lundi 4 juillet 2016

Un escalier particulier pour noter les copies du bac.......


Quand on récupère un paquet de copies, par exemple au bac, il n’est pas rare que surgisse une blague éculée:

« Faut que je trouve un escalier d’une vingtaine de marches, pour jeter les copies d’en haut, et ainsi attribuer de manière décroissante les notes sans corriger le paquet ».  Cette année, c’est une jeune collègue en SES [sciences économiques et sociales] qui s’est dévouée. Les jeunes correcteurs vont déchanter, et aller de surprise en surprise. En réalité, l’escalier idoine est très spécial.

Pas besoin de 20 marches. Il en faut bien moins. Pas besoin de marches 0, 1, 2 etc…. Il faut vraiment que l’élève en SES le fasse exprès, pour qu’il ait moins de 6 en dissertation, et moins de 8 dans l’épreuve dite composée. 

L’harmonisation s’est beaucoup améliorée. Les grilles établies font qu’entre deux centres de correction, les écarts sont bien plus faibles que par le passé. On demande aussi aux correcteurs de communiquer leurs notes avant de les rentrer définitivement. L’harmonisation s’apparente parfois à la  pression qui précède la soumission, surtout si on reçoit un coup de fil pour interroger un correcteur sur ses notes. 

Ensuite, les marches ne sont pas de taille égale. En dessous de 10, les marches et les marges de manoeuvre des correcteurs sont étroites. Il faut peu de notes inférieures à 10. En revanche au-delà de 10, et si possible vers 13 ou 14, les marches sont bien larges pour éviter l’encombrement. Il arrive parfois qu’on change le barème en cours de notation, comme le rappelle cet article.

Dernière surprise pour le jeune correcteur, l’escalier est un escalier mécanique, un escalator qui tire toutes les notes vers le haut. C’est ainsi qu’on a fait passer la moyenne des paquets corrigés de 10 à 12 ou plus ces dernières années, sans que les candidats aient eu besoin d’être plus performants.

Une lecture désabusée conduira à penser que le bac ne vaut plus rien [ce n’est pas la mienne], puisqu’on tire artificiellement vers le haut tout le monde. Une lecture plus indulgente fera valoir que les élèves ont sur le dos des programmes si lourds, et des contraintes si pesantes (y compris en termes d’inégalités familiales sociales et culturelles) qu’il faut les aider à se hisser jusqu’au palier études supérieures, où un autre escalator moins rapide en conduira une bonne  partie au palier bac + 2 et bac  +3, beaucoup d’autres devant poursuivre jusqu’à bac  +5.

Et ensuite? Le problème de reproduction des inégalités sociales et de l’accès aux postes bien rémunérés sera moins compliqué?  C’est ce dont on veut convaincre les correcteurs du bac, quand l’inspection leur demande d’être plus généreux, mais assez peu de correcteurs sont convaincus. On est encore loin de la marche triomphale vers une société plus juste.

Rq: Illustration tirée, avec l’aimable autorisation de l’auteur, du blog de Martin Vidberg sur Le Monde.fr

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire