jeudi 27 octobre 2016

Des tunnels du Hamas à ceux de la Corée du Nord, entre le réel et le virtuel....


La Corée du Sud en alerte pour contrecarrer une invasion et les touristes affluent vers la zone démilitarisée
"Israël attend avec impatience "le rapport sur les tunnels" du Contrôleur de l'État qui devrait émettre de sévères critiques concernant le niveau de préparation de l'armée et la mise en place des mesures de sécurité, ainsi qu'à l'égard des responsables politiques sur la gestion de la menace des tunnels terroristes durant la guerre de Gaza de 2014.
Les "tunnels d’attaque" de Gaza ont été la grande inconnue de l'équation militaire, selon un rapport interne de Tsahal divulgué aux médias: "Il y a eu une prise de conscience de la menace mais pas de son ampleur".
Faire face au défi souterrain est maintenant la première priorité de l'armée, et une grande partie des ressources et des efforts doit être investie dans la planification et dans la formation sur le terrain, afin de trouver une solution optimale. (Médias israéliens, la semaine passée)
Jack Guez (Pool/AFP)Jack Guez (Pool/AFP)
"Un soldat israélien explique aux journalistes, le 25 juillet 2015 la structure du tunnel utilisé par le Hamas entre la bande de Gaza et Israël"
Zone coréenne démilitarisée. La vue depuis l'Observatoire Dora dans la zone coréenne démilitarisée est spectaculaire. En regardant vers l'horizon, vous balayez avec votre regard autant de kilomètres que vos yeux le permettent, pour pénétrer dans le pays le plus isolé et le plus secret au monde. Vos yeux franchissent la frontière, et essaient de trouver des indices sur les étranges phénomènes qui se déroulent en face, qui pétrifient et déconcertent le reste du monde depuis plus de six décennies. Un océan d'une nature riche et verte s'étend à gauche et à droite sur 248 kilomètres, le long de la célèbre latitude du 38ème parallèle nord, qui va de la mer du Japon à l'est, vers la mer Jaune à l'ouest.
Des milliers d'espèces animales vivent ici. On y trouve des cerfs, des ours, des sangliers et une grande variété d'oiseaux. Des tigres ont également été aperçus à l'intérieur de la zone. Ils ne sont évidemment pas divisés entre le "Nord" et le Sud". Ils n'ont pas de passeport et ne portent pas d'armes. Ils vivent seulement dans cette immense réserve naturelle qui a évolué sans l'intervention de l'homme puisque personne n’est autorisé à la traverser.
Pas de passeport, pas d'armes et pas de pitié non plus : plus d'un million de mines ont été dispersées ici par les deux belligérants. La faune en est la principale victime. En 1998, le Sud a lancé une opération de déminage. Des dizaines de milliers de mines ont été neutralisées. Mais le Nord y est oppose. Selon le Sud, les mines sont pour le Nord un moyen efficace pour prévenir les tentatives de défection. D'ailleurs, en août dernier, l'ONU accusent Pyongyang de tenter de poser de nouvelles mines.
Adar Primor/ i24newsAdar Primor/ i24news
""L'entrée d'un ancien tunnel creusé par la Corée du Nord vers la Corée du Sud, vue du côté sud-coréen""
Certains craignent que les mines ne soient pas les seuls moyens employées par le régime du Nord dans la région en cette période tendue. Il se peut en effet que des tunnels soient également creusés profondément sous le sol, sur lequel nous nous trouvons.
Les trois soldats qui m'accompagnent aujourd'hui - le site est fermé aux visiteurs en ce lundi - sont censés offrir aux journalistes un aperçu de la réalité complexe de cet endroit. Ils prennent soin cependant de ne pas divulguer ce qui doit rester secret.
Ils ne diront pas s'ils disposent d'informations concrètes sur les activités de creusement présumés, outre le fait qu'ils doivent être sur leurs garde en permanence, en raison des "provocations attendues du Nord". "Nous avons toutes les raisons d'être en alerte et sommes prêts à tout moment pour contrecarrer une éventuelle invasion", dit l'un d'entre eux.
Trois tunnels ont été découverts ici dans les années 1970 et un autre en 1990. Nous entrons dans le troisième, découvert en 1978 sur la base d'informations fournies par un transfuge du Nord. Long de 1.635 mètres, creusé à 73 mètres de profondeur, il est le plus grand tunnel des quatre. Les deux tiers de celui-ci s'étirent sous le territoire du Nord, le dernier tiers au Sud. On peut y accéder par un autre tunnel, creusé par le Sud en 2004, long de 358 mètres, et fort d'une pente de 11%, ce qui oblige le visiteur à presque courir en descendant. Un autre tunnel creusé par le Sud est destiné à le relier avec le tunnel creusé par le Nord, au moyen de rails.
Adar Primor/ i24newsAdar Primor/ i24news
"Un diagramme montre les statistiques aux visiteurs du tunnel"
Nous passons par le tunnel originel creusé dans le granit par des soldats du Nord. L'air y est froid et lourd. Des gouttes d'eau s'infiltrent à travers le plafond et viennent humidifier le sol. Le guide n'arrête pas d'éternuer. Il fait remarquer qu'il y a beaucoup de signes de dynamite dans le tunnel, soulignant que c'est la preuve qu'il a été creusé par le Nord et non par le Sud, comme le revendique la machine de propagande de Pyongyang.
Le guide pointe les parois noires du tunnel : "Le Nord a dispersé du charbon pour maquiller l'endroit et lui donner l'apparence d'un tunnel minier abandonné". Il ajoute que "trente mille soldats pouvaient passer par ici en seulement une heure”.
"Aussi simple que ça”, me dis-je... Dans un petit passage, j'enfile un casque en plastique jaune sur lequel est écrit "troisième tunnel". Je me baisse pour avancer, mais passer dans ce passage bas et étroit est difficile et je finis par me cogner la tête. "La première victime des tunnels de la Corée du Nord", m’a-t-on appelé plus tard.
Trois murs de bétons ont été construits ici pour bloquer toute possibilité d'infiltration depuis le nord. Le plus avancé ne se trouve qu’à 170 mètres de la frontière. Autrefois, les soldats étaient stationnés ici, entre ces murs. Aujourd'hui, ils ont été remplacés par des caméras et des appareils électroniques. "Pourquoi ne faites vous pas sauter le tunnel?”, demande-je. "Pour avoir une trace et permettre aux visiteurs de découvrir la vérité sur le régime du Nord", me dit-on.
Retour à l'Observatoire Dora. Le silence ici est rare. Rien ne vient le perturber. Rien jusqu'à ce qu’il ne soit brisé par la voix de la propagande nord-coréenne, diffusée par des haut-parleurs disposés à environ quatre kilomètres au nord. Le ton commence à monter et à s'emplir d'émotion. C'est le même ton belliqueux auquel ceux de l'Ouest qui ont été exposés devant leurs téléviseurs à la propagande nord-coréenne ont été habitués.
Adar Primor/ i24newsAdar Primor/ i24news
"L'Observatoire Dora dans la zone coréenne démilitarisée"
Je demande aux trois soldats qui m'accompagnent s'ils comprennent ce qui est dit. L'un d'eux sourit et avoue qu’il ne saisit pas "le contenu exact". "Au fil des ans, le Nord a développé un dialecte légèrement différent, aussi bien dans l'intonation, qu'avec certains mots", m'explique-t-il. Mais son ami ajoute rapidement : "Le contenu n'a pas vraiment d'importance, l'orientation générale est limpide : il glorifie la gouvernance et l'idéologie du Nord, et émet des critiques et autres insultes à l'égard des dirigeants du Sud".
Avant qu'il ne puisse finir sa phrase, un autre son jaillit d'un haut-parleur plus proche de nous. Maintenant, c'est au tour de la propagande du Sud. Sur le versant nord, la voix émotive de l'orateur a cédé la place à une chanteuse qui commence ses vocalises. La cacophonie atteint son apogée.
Par beau temps, vous pouvez clairement apercevoir Gaesung, la sixième plus grande ville de Corée du Nord (300.0000 habitants), située à 22 kilomètres. A l'observatoire, une photo aérienne montre nettement les statues géantes (20 mètres de haut) des dirigeants du Nord Kim Il-sung et Kim Jong Il, érigées dans la ville, et qui ne sont que deux des 35.000 autres statues semblables disséminées dans tout le pays. La distance qui sépare ces deux statues de Séoul n'est que de 75 kilomètres.
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"Un diagramme indique des points de repère sur le côté nord-coréen de la frontière"
Vers le bas, non loin de l'observatoire, se trouve une zone industrielle commune installée par le Sud en 2004, une initiative pacifique visant à instaurer la confiance. Elle employait 50.000 travailleurs au sein de 130 usines de textile et d'électronique. Mais la zone industrielle n'a pu résister à la tension croissante entre les deux Corées et a dû fermer il y a neuf mois.
Plusieurs communautés sont visibles non loin de là, avec différents blocs de bâtiments colorés. "Ne vous méprenez pas", me dit le guide. "Ce sont des villages factices que le Nord a construit pour faire croire que la vie y est bonne. Mais en fait, ce sont des villages fantôme, personne ne vit là-bas".
"La vraie réalité est très différente de cette réalité virtuelle", ajoute-t-il. "Seulement 15% de la population a les moyens d'utiliser l'électricité. Les autres sont obligés d'abattre des arbres pour chauffer leurs maisons, ce qui porte atteinte à l'environnement. Cette dure réalité provoque la venue au Sud de plus d'un millier de transfuges nord-coréens chaque année". (30.000 nord-coréens ont déjà fui depuis la fin de la guerre de Corée en 1953, après la signature d'un accord de cessez-le-feu, qui institua la Zone coréenne démilitarisée). “Le dernier déserteur était un soldat nord-coréen qui a traversé la zone démilitarisée il y a moins d'un mois”.
Adar Primor/ i24newsAdar Primor/ i24news
"Un monument pour l'unité des deux Corées du côté sud-coréen de la zone démilitarisée"
Entre le réel et le virtuel, la visite de la zone démilitarisée peut être pour le moins trompeuse : elle est considérée comme l'une des zones les plus dangereuses au monde. Les mesures de sécurité, les barbelés, les miradors, les patrouilles piétonnes et motorisées et les centaines de milliers de mines peuvent en attester. Les services de renseignements locaux et occidentaux estiment qu'une tentative d'invasion du Nord pourrait n'être qu'une question de temps.
Pourtant, le centre touristique qui y est établi est en plein essor. Sept millions de visiteurs se sont déjà promenés ici comme sur le plateau d'un film hollywoodien. On les voit à l'intérieur des tunnels, prendre selfies à côté d'un wagon criblé de balles lors de la guerre, déambuler avec nonchalance sur le pont qui, en 1953, a été le théâtre de l'échange de plus de 80.000 prisonniers de guerre. Enfin, on peut les voir s’amuser dans un authentique parc d'attractions construit juste pour eux, et qui s’est vu attribuer le nom de "Parc de la Paix".
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"Depuis la guerre de Gaza, le Hamas a fait des tunnels son projet phare. Ses hommes en creusent 24 heures sur 24, sept jours sur sept, et qui s'étirent sur des kilomètres sous la bande de Gaza. Certains des tunnels passent sous la frontière avec Israël. Deux d'entre eux ont été découverts l'année dernière. Il est possible que le creusement des autres tunnels ait été interrompu pour empêcher qu'ils ne soient eux aussi découverts. Il s'agit là du secret le mieux gardé à Gaza. On estime qu'avant ou pendant la prochaine guerre, les derniers mètres seront creusés pour permettre l'infiltration en Israël.
Dans son côté, l'Etat hébreu mène une course contre la montre pour trouver une solution technologique, collecter de renseignements et se former au combat souterrain. Des capteurs très sensibles ont été activés le long de la frontière, un mur de béton a été creusé profondément dans le sol, les systèmes d’alarme de la clôture de sécurité vont être mises à jour et des drones surveillent la zone depuis les airs (...) Tsahal procède à des dizaines d’opérations de forage autour de la bande de Gaza. Parfois, les travaux débordent de quelques dizaines de mètres à l'intérieur du territoire contrôlé par le Hamas. Le coût général des obstacles et des solutions techniques et technologiques est estimé à 2,7 milliards de shekels. On estime qu'il faudra encore au moins deux ans avant que le projet ne soit entièrement achevé". ("Israel Hayom" - 07.10.16)
(Cet article est le second d'une série)

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