jeudi 27 octobre 2016

Le syndrome des lendemains qui déchantent....


Les Fêtes sont terminées, la musique s'est tue. La grisaille automnale s'abat sur nous : comment affronter les blues post-Tichri ?


Nous voici légèrement étourdis, au creux de la vague. Nous avons survécu au tourbillon de l’été, aux membres de la famille venus squatter chez nous, aux enfants désœuvrés, à  leurs copains en mal de parents adoptifs, à la chaleur et aux méduses. Nous avons manœuvré adroitement entre Roch Hachana, Yom Kippour et Souccot, la double rentrée scolaire avant et après les Fêtes, les premières pluies et la réorganisation de nos placards pour sortir nos petites laines prêts à affronter l’hiver.
Nous soufflons un peu et prenons le temps de regarder autour de nous. Et nous sommes déconcertés. Hanouka parait encore bien loin devant nous et les rires et chants de Simhat Torah s’estompent peu à peu dans notre tête.

Un pseudonyme tristounet

Nous restons donc seuls, face à nous-mêmes. Ce serait la raison pour laquelle ce mois de Hechvan est appelé Mar Hechvan (amer) car aucune fête ne vient l’égayer. Ne devrait-on pas ainsi alors qualifier le mois de Tamouz ou le mois de Tevet au cours desquels ne figure qu’un jeûne, sans parler du mois d’Av?
Il existe une autre explication du mot Mar qui signifie également Monsieur : donner de la considération à Hechvan qui souffre de n’avoir aucune date marquante, une consolation en quelque sorte.
Hechvan pâtirait donc de cette image terne, contrastant avec les décorations colorées qui tapissaient nos Soukkas. Et pourtant…

Un mariage d’amour

Nous avons déclaré notre flamme à Hachem durant Souccot. Nous L’avions en effet retrouvé à Roch Hachana, grâce à un dur labeur effectué durant Elloul. Nous Lui avions alors promis de ne jamais plus Le quitter. Le Mariage du Peuple Juif et de son D. fut célébré dans la joie et devant les Nations. Nous l’avons proclamé haut et fort : nous sommes prêts à Le suivre au bout du monde, vivre dans de simples cabanes s’il le faut, tant que nous sommes avec Lui. Puis les invités sont partis, et nous sommes restés en famille, heureux, nous le Peuple Juif et avons parlé jusqu'à tard dans la nuit à  Hochana Rabba. Le lendemain, nous étions si fiers, nous avons longuement admiré le magnifique diamant qu’Il nous avait offert, l’avons pris, enlacé, fait passer de main en main. Nous nous sentions forts et rassurés de Son amour. Nous avons donc porté Sa Torah, l’avons brandie haut, toujours plus haut, dansant et tourbillonnant. Nous sommes Ses heureux Elus et voudrions tellement que Simhat Torah ne se termine jamais, c’est notre nuit de noces, notre moment intime. Nul ne nous dérange, le Temps est en suspens. Nous nous fondons avec l’Univers, le Temps, les saisons.  Nous fêtons la pluie, ces gouttes d’eau qui fécondent la terre et enfantent les récoltes.

Entre quatre yeux

Puis vient l’instant de vérité, ce moment charnière où un vent devenu frais souffle sur nos demeures, la musique s’est tue, les rires se sont calmés. Nous nous retrouvons sages à la veille de l’Automne. Nous prenons nos distances tout comme un couple à qui les relations conjugales sont interdites durant la durée de menstruation de l’épouse et les 7 jours qui s’en suivent. L’amour qui unit les conjoints doit se traduire durant cette période d’une autre manière, par un mot, un regard, une écoute, préparant ainsi le lien puissant qui sera le leur à l’avenir, dans des années, lorsque les besoins s’avèreront différents, évoluant avec l’âge, les enfants, la fatigue voire la lassitude.
Certains font une pause « synagogue » comme ils disent. Après toutes ces Fêtes, il faut bien pouvoir un peu respirer ! Ce qui les a élevés vers d’autres dimensions n’aurait été en fait qu’un fardeau dont ils s’empresseraient de se débarrasser. D’autres beaucoup plus avisés, décident de prolonger leur état de grâce et de faire durer l’autre pause, celle du Lashon HaRah (l’interdiction de dire du mal d’autrui), des mesquineries, de la colère, de ces défauts qu’ils jetèrent par la fenêtre pour mieux conquérir  Celui qui leur donne la vie, leur a permis de grandir et de mieux s’embellir. Si nous pouvions rester ainsi, toujours, si près de la Perfection. Mériter Son amour et le choix qu’Il a fait. Serait-ce donc impossible ? C’est difficile certes de garder les bonnes résolutions, de se promettre de ne pas trébucher, et surtout, surtout de tout faire pour ne pas Le voir s’éloigner.

Le détecteur de mensonge

Durant ce mois si long de Hechvan, sans paillettes ni flonflons, nous restons sans fards et touchons du doigt la Vérité. Etions-nous sincères en prononçant nos si belles paroles ? Serons-nous assez forts pour construire un lien que nul ne pourra plus défaire ? Notre attachement est-il à toute épreuve ? Faiblira t-il lors d’une croisière luxueuse, de vacances désœuvrées, de grasses matinées, de restaurants charmants d’où s’échappent de si bonnes odeurs ? 
Saurons-nous prendre Sa défense, devant les jalousies, les regards moqueurs, les persiflages, saurons-nous sauver notre Alliance, la faire toujours briller ?
Si nous arrivons au terme de Hechvan avec la même émotion, le même enthousiasme, la même élévation qui ont été les nôtres durant le mois de Fêtes, alors la réponse est oui.

L’Atout Cœur.

Hechvan, cette période sans complaisance, sans distraction, que certains n’hésitent pas à qualifier de terne, d’ennuyeuse ou que d’autres à l’inverse voient comme un répit, un soulagement, une reprise de la vraie vie,  saura nous définir. Notre manière de vivre ce mois est le reflet de ce que nous sommes. Certains se plaignent toujours, sur tout, de tout. Ils se lamentent sur leur manque de chance, leur célibat, leur mariage, leurs enfants, l’absence d’enfants, leur difficultés financières, leurs lourds impôts.
Mais lorsqu’enfin se présente une opportunité exceptionnelle, celle de taper à la porte du Grand Patron, de lui exposer leurs problèmes, ils n’ont en fait qu’une envie, s’enfuir en courant. Et le lendemain, recommencera ainsi leur vie morose.
Un peu comme ces fameux lendemains de Fêtes : gueule de bois et aspirine au menu ou petit-déjeuner sain et énergétique pour attaquer une nouvelle année de travail. On peut se réveiller avec un mal de dos, des pieds endoloris, ou de légers vertiges mais choisir cependant de ne se souvenir que de la merveilleuse soirée de la veille. On peut choisir à l’inverse de se plaindre de la sono qui était trop forte, du poulet pas assez cuit, du vin pas assez frais sans parler du prix du cadeau qu’il a fallu débourser !
Tous ces frais dépensés pour les Fêtes pour nous retrouver au point de départ, équivaudraient  vraiment à avoir jeté son argent par la fenêtre de notre Souccot. Mais si nous agrippions des deux mains l’émotion et l’énergie qui étaient présentes durant les Fêtes, nous pourrions être plus forts pour recommencer le cycle de l’année. Nous garderions ces souvenirs enfouis en nous, bien à l’abri comme un atout dans notre manche, un as de cœur qui nous sortirions en cas de doute, de crise, de coup dur.
La décision est dans nos mains. Mar Hechvan est notre baromètre spirituel, consultons-le pour mieux nous rendre compte de l’intensité de nos sentiments pour D.ieu, de la sincérité de nos bonnes résolutions.

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