mercredi 9 août 2017

»Immanouel appartient à la mémoire collective » Ilan Moreno....


Le 25 Av, nous célébrerons la hazkara d’un héros d’Israël: Immanouel Moreno. Ce jour de 5766, 19 août 2006, alors que la Guerre du Liban est officiellement terminée, il est tué dans une opération de la sayeret Matkal dans la vallée de Baalbek au Liban. Le lieutenant-colonel de 35 ans est aujourd’hui considéré comme l’un des héros d’Israël, et ses actions sur le terrain ont permis et permettent encore à l’État d’assurer la sécurité de ses citoyens. Herzi Halévy, ancien commandant de la Sayeret Matkal, témoignera même en ces termes : « Si Tsahal est la meilleure armée du monde, la sayeret Matkal la meilleure unité de Tsahal, Immanouel le meilleur soldat de l’unité, alors Immanouel est le meilleur soldat du monde ».

                                                                                                       Perpétuer les valeurs
Immanouel est né en France, ses parents font leur Alyah lorsqu’il a un an. Les enfants Moreno ont grandi dans une ambiance sioniste et religieuse, mais Ilan, le père, affirme : « L’engagement d’Immanouel était naturel chez lui, notre éducation l’a certainement influencé, mais ce n’est pas tout. Il avait en lui l’amour du peuple d’Israël ».
Rien d’étonnant donc qu’il ait intégré une prestigieuse unité d’élite et s’y soit investi de tout son cœur et de toute son âme.  Le souvenir et le message d’Immanouel sont perpétués par sa famille et ses amis à travers l’association  »Bedarkei Immanouel », qui prend en charge environ 500 élèves du sud du pays, de la kita beth à la kita zayin, les après-midi. Elle leur propose des activités pédagogiques s’inspirant des valeurs d’Immanouel. « L’objectif premier est d’apprendre aux enfants que l’on peut travailler sur ses midot. Nous  essayons de faire en sorte que nos jeunes se révèlent. Des jeunes qui auront pour but dans leur vie de protéger le Am Israël. Immanouel nous disait que c’était ce qu’il savait faire  le mieux», se rappelle Ilan.
Immanouel était un exemple. Ses compagnons d’armes se souviennent que malgré son haut grade dans la hiérarchie, ses missions ultra confidentielles et déterminantes pour la sécurité d’Israël, il savait garder les pieds sur terre. Ils témoignent qu’il était toujours volontaire pour aider ou pour effectuer toute tâche même la plus simple…
Aucun de ceux qui ont servi avec lui n’ont pu oublier le soldat mais aussi, et peut-être surtout, l’homme qu’il était. Ainsi, ils participent avec la famille d’Immanouel a l’association en son nom, se réunissent avec eux régulièrement, afin de garder un lien avec ce qu’était leur ami.
C’est dans ce même esprit, que l’un des amis d’Immanouel, Meni Gertler, a décidé de créer de ses propres mains, un observatoire en bois, à sa mémoire et à celle d’un autre des soldats morts avec Immanouel, Asher Ezra.
Immanouel disait toujours qu’il fallait que nous sachions investir la terre d’Israël.  »Si nous ne le faisons pas, nos voisins le feront », disait-il. C’est en s’inspirant de cette recommandation que Meni a décidé de fabriquer cet observatoire, sur le  »Netiv Ha-avot », à Elazar, dans le Goush Etsion. De là, on peut profiter d’une vue splendide sur Betar et voir même jusqu’à la mer.
La famille Moreno est admirative devant cette initiative:  »Beaucoup de lieux sont à la mémoire d’Immanouel en Israël. Mais celui-ci avait une signification particulière pour nous, parce qu’elle était l’initiative et l’œuvre d’un ami proche de notre fils ».
Malheureusement, il y a quelques semaines, cet observatoire a été détruit sur ordre de la Cour Suprême. Une plainte déposée par Shalom Akhshav concernant plusieurs maisons du quartier  »Netiv Ha-Avot » et aussi l’observatoire est à l’origine de cette destruction.
 »Nous avons été très peinés », confie Ilan,  »tout ce travail de Meni, dans lequel il avait investi de l’amour, du temps, de l’argent, est tombé en ruines. Pour rien… ».
La ville d’Elazar a décidé que cet observatoire ne pouvait pas disparaitre. Un nouveau a été construit, par le yichouv cette fois, quelques mètres plus loin. Un millier de personnes se sont rassemblées pour l’inauguration de ce nouveau mémorial auquel a été rajouté le nom du commandant Yohaï Kalengal hy »d, tombé pendant l’Opération Tsouk Eitan et qui habitait Eleazar.
Le ministre de l’Education Naftali Benett qui a servi dans la sayeret Matkal avec Immanouel Moreno a assisté à la cérémonie. Présent également, Yaïr Lapid a dit que ce mémorial racontait l’histoire de la bravoure israélienne et de la capacité de Tsahal de lutter tout en restant une armée morale. Le président du conseil du Goush Etzion, Shlomo Neeman a rappelé que ce n’est pas en vain que le mémorial est érigé sous forme d’observatoire: « Car nous sommes un peuple qui voit loin, et qui regarde toute cette terre qui nous a été promise ». Il a appelé le gouvernement à dire « Assez! » à la Cour suprême afin qu’elle cesse sa politique inique envers les Juifs. Le vice-ministre de la Défense Elie Ben-Dahan était également présent.
Ilan Moreno reconnait avoir été surpris et touché par la présence d’une foule si nombreuse lors de cette inauguration, alors même que les proches d’Immanouel n’avaient pas fait de publicité autour de l’événement.
 »Immanouel appartient aussi au peuple »
Cette foule est le symbole de ce que vivent les familles endeuillées par les guerres et le terrorisme. Ils  »partagent » leur proche disparu avec l’ensemble du peuple d’Israël.
Ilan Moreno nous raconte que parfois, il aimerait juste se recroqueviller dans l’intimité familiale pour pleurer son enfant.  »Immanouel appartient à la mémoire collective, l’aspect familial nous manque parfois ».
La censure militaire qui entoure les missions hautement confidentielles et importantes d’Immanouel, empêche de publier des photos de lui, jusqu’à aujourd’hui, 11 ans après sa mort.  »Cette censure entraine que l’on parle davantage des midot d’Immanouel, de ce qu’il a fait. Son visage reste le nôtre, il nous reste cet aspect de lui, pour nous ».
Pour la famille Moreno, la vertu principale du peuple d’Israël, c’est la reconnaissance, particulièrement envers ses héros.  »Tout ce qui est dit ou fait à la mémoire d’Immanouel est important pour nous. La force d’Israël c’est de savoir mettre en valeur ses fils et ses filles, de savoir véhiculer leurs belles valeurs. Alors même si pour nous cela signifie une intimité réduite, dans notre deuil et dans notre douleur, on ne peut qu’espérer que la voie tracée par Immanouel sera suivie par le plus grand nombre ».

Guitel Ben-Ishay
Photo by Gershon Elinson/Flash90

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