jeudi 15 septembre 2016

François Fillon veut une hausse de 2% de la TVA – les médias incultes appellent ça « libéralisme »


Drame français : les mots ne veulent plus dire ce qu’ils veulent dire, ceux qui les emploient ne savent pas ce qu’ils disent, ceux qui les reçoivent ne savent pas ce qui se dit, et ceux qu’ils concernent n’en pensent pas un mot.

Ainsi, lorsque François Fillon, candidat à la primaire à droite, évoque son programme économique aux Échos, un média qui devrait pourtant connaître le sens des mots et quelques rudiments d’économie, ce dernier parle de libéralisme, et nos oreilles entendent en écho lointain ce que le journaliste n’a pas prononcé : « sauvage ».
Fillon veut 40 milliards d’euros de baisse de prélèvements sur les entreprises : c’est une blague, un gadget, un trompe-l’œil. Ce qu’il donne d’une main, il va le prendre de l’autre, en augmentant la TVA de 2 %, ce qui freinera les achats, donc pénalisera les entreprises qu’il veut alléger : c’est toujours la même rengaine depuis 30 ans, qu’elle soit chantée par un socialiste ou pas, et la raison est qu’il n’a pas le courage de toucher aux problèmes : un état trop dépensier, trop gras, trop gaspilleur, qui dilapide l’argent public au lieu de le laisser aux entrepreneurs, seuls créateurs de richesse et d’emploi, mais dont tout le monde se méfie.
Par exemple, la Cour des comptes a épinglé le système kafkaïen qui pèse sur les entreprises : 233 types de prélèvements différents, qui coûtent 5,2 milliards d’euros à l’Etat en frais de recouvrements : c’est-à-dire 5,2 milliards d’euros d’argent jeté par les fenêtres pour empoisonner les entreprises avec 233 prélèvements …
Pour lutter contre le chômage, Fillon affirme vouloir « mettre le paquet sur le redémarrage des entreprises », avec sa baisse des prélèvements de 40 milliards d’euros, et 10 pour les ménages.

Le paquet, quel paquet ?

Les plus grosses charges qui pèsent sur l’entreprise sont les charges sociales. Lorsqu’un employé reçoit 2180 €, l’employeur a sorti 4700 € de sa poche, la différence va à l’État qui le gaspille. Le paquet est là, et Fillon, élevé dans le moule, n’a pas la moindre innovante sur le sujet, et il ressert une soupe rance.
Contrairement à Nicolas Sarkozy, François Fillon ne souhaite pas diminuer l’impôt sur le revenu. « Cette promesse est intenable sauf à laisser totalement dériver les déficits », explique-t-il. Il veut par contre supprimer l’ISF « pour favoriser la transmission d’entreprises et l’investissement ». On nage dans l’absurde. L’investissement ne se fait pas avec de l’argent privé, mais avec l’argent des banques, tout dirigeant d’entreprise le sait, tous les comptables le savent, Fillon devrait le savoir. Ah non, c’est un politicien, il n’a pas besoin de savoir, juste de parler…
Pour compenser ses baisses promises, Fillon entend faire 100 millions « d’économies, notamment sur la fonction publique, sauf les missions régaliennes ».

Des économies, vraiment ? Pas si sûr

« Un tiers sera assumé par l’État » dit Fillon, avec un retour aux 39 heures pour les fonctionnaires. Examinons : Les fonctionnaires se mettraient à travailler 39 heures, donc il y aurait besoin de moins de personnes pour effectuer les mêmes tâches, donc il réduira le nombre de fonctionnaires ? Je ne le vois nulle part dans son programme. Je ne vois pas la gauche et les syndicats le laisser faire. Encore un trompe l’œil.
Et il annonce que « 20 % des économies proviendront des collectivités locales ». Examinons : les collectivités locales devront-elles faire des économies, ou taxeront-elles les contribuables pour compenser cette baisse ? Qui ne dit mot consent, personne n’a jamais vu les collectivités locales faire des économies : les usagers paieront ces « économies » dans leurs taxes locales. Trompe l’œil.
Le reste, dit le candidat, sera supporté par les administrations de sécurité sociale grâce, entres autres, au passage de l’âge de la retraite à 65 ans et au plafonnement des allocations chômage. Examinons : qui paye, l’Etat ? Non, les citoyens paieront la note : moins d’allocation chômage, durée du travail allongée. Trompe l’œil.
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Voilà ce que les Échos appellent du libéralisme : des tours de magie, des mesurettes inefficaces que Fillon ne mettrait d’ailleurs pas toutes en pratique parce que les syndicats lui feraient un chantage à la grève et il n’a pas la stature pour leur résister, et le poids retombera sur les mêmes : les corvéables, les sans dents, vous.
Dénoncer les salamalecs des politiques est un sale boulot, mais il faut bien que quelqu’un le fasse.
Voilà qui est dit.
Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Jean-Patrick Grumberg pourDreuz.info.

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