vendredi 7 juillet 2017

Mont du temple : pourquoi Moshé Dayan a renoncé à la souveraineté israélienne par Pierre Lurçat....



L’ouverture des archives nationales israéliennes, 50 ans après la Guerre des Six Jours, met en lumière certains événements qui ont façonné l’histoire de la région, et permet de découvrir des aspects méconnus du conflit israélo-arabe. Parmi les dossiers révélés au grand jour ces dernières semaines, figure celui du Mont du Temple, qui contient notamment une série de lettres envoyées par le directeur du département musulman au ministère israélien des Cultes, Yaakov Yehoshua (père de l’écrivain A.B. Yehoshua) *. Dans ces lettres, adressées au ministre des Cultes, Zerah Warhaftig, Yehoshua se plaint à ce dernier de l’attitude à son égard du ministre de la Défense, Moshé Dayan, qui l’a progressivement privé de ses compétences concernant l’endroit le plus symbolique et le plus stratégique : le Mont du Temple et la mosquée qu’il abrite.
Avant la guerre des Six Jours, en effet, le ministère des Cultes exerçait sa compétence à l’égard des mosquées situées sur tout le territoire israélien. Lors d’une rencontre entre Yehoshua et les dirigeants musulmans sur le Mont du Temple, en juillet 1967, celui-ci aborde ainsi le sujet des prêches, en rappelant à ses interlocuteurs qu’il ne s’est jamais jusqu’alors immiscé dans le contenu des prêches prononcés dans les mosquées, mais qu’il souhaite que ceux-ci soient empreints d’un esprit pacifique et fraternel. Son appel est accueilli de manière tout à fait positive par les dirigeants musulmans, et les premiers prêches respectent pleinement son appel à la tolérance.
Mais ce statu quo pacifique ne va pas faire long feu. Très vite, le ministère des Cultes est dessaisi de sa compétence sur le Mont du Temple par le ministre de la Défense, Moshé Dayan. Celui-ci, auréolé de gloire au lendemain de la victoire israélienne de juin 1967, a une vision des choses tout à fait différente de celle de Yaakov Yehoshua et du ministère des Cultes. Sa priorité est en effet de désamorcer le “baril de poudre” que représente à ses yeux le Mont du Temple, en remettant les clés de ce “Vatican” israélien – selon ses termes – à qui voudra bien en assumer la responsabilité. L’attitude de Dayan est conforme à l’ethos sioniste laïc, qui domine à l’époque la société et les élites israéliennes.
Car, contrairement aux pères fondateurs du sionisme politique, de Herzl à Jabotinsky, qui considéraient le Temple de Jérusalem comme un élément central du patrimoine spirituel et national juif, aux yeux de Dayan il ne s’agit pas tant du patrimoine ancestral que d’un problème encombrant, et qu’il faut régler au plus vite. Une autre explication, qui n’est pas contradictoire, voudrait qu’il ait conclu un accord avec le Waqf musulman, renonçant à la souveraineté en échange d’une autorisation tacite de mener des fouilles archéologiques “privées” sur l’esplanade…**
Quoi qu’il en soit, la politique de Dayan a été appliquée avec les conséquences que l’on sait. Le Waqf jordanien a pris possession des lieux, faisant payer l’entrée des mosquées aux visiteurs israéliens et se conduisant en maître sur le Mont du Temple, laissant aux fidèles juifs le Kottel (mur occidental, dit “des Lamentations”) en contrebas, tandis que le rabbinat israélien interdisait aux Juifs de monter sur le Mont, alléguant des raisons religieuses. Ce nouveau statu quo fragile a perduré pendant plusieurs décennies.
Ces dernières années, il est remis en question, notamment par le nombre croissant de Juifs qui se rendent sur le Mont du Temple, malgré les vexations que leur font subir les gardiens du Waqf, mais aussi par la présence de militants islamistes envoyés par le Mouvement islamiste, proche des Frères musulmans. Quant aux prêches du vendredi dans la mosquée, cela fait longtemps que leur contenu n’est plus soumis à aucun contrôle et qu’ils incitent régulièrement à la violence et à la haine des Juifs. Le père d’A.B. Yehoshua a de quoi se retourner dans sa tombe.
* Voir l’article d’Arnon Segal, “Comment le Waqf a acquis son statut dominant”, dans le quotidien israélien Makor Rishon 2.6.2017.
** Explication rapportée par l’islamologue israélien Motti Keidar.

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