mardi 12 juillet 2016

«Mes parents étaient collabos, ils ont dénoncé des Juifs!» Jean Buvens..


La question scandaleuse qu’on ne peut pas poser mais qu’on se pose quand même à propos de la Seconde Guerre mondiale, c’est : quel camp aurions-nous choisi ? Était-il si facile, si évident, si flagrant à l’époque où il n’y avait pas la télé et encore moins les réseaux sociaux, de savoir où était le bien, où était le mal ? Pour qui prendre parti ? Une bonne poignée de Belges furent résistants dès la première heure. Une grande partie de la population fit le gros dos… ou bien le ventre mou. Enfin certains – et ils furent nombreux aussi –, choisirent le parti de l’occupant. 
Jean Buvens, cette question du bien et du mal, il ne se l’est pas posée une seule seconde. La réponse est apparue comme une évidence alors qu’il n’avait pas 10 ans. Il dit un jour à son père, alors qu’il est assis sur ses genoux : « Tu es un lâche ! ». Son père, qu’il aimait comme on peut aimer un père, n’était pourtant pas le héros de son enfance. Il a travaillé pour la Gestapo, volé des victimes, dénoncé des Juifs !
Déserteur de la première heure
Pendant les 18 jours de l’offensive allemande dans notre pays, avant que le roi Léopold III ne proclame la capitulation de la Belgique, le père Buvens, soldat rappelé, avait déjà trouvé le moyen de déserter sa compagnie à bord d’un camion. De la liste des disparus, il passe rapidement sur celle des morts, car il avait échangé son volant avec un collègue, qui est tué, officiellement en son nom. Mais Buvens est en réalité en route pour la captivité en Allemagne. 
Neuf mois plus tard, il est de retour et, contrairement à ce qu’il a dit publiquement haut et fort – « Je ne travaillerai jamais pour les Allemands ! » –, il se met au service de l’Organisation Todt, le groupe de génie civil et militaire des nazis. Avec elle, il part en mission sur le front de l’Est, mais aussi dans le nord de la France pour construire le Mur de l’Atlantique. Il ne peut toutefois s’empêcher de participer à un vol de marchandises de l’organisation et finit à la prison de Saint-Gilles. Quand il en ressort, à peine huit jours plus tard, il travaille désormais pour la Gestapo. 
« C’est à partir de ce moment-là que mes parents devinrent non seulement des collaborateurs, mais aussi des nazis convaincus », raconte Jean Buvens. « Ma mère se promenait avec moi dans les rues, surtout de la commune de Schaerbeek, et de temps en temps, elle s’arrêtait devant une maison et regardait discrètement les noms inscrits sur les sonnettes. (…)
La raison était simple, mais aussi dramatique et affreuse. Ma mère relevait les noms à consonance juive et moi, je servais d’alibi afin que son manège ne paraisse pas trop suspect.» Jean Buvens se souvient en particulier d’une maison avenue Dailly dont sa mère a dénoncé les habitants à la Gestapo par l’intermédiaire de son mari. Lequel revient huit jours plus tard à la maison les bras chargés d’objets divers, dont des jouets d’enfants… qui provenaient de l’avenue Dailly ! 
« Beaucoup plus tard, alors que j’étais policier à Schaerbeek, j’ai eu l’occasion de vérifier qu’une famille juive habitant à cette adresse, enfants compris, a effectivement été déportée. Mes parents étaient devenus d’abominables chasseurs de Juifs. Mon père aimait aussi dire, lorsqu’il avait bu, qu’un Juif dénoncé valait 500 francs. » Ce père trouve pourtant plus de grâce aux yeux de Jean Buvens que sa mère. Narcissique, égocentrique, vénale et prête à tout pour arriver à ses fins. Voleuse, elle prend son fils avec elle quand elle pratique ses larcins. 
Elle l’emmène sur le théâtre d’explosions pour aller se repaître de la vision morbide des cadavres. Pire encore, le petit Jean est de la partie aussi quand elle accepte des rendez-vous de soldats allemands pour aller se faire peloter dans une loge au théâtre !

Terrés dans une cave en Allemagne
Tout bascule quand les Alliés posent le pied sur le sable de Normandie le 6 juin 1944 et repoussent peu à peu l’occupant en Allemagne. Quand les Allemands quittent Bruxelles, bon nombre de collabos choisissent de les accompagner. D’autres de mettre fin à leurs jours. Le petit Jean se souvient de certains d’entre eux ! 
Ses parents ont choisi la fuite et l’emmènent avec eux de l’autre côté de la frontière allemande, où la famille va se terrer jusqu’à la fin de la guerre dans une cave insalubre. Des scènes de guerre, d’horreur et de barbarie, Jean en verra, comme beaucoup de gamins de son âge à cette époque. Mais lui, il doit endurer en plus l’indicible honte d’aimer des traîtres. « Oui j’ai aimé des traîtres, mais c’étaient mes parents. J’ai observé les actes horribles perpétrés par les Allemands, comme de descendre des parachutistes à coups de rafales. Mais c’était comme ça, c’était la guerre. 
J’en veux beaucoup plus à mes parents, à la manière dont ils se sont comportés. Je ne me suis jamais remis de cela. J’en fais encore des cauchemars aujourd’hui. »
Une honte absolue pour toute la famille
À leur retour en Belgique, les parents de Jean se retrouvent en prison pour collaboration. Ils divorcent aussi. Ensuite, sa mère se prostitue, son père se met en ménage avec une dame d’origine juive, fille de déporté ! Cynisme, quand tu nous tiens… Le petit Jean, quant à lui, trouve d’abord refuge chez son grand-père et enfin une certaine stabilité, qu’il n’avait plus connue depuis ses jeunes années chez sa nourrice “Maman Catherine ”. Une stabilité que ses parents n’ont jamais su lui donner. 
Ils n’étaient pas faits pour avoir un enfant… « Mon grand-père était un homme sévère mais aussi gentil. Il était un exemple pour moi. Il a énormément souffert que son fils aille en prison pour collaborationnisme. Mon grand-père, entrepreneur, avait reçu une montre du roi Albert I er pour avoir, disait-il, construit le quartier de La Roue à Anderlecht ! Pour lui, mais aussi les sœurs de mon père, une famille bourgeoise et bien belge, cette condamnation était une honte absolue. » Mais de tout cela, on n’en parle jamais à la maison. Et Jean, solitaire toute son enfance, ne s’ouvre pas davantage. Ses émotions, il les contient. Repris ensuite par une de ses tantes, lui qui a connu une scolarité erratique à cause de la fuite de ses parents, vole d’école en pensionnat. Rebelle, forte tête, il s’attire les foudres de ses professeurs. 
Ce n’est qu’au collège Saint-Pierre de Jette qu’un professeur plus patient que les autres parvient enfin à l’amadouer et à l’intéresser aux études. Mais c’est pour mieux en être arraché quelque temps plus tard par ses parents qui en avaient marre de payer ses études ! Pourtant, sa mère n’est plus pauvre. Grâce au tapin en maison close, elle a rencontré et épousé le petit-fils d’un homme politique important. Le père, lui, vit très bien grâce à l’argent de sa femme. Mais tous deux ne tiennent pas à s’encombrer de leur fils… 
Ce qui n’a pas empêché Jean Buvens de devenir un type bien, policier à Schaerbeek, et papa aimant de quatre enfants… à qui il ne racontera que bien plus tard sa terrible histoire. Et qu’il a fini par coucher sur papier dans ce livre très émouvant, qui offre un regard inédit sur la terrible Seconde Guerre mondiale et ses dommages collatéraux. 
Mais plutôt que de se plaindre, Jean Buvens n’a qu’un message : « Ce qui a été fait au peuple juif, ce à quoi mes parents ont participé, m’a poursuivi ma vie entière. Par ce livre, je veux demander pardon et exprimer mes plus profonds regrets pour l’irréparable commis par mes parents. Je pleure avec le peuple juif ces morts, dont je me sens responsable en tant que fils de ces êtres déplorables. »
Le terrible récit de Jean Buvens, enfant de la Seconde Guerre mondiale, qui n’a pu qu’observer, consterné mais impuissant, les actes de ses parents.

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