mercredi 7 décembre 2016

Pearl Harbor : ces cafouillages qui ont changé l'histoire....PAR GUERRIC PONCET...


"Ne vous inquiétez pas", répondait, il y a 75 ans, un officier américain à un subalterne chargé du radar qui venait de détecter les avions japonais.


C'était il y a 75 ans... Le matin du 7 décembre 1941, l'empire japonais attaque la base américaine de Pearl Harbor, faisant près de 2 500 morts. L'attaque-surprise déclenche l'entrée en guerre des États-Unis et transforme le visage de la Seconde Guerre mondiale. Soixante-quinze ans plus tard, le raid reste comme l'un des plus efficaces de l'histoire militaire. 

Et pourtant, la bataille aurait pu être plus difficile à remporter pour les Japonais si les Américains avaient fait le lien entre plusieurs éléments intervenus quelques heures avant l'attaque. Retour en 1941... 
Le 7 décembre 1941, vers 4 heures du matin, un dragueur de mines américain repère un périscope à l'entrée du chenal de Pearl Harbor et avertit un contre-torpilleur, qui ne retrouve pas sa trace. C'était en réalité un sous-marin de poche envoyé par les Japonais pour confirmer la position des cibles prioritaires dans la rade. Sans plus d'informations, l'incident est « classé ». 
Les Japonais apprennent via leurs hommes envoyés en reconnaissance qu'aucun porte-avions n'est présent : une grosse déception pour eux. D'autant plus que, sur ce point, ce sont les Japonais qui jouent de malchance : le porte-avions géant USS Enterprise, fer de lance de la flotte du Pacifique, est retardé par le mauvais temps, mais aurait dû être présent...

« Ne vous inquiétez pas »

Quelques heures plus tard, un autre périscope est repéré dans la rade, il s'agit de nouveau d'un sous-marin de poche japonais. Mais, cette fois, l'US Navy traque et coule l'intrus. Mal informé de la gravité de l'incident, le poste de commandement pense à une fausse alerte et ne s'inquiète pas. 
Le navire américain est obligé d'envoyer un second message pour insister. Un peu plus tard, une barque pénètre dans la zone interdite. Cela arrive de temps en temps, mais, cette fois, l'embarcation se « rend » avec un drapeau blanc. Les marins américains sont stupéfaits : ils ne sont pourtant pas en guerre !
Dans le même temps, postés sur les hauteurs de l'île, des soldats américains testent un système de détection révolutionnaire : le radar. À l'aube, ils voient une ombre suspecte sur leur écran et concluent à une formation très importante d'appareils s'approchant de l'île. Ils viennent de repérer, sans vraiment le comprendre, les 180 appareils de la première vague japonaise. 
Ils transmettent l'information à leur supérieur, mais ce dernier ne juge pas utile de prendre en compte l'information : il estime qu'il s'agit d'une erreur de lecture. 
Les radars sont encore mal connus. De plus, étant rattaché à l'armée de terre, l'officier n'est pas au courant des incidents navals qui viennent d'avoir lieu. 
Constatant que les points suspects se rapprochent et sont très nombreux, le soldat en poste sur le radar demande à parler d'urgence à son chef, qui lui répond simplement « ne vous inquiétez pas » en lui expliquant qu'une formation de 12 bombardiers américains est attendue en provenance de Californie.

Panne de radio

À Washington, les événements s'enchaînent aussi de façon malheureuse. Les services de renseignements interceptent dans la nuit précédant l'attaque un message destiné à l'ambassade japonaise à Washington. 
On peut y lire que « le gouvernement japonais a le regret d'informer [...] le gouvernement américain qu'en raison de son attitude il ne peut rien faire d'autre que considérer qu'il est impossible d'arriver à un accord en menant d'autres négociations ». 
Flou, ce message est interprété par le président Roosevelt comme une simple rupture des relations diplomatiques. 
Un autre message intercepté précise que l'ambassadeur japonais doit transmettre le texte aux autorités américaines à 13 heures précises. Les Américains ne savent pas qu'ils ont sous les yeux l'heure de l'attaque japonaise, et évoquent dans leurs échanges « ce qui s'apparente à un ultimatum ». 
L'information est lentement transmise aux états-majors, qui sont invités à se mettre « en alerte en conséquence », mais Hawaii ne prend pas de mesures particulières. Les communications sont difficiles avec l'archipel : la radio est en panne et un télégramme est transmis via un réseau civil. Il n'est pas marqué comme prioritaire et n'arrive sur le bon bureau à Honolulu que quelques minutes avant l'attaque... 
À Washington, les responsables militaires sont persuadés que la puissance concentrée à Pearl Harbor met la base à l'abri de toute attaque. Au beau milieu du Pacifique, « la journée du 7 décembre 1941 commence comme n'importe quel dimanche ordinaire. L'activité tourne au ralenti. L'esprit est à la détente », relevait l'historienne Hélène Harter, interrogée par Le Point pour les 70 ans de l'attaque. Les ingrédients d'une défaite sont réunis...
Relire notre entretien avec Hélène Harter : « Pearl Harbor, un tournant de l'histoire » 

Les précédents de Port-Arthur et de Tsushima 

À son entrée en guerre contre les États-Unis en 1941, le Japon n'est plus un petit acteur dans le monde. Resté « au Moyen Âge jusqu'au XIXe siècle », selon l'expression de certains historiens, il a été modernisé en un temps record par l'empereur Meiji à partir de 1868. 
Son armée est devenue professionnelle et s'est équipée en Occident : des experts militaires sont venus d'Europe (notamment de France) et des canons, entre autres, ont été achetés en Allemagne
L'entrée du Japon sur la scène internationale s'est faite au début du XXe siècle. Autrefois inexistante (on raconte qu'une seule canonnière américaine suffisait à tenir en respect l'archipel), la marine impériale détruit la flotte russe en 1904 à Port-Arthur (en Chine actuelle), à l'issue d'une attaque-surprise rappelant étrangement celle de Pearl Harbor quatre décennies plus tard. 
Exaspéré, le tsar Nicolas II ordonne à la flotte russe de la Baltique, plus puissante, de se rendre au Japon en contournant l'Europe puis l'Afrique afin d'écraser « ces singes jaunes ». 
Mauvaise idée : les navires russes sont cueillis en pleine nuit par les cuirassés japonais et leurs nouveaux canons, d'une portée largement supérieure à celle des Russes. La bataille de Tsushima (4 500 morts et 6 500 blessés, presque tous Russes) relève presque du tir au pigeon. Le Japon est, dès lors, un acteur militaire global.
* Hélène Harter, Pearl Harbor, 7 décembre 1941, éditions Tallandier, 2011.
Explosion du destroyer « USS Shaw », le 7 décembre 1941 à Pearl Harbor. © Archives de l'US Navy








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