dimanche 25 septembre 2016

Elie Semoun: "Pour être élu, il faut être raciste"


Elie Semoun revient avec un nouveau spectacle. Ses personnages ? Des monstres.

Jeudi, quand on l’a rencontré, cela faisait six mois jour pour jour que des bombes avaient explosé à Bruxelles. Un choc, un trauma par lequel la France était déjà passée et qui trouve un écho dans le dernier spectacle d’Elie Semoun, 

Deux jours après l’attaque meurtrière au Bataclan, le Petit Journal de Canal + était d’ailleurs allé le voir, juste avant qu’il monte sur scène. "C’était très spécial", se souvient-il. "Dans mon spectacle, je joue un djihadiste - je l’avais écrit avant - et ça m’a fait très bizarre. Pour restituer le contexte, c’est un mec qui est sur Skype et qui veut s’inscrire dans un réseau du djihad. Ce soir-là, pendant que je le jouais, j’ai entendu un bruit derrière moi et j’ai eu super peur, j’ai sursauté et mon régisseur s’est foutu de moi. Mais du coup, je n’ai pas osé faire la suite du sketch, quand le mec rentre chez lui et appelle sa mère…"
Mais Elie a trouvé la parade et, aujourd’hui, avant de lancer son sketch, il demande au public s’il le garde ou s’il le fait sauter. "Les gens se marrent, et j’attaque. Parce que c’est un rire libérateur. La société devient de plus en plus folle, les gens se replient sur eux-mêmes. Pour être élu, je crois qu’il faut être raciste. Donc, je crois que ça fait du bien aux gens de voir qu’il y a un bouffon professionnel qui met le doigt là où ça fait mal. Qu’il montre la bêtise de ces gens-là, l’horreur. Ça me semble indispensable."

Vous avez 52 ans. Le bouffon n’a jamais peur de devenir un vieux comique ?

"Bien sûr que si. C’est ma grande frayeur, de finir comme certains de mes collègues, dont on n’entend plus parler, qui ne se sont pas renouvelés. Mais je prends souvent des mecs en première partie, des gens qui ont l’âge de Kev Adams, et qui m’aiment bien, qui connaissent Les petites annonces par cœur. 

Pour l’instant, c’est plutôt sympa. Un jour, peut-être que ça viendra. Mais je ne suis pas le seul. Avec Florence Foresti, on en parle de cette angoisse commune. Ne plus être aimé, de toute façon, c’est la pire des choses. J’ai voué ma vie à ça, depuis l’âge de 22 ans…"
Dans ce spectacle, vous parlez aussi de votre fils, Antoine, de votre famille, qui vient du Maroc. Vous ne l’aviez jamais fait. Pourquoi maintenant ?
"C’est vrai que c’est assez intime. Au départ, je voulais en parler tout le temps, pendant une heure et demie, ne faire que du stand up, mais la drogue des personnages est revenue à plein tube. Le stand up, ça ne me ressemble pas."
Par contre, vous vous êtes débarrassé une fois pour toutes des personnages comme Kevina ou Mikeline…
"Oui, ça me gavait. Je les ai mis à la retraite. Pendant deux secondes, je parle de Kevina, parce que c’est ma petite-nièce qui me l’aurait inspirée. Mikeline, je dis que c’est ma cousine. Et puis j’évoque Papy Pétou, ce personnage qui reçoit des coups de fil sur son sonotone, parce que mon père est sourd."

Heureux aux Grosses Têtes

L’an dernier, l’espace de deux mois, et parce qu’il aime bien Cyril Hanouna, Elie Semoun avait fourni des petites capsules - Les petites annonces du poste - à l’émission phare de D8. Une expérience que le comédien juge "rigolote", mais qu’il n’a pas eu envie de prolonger. "Ça me demandait énormément de travail, c’était très mal payé et ils n’ont pas vraiment déroulé le tapis rouge…" C’est-à-dire ? "Le public de Cyril est un peu… psychorigide. 
Quand on lui présente des nouvelles rubriques, il met deux ou trois mois avant de s’adapter. Pendant ce temps-là, je n’ai eu que des insultes, c’était horrible. Parfois, je me disais que c’était trop décalé par rapport au public", dit-il en arrondissant les angles. "Ils voulaient des tartes à la crème et moi, j’arrivais avec des personnages de racistes qui crachaient sur tout le monde. Le public l’a pris au premier degré !"
Depuis septembre 2016, Elie Semoun est également l’un des sociétaires de Grosses Têtes, de Laurent Ruquier. "Alors, ça, ça m’amuse beaucoup", poursuit-il. "J’aime beaucoup Laurent. J’apprends à le connaître et je le trouve cultivé, généreux. C’est un gars qui est artiste, qui a une parole, qui écrit bien, qui est entouré de gens intelligents. Je m’y sens assez à l’aise… Les Grosses Têtes , c’est aussi un souvenir d’enfance, même si Bouvard, ça n’a jamais vraiment été ma culture."

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