jeudi 8 décembre 2016

Le petit peuple des microbes qui habitent notre vessie...PAR DIDIER RAOULT...



L'état de la recherche sur les microbes des urines est un exemple frappant de l'aveuglement induit par des règles trop intangibles. 

Dans le but de créer des critères stricts avec un seuil défini, il a été établi par l'infectiologue Edward Kass que l'on prendrait en compte pour le diagnostic des infections urinaires seulement les bactéries à culture rapide et facile, et ce, à partir d'un nombre supérieur à 100 000 microbes par millilitre d'urine. 

De ce fait, au laboratoire, on ne testait qu'une quantité infime d'urine (un microlitre) et avec des techniques simples de culture, dans une étuve ordinaire conservée seulement vingt-quatre heures. 

À cause de ce dogme, on trouvait les urines presque toujours stériles, hormis les infections urinaires franches. Et on enseignait par aveuglement (moi compris) que les urines étaient normalement stériles.

Les bactéries peuvent être capricieuses

Au XXIe siècle, les techniques d'analyse d'ADN ont permis de découvrir que la moitié des urines de la vessie contenaient en fait de nombreux microbes chez des personnes qui ne sont pas malades (1). On est passé à côté de ces microbes naturellement présents pour plusieurs raisons. 
Si l'on a moins de 100 000 bactéries par millilitre, il faut utiliser cent fois plus d'urines qu'avant (soit 100 microlitres). Ensuite, les bactéries peuvent être capricieuses et demander des moyens particuliers, des milieux de culture plus sophistiqués. 
Elles peuvent aussi être lentes et ne se révéler qu'au bout d'une semaine. Elles peuvent également être inhibées par l'oxygène et nécessiter des études spéciales.
La découverte de tous ces microbes qui habitent notre vessie bouleverse nos anciens modèles. Quel intérêt, me direz-vous ? Il faut savoir que l'on traite depuis des décennies le cancer de la vessie avec des microbes vivants. En fait, par injection dans la vessie du BCG (le vaccin vivant contre la tuberculose). Dans ce contexte, la présence dans la vessie de microbes apparentés au BCG pourrait avoir un rôle protecteur. 
Or les femmes, qui présentent un plus grand nombre de ces microbes que les hommes, souffrent beaucoup moins de cancers de la vessie sans que l'on ait compris pourquoi. Peut-être tenons-nous là une prévention efficace de ce cancer par des bactéries jusqu'alors insoupçonnées. Ce dogme médical, qui a duré des décennies et que j'ai enseigné comme mes confrères, a forgé notre ignorance…

(1). "Is there a link between urinary microbiota and bladder cancer ?", Didier Raoult, "EuropeanJournal of Epidemiology", 2016.

http://www.lepoint.fr/invites-du-point/didier_raoult/raoult-le-petit-peuple-des-microbes-qui-habitent-notre-vessie-08-12-2016-2088906_

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