jeudi 29 septembre 2016

Eglise cathodique, Eglise déformée…


Beaucoup ont suivi dimanche soir, à une heure de grande écoute, un documentaire, signé Adam de Villiers et présenté par Laurent Delahousse, sur l’Eglise catholique. Le titre était en fait racoleur : « Les mystères du Vatican ».

Quantités de documents historiques, de chiffres, d’interviews, un film touffu monté à la manière d’une intrigue policière, avec un ton de révélations sur des sujets scabreux où se mêlent l’argent, le sexe, la politique et la religion, un cocktail vendeur pour l’audimat.
Mais sous le prétexte d’un scanner du Vatican, c’est l’Eglise et son existence sur la place publique qui était visiblement la cible. Confusion volontaire entre critique d’une administration ecclésiale et mise en cause d’une communauté porteuse de son message spirituel. Sous des apparences très journalistiques et statistiques, un procès à charge était mis en scène. Certains diront que la plupart des faits signalés comme scandales étaient avérés, ce qui est sans doute vrai pour plusieurs d’entre eux, mais c’est la subtile mise en perspective de l’ensemble qui trahit une volonté de disqualifier l’Eglise en tant que telle et pas seulement ses défaillances en matière de structures de gestion ou d’influences diplomatiques.
Or, il est surprenant de constater que les chiffres avancés étaient souvent inexacts : par exemple concernant la période de la 2de guerre mondiale, un expert connu a déclaré que lors de l’accession au pouvoir d’Hitler en Allemagne, les catholiques étaient majoritaires, et que Pie XII aurait dû en tenir compte. Ce qui est faux, puisque les catholiques étaient 20 millions et les protestants 40 millions. (Politiquement, les catholiques avaient voté en masse pour le parti Zentrum, tandis que les protestants votaient majoritairement pour le parti nazi).
Quant au nombre actuels de catholiques dans le monde, le film annonçait 1 milliard 100 millions, alors que le chiffre réel est 1 milliard 200 millions…100 millions de personnes « oubliées », c’est plus que toute la population allemande d’aujourd’hui !
Certes, l’enjeu du témoignage de la foi dans le monde actuel n’est pas d’ordre purement quantitatif, mais d’abord qualitatif. Et là, le film … s’est abstenu de signaler que malgré ses travers et ses fautes avérées, l’Eglise catholique est tout de même la seule institution vieille de 2000 ans à avoir réalisé en 1962 un tel aggiornamento de son organisation et de ses objectifs. Le pape Benoît XVI était présenté comme un vieux conservateur borné, alors qu’il avait été un brillant théologien de progrès pendant le Concile et un intellectuel de premier plan après son élection comme évêque de Rome. L’Eglise est toujours la seule à réunir autant de personnes autour de son message chaque dimanche dans les villes et villages de pratiquement tous les pays du monde.

Silence sur le fait qu’en Chine, une nouvelle église catholique s’ouvre chaque jour de l’année

On nous a en fin de compte présenté un tableau cataclysmique de la baisse de la pratique rituelle en France, de façon généralisatrice, signe du déclin catholique inexorable, pérorait le journaliste : en oubliant de dire que dans le monde, le catholicisme est depuis des décennies en progression constante.
Était évidemment passé sous silence le paradoxe sociologique significatif : dans les deux pays (Allemagne et Suisse) qui ont donné naissance à la Réforme, les protestants sont depuis longtemps minoritaires par rapport aux catholiques !
Silence sur le fait qu’en Chine, une nouvelle église catholique s’ouvre chaque jour de l’année, et dans certains villages, ce sont 200 personnes qui se pressent le dimanche pour recevoir le baptême. Pas un mot sur les innombrables organisations caritatives catholiques dans le monde, ou les congrégations assistant les plus pauvres. Les ¾ des structures d’accueil et d’accompagnement pour les malades du sida dans les 5 continents sont liées à l’Eglise catholique.
Il est évident que l’Eglise sous ses aspects humains est critiquable et elle est souvent critiquée, souvent de manière fort partisane et agressive. Partout où des hommes doivent collaborer dans une institution, il y a des conflits de pouvoir, des intrigues, des erreurs et des fautes, plus ou moins graves, ou même gravissimes.
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Présenter le Vatican comme vitrine de l’Eglise catholique et en faire un nid de maffieux et de pervers est pour le moins suspect d’arrière-pensées typiques d’idéologies post-modernes à tendances nihilistes.
Il est tout de même frappant de voir que des personnalités comme Eric Zemmour défendent mieux les valeurs du catholicisme attaqué sur les plateaux de télé que bien des intellectuels issus de la pensée unique, y compris de la gauche chrétienne.
Une récente interview de Shimon Peres montrait aujourd’hui en cet homme un admirateur du chemin parcouru par l’Eglise catholique pour éradiquer l’antisémitisme et travailler à la paix. Il appréciait que le pape soit écouté par des millions et des millions de personnes à chaque audience publique et prise de position officielles. Tandis que le film de France 2 nous présente « un pape qui cherche à redorer le blason de l’Eglise », comme dans un fast-food religieux, Shimon Peres reconnaissait quant à lui que le pape François lutte courageusement pour assainir les structures de l’organisation romaine et faire de l’Eglise une force avant tout spirituelle agissant dans les réalités du monde.
Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Abbé Alain René Arbez pourDreuz.info

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