lundi 12 décembre 2016

Lionel Stoléru : l’hommage du Grand Rabbin de France Haïm Korsia....


J’ai appris à connaître – et à aimer – Lionel Stoléru il y a longtemps déjà, et alors qu’il vient de nous quitter, le 30 novembre dernier, à 79 ans, je tiens à rendre l’hommage qui revient à cet humaniste, au sens propre du terme, grand serviteur de l’Etat, porteur des valeurs universelles du judaïsme et esprit éclairé, passionné de culture.
Diplômé de Polytechnique en 1956, ingénieur du corps des mines, diplômé de l’université de Stanford, économiste, député, ministre, conseiller de chefs d’Etat, pianiste émérite et chef d’orchestre reconnu, la liste est longue des facettes multiples de cet homme orchestre aux talents immenses. Ces aspects de sa vie sont publics et ce n’est pas, malgré tous leurs mérites, sur eux que je veux m’attarder aujourd’hui.
L’homme que j’ai connu était un paradoxe: parfaitement pessimiste sur l’Homme et son devenir, il portait sur le monde un regard souvent sombre, parfois désenchanté. A celui-là, il a fallu du courage, de la volonté, le soutien de ses proches et de ses amis pour poursuivre son chemin.
Et c’est pourtant ce même homme, Lionel Stoleru, qui dès les années 1970 s’est ému de la situation dans les prisons-déjà- et s’est préoccupé de la nécessaire réinsertion professionnelle des détenus à leur sortie. C’est ainsi qu’il a créé, en 1976, le groupement étudiant national d’enseignement aux personnes incarcérées, le GENEPI, qui œuvre toujours pour la transmission des savoirs et la facilitation de la réintégration des prisonniers libérés.
C’est cet homme aussi, ébranlé par la pauvreté qui touche nos sociétés contemporaines d’abondance qui, après avoir théorisé sur l’impôt négatif, avait mis au point, sous le gouvernement Rocard en 1988, le Revenu minimum d’insertion.
C’est cet homme aussi, ébranlé par la pauvreté qui touche nos sociétés contemporaines d’abondance qui, après avoir théorisé sur l’impôt négatif, avait mis au point, sous le gouvernement Rocard en 1988, le Revenu minimum d’insertion. Le RMI destiné à venir en aide aux plus démunis, non sous forme d’un simple acte de don, mais avec l’ambition réelle de permettre l’insertion des bénéficiaires dans la société. Il aura ainsi marqué durablement et positivement les politiques sociales de notre pays.
Cet homme à l’intelligence éblouissante, à la fois désabusé et généreux, était aussi un homme fidèle. Je vois comme un symbole le fait que même ministre, dans les ors de la République, à laquelle il était attaché et qu’il a si bien servie, il ait toujours mangé cacher, conformément à sa foi, en fidélité pleine avec ses racines.
Pessimiste sur l’Homme, le voici prêt à rechercher les solutions les plus humaines pour renforcer le tissu social; au service complet de la France avec son cœur et son intelligence immenses, tout en demeurant profondément ancré dans la foi de ses pères et le respect de leurs valeurs.
La vie de Lionel Stoleru est à elle seule un exemple: fils d’immigré juif roumain, le voici vice-major de la plus prestigieuse grande école de France, puis ministre de son pays; pessimiste sur l’Homme, le voici prêt à rechercher les solutions les plus humaines pour renforcer le tissu social; au service complet de la France avec son cœur et son intelligence immenses, tout en demeurant profondément ancré dans la foi de ses pères et le respect de leurs valeurs.
Nous partagions régulièrement ses doutes et ses analyses, les commentaires de ses romans comme ceux du Talmud. Son don était son universalisme.
Je l’avais invité à donner une conférence aux jeunes polytechniciens que je rassemblais sur leur campus le samedi 15 octobre dernier. Le sujet était l’engagement solidaire.
Il est venu beaucoup plus tôt participer à l’office, il est aussi monté à la Thora, puis a participé au repas avant de se livrer à une démonstration lumineuse sur l’obligation de porter secours de toutes les façons possible à ceux qui sont en état de faiblesse à un moment donné. Il est même resté à l’office ensuite pour continuer à transmettre cette foi en l’intelligence qu’il partageait avec ces jeunes polytechniciens et étudiants d’autres grandes écoles qui buvaient ses paroles et admiraient sa carrière, qui en faisait pour eux un exemple d’engagement dans la société et de fidélité au judaïsme.
Il est peut être aussi resté parce qu’il était bien avec cette jeunesse en qui, malgré tout, il espérait.
Voila pourquoi je tenais à honorer sa mémoire, et à le remercier pour la démonstration exemplaire qu’a été sa vie si « féconde » de la possibilité de se dépasser en restant attaché à ses racines tout en œuvrant afin d’inventer de nouveaux possibles pour tous.

http://jforum.fr/stoleru-lhommage-du-grand-rabbin-de-france-korsia.html

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