vendredi 7 octobre 2016

Le Monde arabe « Judenfrei ».


Le Monde arabe « Judenfrei ».
 900 000 Juifs y vivaient en 1945, ils ne sont plus que 4 500 en 2005.
 Par Marc-André Chargueraud
Hitler n’a pas réussi à rendre l’Europe « Judenfrei » (libérée de tout Juif). Malgré la catastrophe de la Shoah, un tiers des Juifs d’Europe ont survécu. Le Monde Arabe a fait mieux, il est parvenu à se débarrasser de tous ses Juifs. Cette partie du monde est aujourd’hui «Judenfrei » grâce à une « purification ethnique » massive et brutale trop souvent ignorée.
Le 19 novembre 1947, cinq jours avant le vote à l’ONU de la partition de la Palestine en un Etat juif et un Etat palestinien, Mohammed Hussein Hykal Pacha, président de la délégation égyptienne au Comité politique de l’ONU, met le monde en garde : « Un million de Juifs vivent en paix en Egypte et dans les autres pays musulmans et bénéficient de tous les droits des citoyens.[1] Ils n’ont aucun désir d’émigrer vers la Palestine. Toutefois, si un Etat juif s’établissait, personne ne pourra empêcher des désordres. Des émeutes éclateraient en Palestine et s’étendraient dans tous les pays arabes et pourraient conduire à une guerre entre les deux races ».[2]
Ces Juifs vivent depuis de nombreux siècles dans les pays arabes musulmans. Ils n’ont pas toujours et de loin bénéficié de tous les droits des citoyens. Ils ont trop souvent été traités comme des « sous-hommes » en butte à des tracasseries qui ont parfois dégénéré en pogroms. Mais comme le souligne Hykal Pacha, ils n’envisagent pas de quitter les pays de leurs ancêtres. Ils sont habitués à des conditions de vie difficiles. La seule exception concerne l’arrivée en Palestine de 28 000 Juifs yéménites avant la deuxième Guerre mondiale. Ils parlent hébreu, sont voisins et sont dans le dénuement le plus complet.
L’Egyptien voit juste. La décision de partition de la Palestine prise par l’ONU va provoquer la « guerre entre les deux races ». Pour les Juifs du monde arabe, poursuit Hykal Pacha, la création d’un Etat juif entraînera des conséquences supplémentaires. « Les Nations Unies (…) ne doivent pas perdre de vue que la solution proposée pourrait mettre en danger les Juifs vivant dans les pays musulmans. La partition pourrait créer dans ces pays un antisémitisme encore plus difficile à déraciner que l’antisémitisme que les Alliés tentent d’éliminer en Allemagne (…) Si les Nations Unies décident la partition de la Palestine, elles pourraient être responsables du massacre d’un grand nombre de Juifs ».[3]
L’antisémitisme violent n’a pas attendu. Depuis la fin de la guerre, face aux menaces de partition souvent évoquées par les Alliés, les pogroms meurtriers se sont multipliés et ont pris une ampleur nouvelle. Incendies, pillages et meurtres, les violences redoublent. A Aden, 82 Juifs sont tués le 9 décembre 1947.[4] En 1946, un pogrom sanguinaire terrifie les Juifs de Téhéran.[5] En novembre 1945, après deux jours de pogroms, on compte 130 morts, des centaines de blessés, 7 synagogues, 500 magasins et 350 maisons détruits à Tripoli en Libye.[6] Un second pogrom le 12 juin 1948 fera 15 victimes et 280 maisons détruites.[7]Au Maroc en juin 1948 des émeutes raciales à Oujda et Jerrada  provoquent la mort de 43 Juifs et en blessent 155.[8]
De juin à août 1948, les attentats à la bombe et les incendies criminels se succèdent dans les quartiers juifs du Caire et d’Alexandrie. Au cours de cette vague de violences, on dénombre environ 250 victimes.[9] Des centaines de Juifs sont arrêtés et leurs propriétés confisquées. Les Juifs d’Irak se rappellent les attaques dont ils furent l’objet en 1941, qui firent 200 morts et 2000 blessés.[10] En 1947 au cours d’émeutes à Alep en Syrie, le quartier juif est incendié et 75 Juifs sont tués.[11]
S’ajoutent à ces meurtres un grand nombre de mesures administratives discriminatoires qui rendent la vie des Juifs insupportable et constituent un véritable « pogrom à froid ». Arrestations arbitraires, confiscation de propriétés, exclusion de professions, fermetures d’écoles et d’institutions juives sont le lot quotidien des autochtones juifs. A chaque confrontation des Etats arabes avec Israël, les persécutions redoublent contre ces Juifs arabes qui sont accusés d’aider et d’espionner pour le compte de leurs coreligionnaires. Plus de 200 000 Juifs fuient dans les deux années qui suivent la proclamation de l’Etat d’Israël. 32 000 de Libye, 48 000 du Yémen, 114 000 de l’Irak, 10 000 d’Iran, 18 000 du Maroc.[12]
La vie déjà difficile de ces Juifs devient impossible. Ils se retrouvent dans la situation des Juifs allemands dans les premières années du nazisme, « des morts sociaux ». Il ne leur reste plus qu’une issue, fuir pendant qu’il est encore temps. Quel pays est prêt à recevoir ces Juifs, très pauvres pour la plupart, arabisant bien que rejetés par leurs concitoyens ? Israël, le nouveau pays qui leur a valu la fureur dévastatrice des pays de leur naissance, accueillera plus de deux tiers de ces exilés (voir troisième colonne du tableau ci-dessous). Plus de 80% si l’on excepte les quelque 100 000 Juifs d’Algérie qui se dirigeront naturellement vers la France, pays dont ils possèdent la nationalité.
On a dit que, si l’Etat d’Israël n’avait pas existé, ces 600 000 Juifs des pays arabes n’auraient pas trouvé d’autre pays d’accueil et auraient progressivement disparu dans leur pays d’origine où ils ont pourtant pu survivre des siècles. Ne peut-on tout aussi bien soutenir que leur exode forcé n’aurait pas existé si des persécutions inhumaines n’avaient pas été entraînées par les guerres entre l’Etat d’Israël et ses voisins arabes ? Ce n’est pas la création de l’Etat d’Israël qui les a fait venir, mais l’intensification des persécutions dont ils ont été l’objet à la suite de la création de cet Etat qui les a obligés à fuir… en Israël. Le monde arabe a saisi l’occasion pour éliminer les Juifs qui vivaient auprès d’eux depuis des temps immémoriaux, afin de rendre leurs pays « Judenfrei ».
© Par Marc-André Chargueraud
Population juive des pays arabes [13]

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