en Espagne, au Japon. Paris a mis la main sur un as. Et sur l’une des incarnations humaines de son projet les plus abouties : du football et du marketing, les deux étant indissociables.
Grégory Schneider Ramsès Kefi



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