mardi 18 octobre 2016

A Genève, un robot poste sur Twitter les allées et venues des dictateurs....


Un journaliste indépendant surveille les avions enregistrés par des régimes autoritaires qui passent par l’aéroport de Genève. Il veut créer « plus de transparence » dans le monde des affaires suisses.

« Alerte dictateur », c’est le nom du projet de François Pilet, un journaliste indépendant suisse. Comme son nom l’indique, son compte Twitter automatique ou « bot », pour « robot », alerte dès qu’un « dictateur » se pose à Genève ou en repart, en postant un tweet sur le compte@GVA_Watchers


Les avions officiels utilisés par les gouvernements considérés comme autoritaires selon l’« indice de démocratie » établi par The Economist en 2015 sont systématiquement signalés sur ce compte Twitter depuis le mois d’avril. 


En six mois d’existence, le bot a publié plus de 60 arrivées et départs sur sa page Twitter et suit à la trace plus de 80 appareils appartenant à une vingtaine de pays dictatoriaux ou autoritaires, dont l’Azerbaïdjan, le Qatar, la Russie, l’Arabie saoudite et Bahreïn.


Des données collectées par la communauté des « observateurs »


François Pilet a créé ce bot après avoir enquêté sur les allers et venues des avions présidentiels de la famille du président de la Guinée-Equatoriale, Teodoro Obiang Nguema Mbasogo.

 L’enquête parue dans L’Hebdo utilisait les données collectées par un « spotter », l’un de ces observateurs amateurs d’avions qui surveillent les aéroports, souvent à la recherche de modèles rares. 

Une antenne utilisait l’ADS-B, un système de surveillance coopératif du trafic aérien, pour recevoir la position de tous les avions qui entraient et sortaient de l’aéroport de Genève.

François Pilet a ensuite mis en place un système qui puisse surveiller tous les avions enregistrés par des gouvernements autoritaires, toujours en comptant sur l’aide de ces « spotters » amateurs. Les messages automatiques précisent quel est le type d’avion, qui sont ses utilisateurs, l’heure et la date du vol.

« Ils pensent qu’ils sont là incognito »


Evidemment, les allées et venues d’un avion ne disent pas grand-chose sur la vie d’un dirigeant ni sur ses liens avec la Suisse. La présence de nombreuses institutions internationales sont autant de raisons « légitimes » pour un chef d’Etat de s’y rendre, et un avion officiel peut se déplacer sans que le dirigeant en question soit à l’intérieur. 

Les tweets précisent d’ailleurs à chaque fois qu’il s’agit d’avions « utilisés par » tel ou tel dirigeant. Mais le pari du journaliste est de créer plus de transparence sur les activités des dirigeants étrangers, d’ouvrir un peu ce « monde très secret » pour éventuellement se mettre sur la piste d’informations plus importantes dans des dossiers de blanchiment d’argent.

« Je crois qu’à chaque fois qu’on voit un avion venir de Guinée-Equatoriale, on devrait y réfléchir, explique-t-il au site The Verge. Pourquoi ce type vient ici ? Est-il ici pour des raisons diplomatiques, parce que des représentants de son pays sont invités à des débatspolitiques ? Ou viennent-ils simplement cacher l’argent qu’ils ont volé à leur peuple ? » 

En France, le fils de Teodoro Obiang fait l’objet d’une enquête pour détournements de fonds publics, mais la Suisse n’a pas lancé de procédure alors que l’argent y a transité. Le régime équato-guinéen est réputé être l’un des plus corrompus au monde.




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