lundi 17 octobre 2016

Toussaint : des vacances pour quoi faire ? PAR JEAN-PAUL BRIGHELLI...


Mercredi soir, les élèves seront en vacances pour quinze jours et selon un calendrier ingérable. L'occasion de plaider pour des rythmes enfin intelligents.


Cette année, les vacances de la Toussaint vont du mercredi 19 au soir au jeudi 3 octobre au matin. Du milieu de semaine à un milieu de semaine : le ministère ne pouvait pas inventer une solution plus ingérable — et pédagogiquement douteuse.

La mainmise des chronobiologistes

Depuis le milieu des années 1980, l'Éducation nationale vit sous la règle de fer d'une alternance imposée de sept semaines de cours / deux semaines de vacances. Une alternance utile au repos des enfants, clament les chronobiologistes. 
C'est croire que tous les jours de l'année se ressemblent, que l'automne est aussi pénible que l'hiver, que le printemps ne procure pas des forces nouvelles — et, surtout, que les 8 % de Français qui partent effectivement au ski, conjugués au lobby des hôteliers de montagne, ont le pouvoir d'imposer des rythmes scolaires et une répartition en zones préjudiciables aux 92 % qui se demandent à chaque fois ce qu'ils vont bien pouvoir faire de leurs bambins.
Mais quelqu'un fait-il du ski à la mi-octobre ? Combien de gens font du ski fin avril ? Et est-il bien logique de faire rentrer les élèves en classe au surlendemain du réveillon du Jour de l'an ?
Plus fondamentalement : la vraie cause de la fatigue des enfants et des adolescents tient au manque de sommeil. Plutôt que d'imposer une réforme des « rythmes scolaires » ingérable et coûteuse pour les communes, peu profitable en termes de connaissances (mince ! J'oubliais que le ludique est désormais prioritaire !), il faudrait lancer une grande campagne pour expliquer aux parents qu'un enfant doit se coucher à 20 h 30, et dormir au moins 8 à 10 heures. 
Et ne pas somnoler sans raison devant des programmes de télévision célèbres pour leur exigence intellectuelle et leur peu d'appétence pour la violence…

Trop-vide

Quant à la répartition en trois zones, c'est le cauchemar des parents séparés habitant des départements différents — allez donc prendre en charge un gosse qui est en vacances d'hiver du 4 au 20 février (zone C cette année) quand vos nouveaux enfants sont à la maison, eux, du 18 février au 6 mars (zone A).
Enfin, pour ce qui est de la pédagogie, il est évident que les élèves souffrent davantage depuis quelques années d'un trop-vide que d'un trop-plein. À la limite, les vacances pourraient être utilisées pour organiser des cours de rattrapage, à condition de payer les enseignants qui les organiseraient. 
En octobre en particulier, on sait déjà, au bout d'un mois et demi de cours, qui a quel retard dans quelle discipline. Quinze jours de vide (c'est le sens étymologique du mot « vacance ») vont certainement arranger les choses !
Je signale pour mémoire que des vacances de printemps qui se terminent le 2 mai (zone A) sont presque immédiatement suivies d'un lundi 8 mai férié, d'un jeudi de l'Ascension (le 25 mai) synonyme de week-end prolongé, et d'un mois de juin ramené à presque rien par l'organisation, en collège, du brevet et, au lycée, du bac. Après les quinze jours de vacances, les élèves auront donc, au mieux, trois semaines de cours. Qui parlait déjà de la « reconquête du mois de juin » ?

Pour des rythmes intelligents

D'autant que la fatigue n'est pas la même selon les saisons. Tous les enseignants (et les parents) savent que les trois mois d'hiver, de décembre à fin février, sont les plus durs. 
Les vacances d'octobre ne signifient rien, et pourraient être ramenées à une semaine, peut-être même à un long week-end du 29 octobre au 2 novembre, autour de la Toussaint (d'autant que cette année, le 11 novembre tombant un vendredi, un second week-end prolongé s'offre aux élèves et à leurs parents).
Noël, en revanche, qui marque souvent une vie de famille bien utile en ces temps de dispersion, mérite une plage peut-être un peu plus longue, ce qui permettrait de réduire à une semaine la coupure de février — et d'unifier les vacances de Pâques dans la première quinzaine d'avril, de façon à organiser un troisième trimestre cohérent, qui permettrait aux élèves de fournir un vrai dernier effort, au lieu de penser que les jeux sont faits.
Parce que plutôt que de penser aux hôteliers des Alpes et des Pyrénées (une profession estimable mais dont je m'étonne qu'elle ait le pouvoir de réglementer l'Éducation nationale), il faudrait sans doute penser aux parents qui travaillent, eux, qui n'ont pas les moyens de prendre les mêmes vacances que leurs bambins et qui ne disposent pas de grands-parents disposés à prendre en charge les enfants. 
Des vacances systématiques envoient de surcroît à la rue des adolescents qui n'ont rien à y faire de bien intelligent.
Quant à la fatigue des enseignants (et je supplie mes lecteurs de croire que cette fatigue est réelle), elle serait moindre si on ne les épuisait pas en réformes qui permettent de cumuler des emplois du temps aberrants et des activités scolaires contre-productives.

PS : Dans le livre de confidences dont tout le monde parle, François Hollande a donc sur Najat Vallaud-Belkaem un jugement définitif — et que je partage. « Pas une intellectuelle, dit-il, mais experte en langue de bois. » Celle qu'il appelle, paraît-il, « Pimprenelle » pour sa faculté à endormir les enseignants (quoiqu'ils soient assez remontés, ces derniers temps, pour se réveiller à temps, en avril, afin de voter autre chose que PS) était-elle la locataire idéale de la rue de Grenelle ? Un ministre de l'Éducation n'a-t-il pas vocation à prendre des décisions sensées et à en débattre — au lieu de parader seul sur les plateaux de télévision ?

PPS : Pour des raisons personnelles (je connais sa famille, qui m'avait alerté dès le début septembre), je ne me suis pas exprimé sur l'aventure arrivée à cette jeune élève de classes préparatoires du lycée Molière à Paris — handicapée par le stade III de la maladie de Lyme, en fauteuil roulant, elle s'est vu pendant deux mois refuser tout aménagement de salle afin de pouvoir assister aux cours. Et il a fallu une mobilisation de ses condisciples et de ses enseignants, face à une direction bloquée et braquée, et surtout des médias pour que le rectorat, qui dans un premier temps lui suggérait de changer d'établissement et de section (et d'abandonner les matières dans lesquelles elle était la plus brillante), trouve une solutionen 24 heures.
On aura au moins appris, au passage, que sur 470 lycées d'Ile-de-France, seuls 12 sont accessibles à des élèves en fauteuil roulant, et que « lors de la rentrée scolaire, la région promettait des travaux de mise aux normes dans 27 autres lycées en 2016, et que des études préalables seraient engagées pour 44 autres… » — comme le soulignait avec une ironie mordante Marie Piquemal dans « Libération ». À porter au bilan de la précédente majorité régionale — et à inscrire au carnet de commandes de l'actuelle.

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